Le Moniteur #6251 : JO2024 - La course à l'innovation, discipline olympique
revue
Année : 2023
Auteur : Fabien Renou
Editeur : ED LE MONITEUR MONITER
Description : Plus vite. L'heure tourne, les chantiers aussi. Et de plus en plus rapidement. A un an des Jeux olympiques et paralympiques de Paris, la pression qui pèse sur les acteurs en charge du bon déroulement du plus grand événement sportif au monde monte encore d'un cran. Chaque petit grain de sable susceptible d'enrayer la machine est appréhendé avec angoisse par les organisateurs. En témoignent les sueurs froides données la semaine dernière par la pagaille survenue dans le métro parisien. Un tel scénario virerait au cauchemar s'il survenait en pleine quinzaine olympique. L'héritage olympique dépassera de loin les seuls ouvrages édifiés ou compétences acquises Plus haut. En attendant l'épreuve du feu, les constructeurs mettent les bouchées doubles pour répondre aux exigences très élevées des donneurs d'ordres grâce à des solutions jamais vues. Sobriété énergétique, décarbonation, accessibilité… L'ambition d'innover tous azimuts, que porte la Solidéo depuis l'origine, se concrétise dans de nombreuses opérations en cours de réalisation. L'aboutissement d'une mobilisation technique, financière et administrative sans précédent au service de l'écologie et de l'inclusion. Plus fort. Qu'on adore le sport ou qu'on l'abhorre, on doit pouvoir se mettre d'accord : les Jeux nous rendent plus forts. Pour les équipes engagées dans les projets de construction audacieux, l'échéance joue le rôle d'un entraînement de haut vol dont elles tireront les bénéfices pour longtemps. Il suffit d'écouter les candidats malheureux regretter, encore aujourd'hui, de ne pas participer à ce grand projet pour comprendre l'importance qu'il revêt. Pourtant, eux aussi en bénéficieront. Ensemble. Il y a deux ans, le CIO rallongeait la devise olympique d'un quatrième mot : « ensemble ». Les JO 2024 le prouvent : le BTP aussi sait jouer collectif, très collectif même. Leur héritage dépassera de loin les seuls ouvrages édifiés ou compétences acquises : il bénéficiera à l'ensemble de la filière hexagonale, des joueurs de première ligne jusqu'à ceux restés sur la touche. Quand la flamme olympique quittera Paris, la construction tri colore conservera son auréole.

Le Moniteur #6276 : Le tertiaire cherche sa place dans le recyclage urbain
revue
Année : 2023
Auteur : Fabien Renou
Editeur : ED LE MONITEUR MONITER
Description : La radicalité des résultats sans la brutalité des mesures. Non, ce n'est pas le slogan d'une COP 28 au pays des hydrocarbures mais la démarche défendue par la Première ministre à l'occasion de la présentation de la troisième stratégie nationale pour la biodiversité. En résumé, une déclinaison verte du « en même temps », ou plutôt du « ni ni » : ni fin du monde ni fin du mois. Une telle feuille de route ne fait a priori que des heureux. Reste à savoir si, dans la pratique, ce chemin de crête existe. La semaine passée, l'Union européenne - avec l'approbation silencieuse de la France - a par exemple autorisé l'utilisation du glyphosate pour dix années supplémentaires. On perçoit bien l'apaisement de la mesure vis-à-vis du monde agricole, moins la radicalité des résultats. A l'inverse, le ZAN est un objectif radical qui reste perçu par beaucoup comme extrêmement brutal. Un surcroît de paperasserie, même sur papier recyclé, n'aurait aucun bienfait sur la planète Défendre absolument la faune et la flore sans faire grogner le citoyen, l'élu ou le professionnel, semble illusoire. Pire, à trop ménager la chèvre et le chou, on peut décevoir l'un et l'autre. Prenons un autre exemple, celui de la commande publique durable. Au détour de la loi Industrie verte, de nouvelles obligations viennent encore renforcer le cadre juridique de ce qui est considéré comme un puissant vecteur du verdissement de l'économie. Pesant sur les entreprises soumissionnaires, ces contraintes supplémentaires, bien réelles, se révèlent dans les faits purement procédurales. Elles pourraient même n'avoir aucune conséquence sur la qualité environnementale des marchés publics conclus. Sans remettre en cause le bien-fondé de ces décisions, cet exemple devrait nous alerter. Si on n'y prend garde, la quête du juste milieu écologique pourrait se traduire en un surcroît de paperasserie qui, même sur papier recyclé, n'aurait aucun bienfait pour la planète. Verdir un peu sans trop gêner pourrait aboutir au pire des compromis : l'absence de résultats malgré la rigidité des mesures.

Le Moniteur #6289 : Près de Paris, un labyrinthe de 300 000 m3 à combler
revue
Année : 2024
Auteur : Fabien Renou
Editeur : ED LE MONITEUR MONITER
Description : Préférence nationale, droit du sol… Le couple exécutif semble friand des manœuvres consistant à briser des tabous, à s'attaquer à des totems. La remise en cause soudaine de la loi SRU et du symbole des 25 % de logements sociaux fait partie de ces « coups » destinés à secouer le cocotier. Sauf qu'en voulant faire bouger les lignes, nos apprentis sorciers font surtout sauter des digues. Sans surprise, le génie est immédiatement sorti de sa bouteille. Depuis l'évocation par Gabriel Attal de l'intégration d'une partie de logement intermédiaire dans les fameux 25 %, on ne compte plus le nombre d'élus locaux notablement rétifs à la construction de HLM qui se sont engouffrés dans la brèche ouverte pour réclamer, à grands coups de tribunes médiatiques, conférences de presse et autres lettres ouvertes, une révision en profondeur de ce texte qui remonte à l'an 2000. C'est justement le logement social qui a besoin de toute urgence d'un choc de l'offre. S'il est sain d'interroger les règles en vigueur, s'il est légitime de pointer leurs difficultés d'application, il paraît en revanche bien risqué d'envisager le détricotage d'un mécanisme qui, bon an mal an, a permis l'édification de milliers de logements sociaux en France. A fortiori au moment où les organismes HLM croulent sous les demandes. C'est justement le logement social qui a besoin de toute urgence d'un choc de l'offre. Et, à rebours du discours gouvernemental, c'est plutôt un choc de la demande qui serait nécessaire dans le domaine de l'accession. Pour résumer : alors que les promoteurs cherchent des acquéreurs, les bailleurs sociaux ne savent plus où donner de la tête. Et que dire de la rénovation ? En coupant sauvagement dans le soutien public à ces travaux, Bercy cible le seul segment du bâtiment qui garde la tête hors de l'eau. L'inscription de la crise du logement dans l'agenda politique avait été bien accueillie par les professionnels. Les premières décisions, elles, manquent leur cible. Parce qu'elles ont des visées plus politiques que socio-économiques ? A trop chercher le contre-pied, on finit par faire des contresens.

Le Moniteur #6292 : L'immobilier logistique retrouve de l'entrain
revue
Année : 2024
Auteur : Fabien Renou
Editeur : ED LE MONITEUR MONITER
Description : « Raboter sur le vert, c'est ce qu'il ne faut plus faire. » La rime est facile. Mais si cette maxime doit marquer les esprits, c'est avant tout en raison de son auteur : Pierre Moscovici, premier président de la Cour des comptes. L'homme à qui la fonction confère justement un rabot à chaque main. L'urgence environnementale bouscule vraiment toutes les évidences : l'orthodoxie budgétaire s'accorde désormais avec l'écologie. L'orthodoxie budgétaire s'accorde désormais avec l'écologie Les magistrats de la rue Cambon se sont en effet penchés, dans leur rapport annuel, sur l'adaptation au changement climatique. Ils ont amassé les données, sorti leurs calculettes sans parvenir à produire un chiffrage précis. Seules certitudes : le dérèglement climatique est définitivement enclenché, ses conséquences déjà perceptibles et les dépenses induites clairement pharaoniques. Les propriétaires s'inquiètent, les collectivités s'affolent, les assureurs se planquent. L'Etat doit réagir. Avec un autre mantra signé Pierre Moscovici : « La dépense publique doit passer d'une culture de la quantité à une culture de la qualité. » Cet appel à un travail de dentelle ne semble pas avoir pénétré la forteresse de Bercy. En sabrant dans MaPrimeRénov' et dans le Fonds vert, Bruno Le Maire a clairement indiqué que ses ciseaux étaient bien affûtés mais qu'ils n'avaient que faire, eux, de la couleur de la dépense. Daltoniens mais pas aveugles, ils ciblent tout ce qui leur permet d'atteindre les économies attendues. Serait-on passé à l'ère du « quoi qu'il en coupe » ? Ce serait bien évidemment désastreux. Aménager, construire, rénover… Les travaux indispensables à l'adaptation de notre cadre de vie s'annoncent certes coûteux, mais les repousser nous reviendra plus cher encore. Mettre la main à la poche en faveur des villes résilientes, des infrastructures vertes ou des bâtiments sobres ne peut attendre. Cela ne doit surtout pas dépendre de l'état conjoncturel des deniers publics ou du taux en vigueur à la BCE. Investir dans le vert, c'est ce qui est prioritaire.

Le Moniteur #6293 : La décarbonation, moteur de la croissance de Spie
revue
Année : 2024
Auteur : Fabien Renou
Editeur : ED LE MONITEUR MONITER
Description : Gaz russe, centrales à charbon et maintenant récession. Les Allemands paient cher leurs choix énergétiques passés. Ils se trouvent au-jourd'hui contraints de remettre à plat leur modèle et leurs réseaux, ce qui profite à des acteurs comme Spie (lire p. 12) . De ce côté-ci du Rhin, l'ambiance est tout autre : les mésaventures germaniques contribuent à conforter l'idylle retrouvée de la France et de l'atome. Décarbonée et pilotable, l'électricité nucléaire se voit élevée au rang de maillon essentiel de la transition énergétique. Elle se retrouve, par un facétieux retournement de l'histoire, ripolinée de vert. Avec trois paires d'EPR 2, et bien davantage dans les cartons, l'Hexagone mise très gros sur l'atome. Jancovici a gagné la bataille des idées. Reste à remporter celle du chantier (lire p. 18) . Les dernières expériences ont, il est vrai, de quoi rendre sourcilleux. A Olkiluoto (Finlande), Hinkley Point (Royaume-Uni) ou Flamanville, dans la Manche, les projets d'EPR ont tous accumulé leurs lots de retards et de surcoûts. Or, avec trois paires de réacteurs de deuxième génération annoncées - et bien davantage dans les cartons -, l'Hexagone mise très gros sur l'atome. Cette stratégie, si on en croit ses auteurs, n'a cependant rien d'un coup de poker. Il s'agit au contraire d'un plan parfaitement rationnel : finis les prototypes boiteux, place à la production en série. Les volumes offrent la standardisation qui, seule, peut garantir la qualité et les délais. En massifiant, la France entend donc maximiser ses chances de succès, même si, ce faisant, elle met beaucoup d'œufs dans un même panier. Restons humbles : comme nos cousins d'outre-Rhin avant nous, nous faisons un pari. Quelle qu'en soit l'issue, les entreprises de travaux et d'ingénierie susceptibles de se positionner sur ces marchés d'expertise se préparent à des années prometteuses, pour ne pas dire des décennies dorées. Toutes espèrent participer à cette aventure collective. Alors que les grands projets nationaux se font rares, construire les EPR 2 s'apparente à une épopée qui marquera à coup sûr une génération de bâtisseurs.

Le Moniteur #6311 : Marion Moriceau, scaphandrière déterminée
revue
Année : 2024
Auteur : Jérémy Bellanger
Editeur : ED LE MONITEUR MONITER
Description : Vingt ans pour l'un, dix pour l'autre. Le contrat de partenariat public-privé (PPP) et la société d'économie mixte à opération unique (Semop) viennent de fêter leur anniversaire. Deux outils imaginés pour tirer le meilleur parti des compétences et moyens respectifs des acteurs publics et privés. Pourtant, alors qu'ils sont censés faciliter le financement et l'exploitation d'équipements et d'infrastructures, leur bilan est pour le moins mitigé. Forme de société qui appelle au compromis, la Semop peine à s'imposer. Le PPP, rebaptisé marché de partenariat, a même quasiment disparu. En cause, son potentiel impact à long terme sur le budget, en particulier des collectivités, et une place accordée aux entreprises jugée trop importante. Trouver le bon calibrage pour mener à bien un projet ciblé, en associant un partenaire privé tout en permettant aux pouvoirs publics de garder la main, tel est justement l'objectif de la Semop. Or, cette forme de société qui appelle au compromis peine, elle aussi, à s'imposer (lire « Décryptage », p. 8). A ce jour, la France n'en compte qu'une cinquantaine. Un nombre trop faible aux yeux des défenseurs de cette structure née de « la nécessité de récupérer certaines longues DSP, dans lesquelles l'acteur public avait un peu disparu », comme le rappelle Jean-Léonce Dupont, l'auteur de la loi qui l'a instituée en France. Le manque de compétences au sein de certains territoires pour s'inscrire dans ce format exigeant offre une première explication à ce faible engouement. Le risque financier en livre une autre. Car pour disposer d'un pouvoir de contrôle, la collectivité doit détenir 34 % de l'actionnariat, ce qui l'expose à des pertes potentielles. La vigilance doit donc rester de mise, sans pour autant décourager les volontés d'unir les forces de deux mondes aux intérêts parfois divergents, mais profondément interdépendants. A l'heure d'investir massivement dans la transition écologique, privé et public sont plus que jamais appelés à resserrer leurs liens afin de mieux travailler de concert.

Le Moniteur #6316 : Quand le logement se glisse dans l'existant
revue
Année : 2024
Auteur : Fabien Renou
Editeur : ED LE MONITEUR MONITER
Description : C'est le mariage de la carpe et du béton. En Alsace, afin de permettre aux poissons de se déplacer le long du Rhin, un vaste chantier met actuellement en œuvre les savoir-faire les plus pointus du génie civil en milieu aquatique (lire p. 46). A terme, cette passe à poissons doit permettre d'effacer l'obstacle infranchissable que représente, tant pour les espèces migratrices que pour les populations locales, une centrale hydroélectrique barrant le fleuve. L'ampleur des travaux, leur technicité ainsi que leur coût témoignent de l'importance que revêt désormais l'enjeu de la protection de la biodiversité. Certes, cet impératif écologique imprègne de longue date les projets, mais il s'agissait plutôt de les brider, les ralentir voire les empêcher. Ce qui est plus récent, c'est que l'on construit de plus en plus pour la faune et la flore. Et on y met les moyens. De plus en plus de financements sont fléchés vers les opérations de renaturation ou de préservation. Située sur un cours d'eau qui se joue des frontières, la passe à poissons de Marckolsheim a, entre autres, bénéficié de subsides européens, mais aussi du plan de relance tricolore. Car en France également, de plus en plus de financements sont fléchés vers les opérations de renaturation ou de préservation. Les agences de l'eau, par exemple, intègrent la préoccupation de la biodiversité aux questionnements plus larges sur la disponibilité de la ressource aquatique. Même les fonds privés, notamment à travers les opérations de compensation, sont appelés à participer à cette ambition commune. On peut faire plus, on doit faire mieux. Reste que le chemin parcouru mérite bien un satisfecit. La prise de conscience collective de l'effondrement de la biodiversité explique en partie ce processus, mais ce dernier n'aurait pas été possible sans la montée en compétences des acteurs du BTP. Ni, soyons honnêtes, sans un certain courage des décideurs locaux et nationaux. Car les 80 M€ d'investissements en cours en Alsace proviennent bien des poches des contribuables et de celles des clients d'EDF. Des râleurs potentiels susceptibles de faire reculer plus d'un élu. Pourtant, la passe est bien là alors que les poissons ne votent pas. Miracle de la nature.

Le Moniteur #6331 : Top 1000 - Les nouveaux as du BTP enfin dévoilés
revue
Année : 2024
Auteur : Fabien Renou
Editeur : ED LE MONITEUR MONITER
Description : Gloria ! Avec leur cortège de têtes couronnées, de présidents - parfois pas encore en poste - et d'artistes de renom, les célébrations en l'honneur de la réouverture de Notre-Dame ont fourni une nouvelle occasion de faire rayonner le volontarisme français sur la scène internationale. Après le succès des JO de Paris, cette reconstruction au pas de charge fournit à nouveau une démonstration éclatante de la capacité tricolore à se retrousser les manches pour mener avec succès de grands projets fédérateurs. Requiem. Fierté méritée ou prétention déplacée ? Car, dans le même temps, l'enterrement précipité du gouvernement Barnier offrait un tout autre spectacle. L'Etat français, si prompt à plastronner sur ses capacités d'action et de mobilisation, se trouve à nouveau décapité. Nouvel épisode du feuilleton tragicomique interprété par le monde politique depuis le printemps, cette censure ne fait pas rire grand monde, surtout pas les acteurs de la construction. Avec un mauvais budget, on investit moins. Sans budget, on n'investit pas. In limbo. Disparu en même temps que son auteur, le projet de loi de finances pour 2025 n'avait certes rien d'enthousiasmant. Sa chute dans les limbes inquiète pourtant. D'abord, parce que, à force de persuasion, les acteurs du bâtiment et de l'immobilier avaient réussi à arracher quelques précieuses avancées (élargissement du PTZ, plafonnement de la RLS…). Ensuite, parce que même si les efforts demandés à l'Etat et aux collectivités risquaient d'entraver la commande publique, l'absence de tout cadre budgétaire stable se révèle encore plus paralysante. Avec un mauvais budget, on investit moins. Sans budget, on n'investit pas. Nostradamus. Prédire la suite des événements relève de la prophétie de boule de cristal, tant les inconnues sont nombreuses et les stratégies opaques. Il n'est en revanche pas interdit d'espérer qu'un sursaut permette aux parlementaires de s'accorder sur quelques textes consensuels, afin de ne pas laisser s'embourber davantage la machinerie législative. Si d'aventure cette bonne volonté était partagée, le dossier du logement pourrait peut-être bénéficier des attentions bienveillantes d'une telle union sacrée. Même si le pire n'est jamais sûr, il faut continuer de croire aux miracles.

Le Moniteur #6332 : Prix Moniteur de la construction : Mes frères Gayet livrent leurs bons tuyaux
revue
Année : 2024
Auteur : Fabien Renou
Editeur : ED LE MONITEUR MONITER
Description : Mamie fait de la résistance. En observant la cuvée 2024 des Prix Moniteur de la construction, on ne peut s'empêcher de constater que les entreprises aussi se bonifient avec le temps. Centenaires, quasi-centenaires et même presque bicentenaires : elles sont nombreuses, parmi les lauréates, à témoigner d'une glorieuse histoire qui remonte à plusieurs générations. Ces trophées, pourtant, ne sont pas une carte senior. Ce palmarès n'a rien d'un thé dansant. A l'Ehpad, ces sociétés préfèrent l'iPad, misant sans réserve sur l'innovation, comme en témoigne la présence massive de bureaux d'études intégrés. La fin de vie les inquiète moins que la fin du monde : elles embrassent la transition écologique avec la fougue retrouvée de leurs 20 ans. Et, dans leurs rangs, point de vieilles grincheuses : toutes ouvrent leurs bras avec enthousiasme et bienveillance à la jeunesse d'aujourd'hui, sur les chantiers comme dans les comités de direction. Toutes les entreprises lauréates des Prix Moniteur de la construction forment des collectifs solides et déterminés. Bref, elles sont souples, agiles et dynamiques. Surtout, elles se portent comme un charme. Elles n'ont pas juste bonne mine, de celle que donne une crème antirides efficace, mais affichent une forme excellente, vérifiée par un check-up complet. La performance, telle que l'a évaluée le jury de ces prix, se mesure en effet à l'aune de critères économiques et financiers, mais aussi sociaux et environnementaux. Un test d'effort unique, que ces lauréates ont réussi avec brio. Leur santé de fer n'a d'égale que leur moral d'acier. Engagés et motivés, leurs dirigeants creusent leur sillon, affinent leurs recettes, adaptent leurs process. Surtout, ils témoignent d'une infinie reconnaissance pour leurs équipes. Certaines entreprises sont familiales, d'autres coopératives… mais toutes forment des collectifs solides et déterminés, composés d'hommes et de femmes dont l'implication est le résultat de recrutements avisés, de formations adaptées, de rémunérations généreuses tout autant que de petites (et sincères) attentions. Un management aussi bénéfique à la longévité que le verre de porto quotidien de Jeanne Calment.

Le Moniteur #6346 : Les projets de data centers prêts à décoller
revue
Année : 2025
Auteur : Fabien Renou
Editeur : ED LE MONITEUR MONITER
Description : Il y a cinq ans, la France sautait dans l'inconnu, entraînant le BTP avec elle. Le confinement, commencé en mars 2020, aura mis temporairement la machine à construire à l'arrêt. Mais les conséquences de cette crise sur le secteur et ses professionnels auront été beaucoup plus durables que ces quelques semaines hors du temps. Souvenons-nous : sitôt les travailleurs renvoyés chez eux, les entreprises comme les administrations ont été contraintes, avec plus ou moins de bonheur, de mettre en place en catastrophe les outils permettant le télétravail. Ils n'ont, depuis, jamais été débranchés. D'autres héritages du Covid sont moins visibles, mais tout aussi pérennes, comme les gestes barrières ou les points d'eau sur les chantiers. Le confinement aura marqué une césure. Il aura surtout marqué les esprits. A tel point qu'un « monde d'après » devait advenir. Ce changement d'époque se traduirait notamment par des bâtiments, des infra structures et un urbanisme profondément repensés. Certaines de ces projections se sont concrétisées (1), à commencer par le développement sans précédent des pistes cyclables ou la réduction drastique des surfaces de bureaux. Une partie bute encore sur des contraintes économiques, comme la généralisation d'espaces extérieurs dans les logements. D'autres, enfin, ont fait long feu, à l'image du pari d'un exode urbain massif. Cinq ans plus tard, les villes, grandes et moyennes, attirent toujours autant. La crise du Covid, violente et universelle, aura bel et bien laissé des traces. La crise du Covid, violente et universelle, aura bel et bien laissé des traces. Tout comme, après elle, la guerre en Ukraine, le retour de l'inflation et la révolution de l'IA. Sans parler de la guerre commerciale qui se profile. Toutes ces ruptures, intervenues en si peu de temps, nous rappellent l'injonction contradictoire à laquelle l'accélération de la marche du monde nous contraint : l'impérieuse nécessité d'adaptation permanente combinée à la fragilité de toute démarche prospective. 2020 nous apparaît déjà comme une autre époque. Le monde d'après, c'est déjà du passé.

Le Moniteur #6349 : A Roscoff, un chantier mené au rythme des marées
revue
Année : 2025
Auteur : Fabien Renou
Editeur : ED LE MONITEUR MONITER
Description : Cette fois, ce n'est pas un oubli, encore moins du mépris. Le BTP n'avait rien à faire à l'Elysée, jeudi 3 avril. Quelques heures à peine après l'annonce du relèvement massif et généralisé des droits de douane étasuniens, le président de la République avait convié les responsables des filières hexagonales les plus impactées. On y trouvait, un peu sonnés, des représentants des industries du luxe et de l'automobile, de la filière des vins et spiritueux, mais personne du BTP. Tant mieux. Ni le béton ni le bitume ne traversent la France. Alors, l'Atlantique… La construction constitue par essence une activité locale, dont les acteurs ne se trouvent pas brutalement déstabilisés par les soubresauts du commerce international. Le BTP était prospère avant la mondialisation, il survivra à une éventuelle contraction des échanges mondiaux. Une relative protection face aux chocs géopolitiques qu'il ne faut toutefois pas confondre avec un totem d'immunité. Souvenons-nous du déclenchement de la guerre en Ukraine… Prospère avant la mondialisation, le BTP survivra à une éventuelle contraction des échanges mondiaux. La décision de la Maison Blanche aura certes un impact négatif sur la croissance mondiale, mais l'on peine encore à en percevoir les conséquences concrètes. L'érection de multiples barrières douanières conduira-t-elle à un retour de l'inflation, ou bien la fermeture du marché américain engendrera-t-elle une guerre des prix généralisée ? La réorientation des routes commerciales aura-t-elle un impact sur le coût des matières premières, voire sur leur disponibilité ? Nul ne le sait. Seule certitude : si l'économie flanche, elle entraînera la construction dans sa chute. Ne l'oublions pas : les secteurs ciblés par Donald Trump sont, ici, des commanditaires importants pour les architectes, les entreprises et les bureaux d'études. Connues dans le monde entier, les maisons françaises du luxe se muent, aux quatre coins de l'Hexagone, en maîtres d'ouvrage ambitieux et exigeants. Renommés outre-Atlantique, les domaines viticoles aiment à se doter de chais à la pointe de la technique et de l'élégance. Bien insérée dans les échanges mondiaux, l'industrie européenne se décarbone à marche forcée, ce qui implique de gros investissements et autant de maintenance. Tout compte fait, une partie du BTP était bien à l'Elysée.

Le Moniteur #6354 : Jeu de plateformes à la Fondation Cartier
revue
Année : 2025
Auteur : Fabien Renou
Editeur : ED LE MONITEUR MONITER
Description : Nous avions suivi la loi d'orientation des mobilités. Puis les travaux du Conseil d'orientation des infrastructures. Puis les arbitrages gouvernementaux. Désormais, nous plongeons dans « Ambition France Transports », la grande conférence sur le financement des mobilités prévue pour durer jusqu'à l'été. La politique des transports, qui a tant besoin du temps long, souffre elle aussi d'un stop-and-go permanent. Cette fois-ci, la méthode s'est révélée quelque peu nébuleuse : jusqu'au dernier moment, les parties prenantes ignoraient à peu près tout des modalités de ce débat, pourtant annoncé de longue date. Comment éviter que les choix de 2025 ne soient à leur tour questionnés dans un an ou deux ? L'objectif, en revanche, ne souffre d'aucune ambiguïté : trouver l'argent nécessaire à la construction, à l'entretien et à la modernisation des infrastructures de mobilités. Avec deux épineux dossiers en haut de la pile : la création des services express régionaux métropolitains (Serm), appelés à doper l'offre de transports dans les grandes villes, et la future génération de concessions autoroutières, à compter de 2031. Dans le contexte actuel, s'accorder pour dépenser des centaines de milliards d'euros est une gageure. L'Etat se trouve en pleine cure d'amaigrissement et fait pression sur les collectivités pour qu'elles réduisent leurs dépenses. Des sommes consenties découleront donc nos prétentions pour demain, et non l'inverse. Cette « Ambition France Transports » peut donc, malgré son nom, accoucher d'une souris. Ou alors d'un mouton à cinq pattes, si l'on veut croire au miracle. Dans tous les cas, comment éviter que les choix de 2025 ne soient à leur tour questionnés dans un an ou deux ? Comme tout investissement de long terme, les infrastructures nécessitent des sources de financement sécurisées, capables de résister au retournement de conjoncture comme aux changements de majorité. C'est ce qui a permis de maintenir l'ambition du Grand Paris Express. Le versement transports peut ainsi aider à mettre sur pied les Serm tout comme les péages autoroutiers doivent assurer la pérennité du réseau. L'objectif étant que l'Etat n'y trouve pas matière à combler ses propres déficits.

Le Moniteur #6355 : La ville se régénère autour des gares
revue
Année : 2025
Auteur : Fabien Renou
Editeur : ED LE MONITEUR MONITER
Description : Un quartier peut en cacher un autre L'apparition d'une gare TGV hier, d'une station du Grand Paris Express aujourd'hui ou d'une halte d'un service express régional métropolitain demain laisse espérer un développement urbain rapide et dynamique. La mobilité dope l'immobilier. Mais le quartier sur papier diffère bien souvent de celui en béton : de Nanterre à Annemasse, en passant par Saint-Denis, la chute de la demande de bureaux a remis à plat la programmation de projets pourtant déjà sur les rails. L'agilité, vertu cardinale d'une époque incertaine. Un bâtiment peut en cacher un autre Transformer du bureau en logement sur un plan-guide, c'est déjà compliqué. Alors, dans un ouvrage existant… Pourtant, lorsque l'on s'en donne les moyens, le résultat peut être bluffant, comme le démontre l'opération particulièrement réussie de mutation d'un ancien site parisien du CNRS. Un succès que devraient étudier des experts missionnés par le gouvernement pour identifier les freins techniques et économiques à lever pour accélérer la mutation tertiaire- habitat. La flexibilité, ça s'apprend. L'époque requiert de l'agilité, de la flexibilité, de la souplesse et de l'adaptation. Un pont peut en cacher un autre C'est désormais acquis : les projets d'aujourd'hui cherchent, autant que possible, à préserver ce qui existe. Ce qui n'interdit pas de construire. Exemple au-dessus de l'Isère, où un pont routier endommagé sera remplacé par une passerelle piétonne et où, à deux pas, un ouvrage neuf répondra aux besoins des automobilistes . Les bonnes solutions exigent toujours plus de souplesse. Une biennale peut en cacher une autre A Venise, c'est le monde de l'architecture qui fait le grand écart. Entre les réjouissances de l'événement et l'angoisse climatique, entre les solutions high-tech et les partis pris plus rustiques, les concepteurs questionnent rien de moins que l'habitabilité du monde surchauffé qui arrive . A Versailles, une autre biennale d'architecture et de paysage vient de s'ouvrir, avec là aussi un questionnement écologique, centré sur la place du vivant en ville. S'adapter, encore et toujours.

Le Moniteur #6356 : De Jules Ferry au réemploi, une école se mue en habitat
revue
Année : 2025
Auteur : Fabien Renou
Editeur : ED LE MONITEUR MONITER
Description : Dépenses publiques, agences de l'Etat, réglementation… L'époque est aux coups de ciseaux. Avec la bénédiction du gouvernement, les parlementaires se sont lancés à corps perdu dans une série de débats visant à simplifier tel ou tel pan du droit. A commencer par celui de l'urbanisme, dont les procédures - on le sait - ralentissent la bonne marche des projets de construction. Il ne faut pas confondre vitesse et simplification. Or, la légitime volonté d'accélération se traduit par une complexification des procédures : pour aller plus vite, on procède trop souvent par exceptions. Ici, ce sont les installations de production d'EnR qui bénéficient d'un régime dérogatoire, là ce sont les data centers, ailleurs ce sont les usines. Au bout du compte, plutôt que de ratiboiser des procédures, ces initiatives participent à l'épaississement, si décrié, des codes de l'urbanisme et de l'environnement. La complexification des règles juridiques apparaît tristement inéluctable. Mais on doit tenter de ralentir la machine. Souvent, donc, la simplification se montre bavarde. Parfois même, elle bafouille. La configuration politique actuelle libère la parole des députés et sénateurs, conduisant à une foire aux amendements qui produit in fine un droit brouillon. En témoigne le projet de loi de simplification de la vie économique, dont différents articles visent à rehausser les seuils des marchés publics de travaux… mais pas au même niveau. Autre exemple : un dispositif récemment voté concernant la protection des espèces protégées dont, à l'analyse, on peine à percevoir la portée. Bref, plutôt que d'accélérer les projets, on se précipite à rédiger les lois. Ecologie, souveraineté industrielle, crise du logement… La complexification des règles juridiques apparaît tristement inéluctable. Mais on doit tenter de ralentir la machine. Devant la délégation du Sénat aux collectivités territoriales, Christine Maugüé, la présidente de la section de l'administration du Conseil d'Etat, a récemment lancé aux parlementaires et ministres présents un « appel à la stabilisation ». « Les règles de procédures contentieuses ont atteint un très grand niveau de complexité en matière d'urbanisme, constate cette juriste de haut vol. Il est impératif qu'il y ait une pause pour pouvoir s'approprier les réformes récentes. » Tout le monde a acquiescé. Et puis la frénésie normative a repris.

Le Moniteur #6359 : Looberghe remet l'enfance au milieu du village
revue
Année : 2025
Auteur : Fabien Renou
Editeur : ED LE MONITEUR MONITER
Description : Les normes qui s'empilent, le BTP connaît. Les règles absurdes tombées du ciel, aussi. Alors, quand le législateur prend le temps de l'analyse pour juger de la pertinence de mesures nouvelles, on se doit d'applaudir. En 2018, la loi Elan avait abaissé de 100 à 20 % la part de logements accessibles dans le neuf. Les 80 % restants devaient simplement être évolutifs. Devant les doutes suscités par cet assouplissement, la loi avait ajouté l'obligation d'un rapport d'évaluation sous cinq ans. Excellente initiative, non ? J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne : le fameux rapport est enfin parvenu aux parlementaires. La mauvaise : le document est d'une telle vacuité qu'aucune conclusion sérieuse ne peut en être tirée. Le gouvernement prétexte le retard pris en raison du Covid pour ne pas offrir de panorama précis des effets de cette réglementation. Alors même que le rapport est publié un an et demi après la date prévue… L'administration se montre incapable de mesurer les effets d'une norme appliquée depuis des années. Sans nier les difficultés de l'exercice, ce constat est alarmant. Sur quelles bases se prennent les grandes orientations politiques si l'administration se montre incapable de mesurer les effets d'une norme appliquée depuis des années ? Circonstance aggravante ici : un prérapport avait été remis (dans les temps) sur le sujet. Beaucoup plus prolixes, ses auteurs avaient réalisé un travail ambitieux, traçant même des pistes d'évolution, alors même que cela ne leur était pas demandé. Si « Le Moniteur » en avait eu connaissance, les parlementaires, eux, n'en ont pas vu la couleur. Ces tours de passe-passe bureaucratiques sont fréquents, ils n'en sont pas moins désolants. Surtout sur un sujet aussi sensible que l'accessibilité, appelé à devenir central avec le vieillissement de la population. Aux arguments légitimes des personnes en situation de handicap s'opposent des arguments, non moins audibles, des constructeurs qui avancent que la profonde crise que traverse l'immobilier ne permet pas d'absorber de nouveaux renchérissements. Deux discours structurés, deux registres différents, deux logiques incompatibles. Pour sortir par le haut de cette opposition stérile, une seule solution : l'analyse concrète de l'efficacité des mesures sur la vie des habitants comme sur l'activité des entreprises. Raté.

Le Moniteur #6365 : L'éclat retrouvé des partenariats public-privé
revue
Année : 2025
Auteur : Fabien Renou
Editeur : ED LE MONITEUR MONITER
Description : Au printemps 2019, « Le Moniteur » s'interrogeait sur la fin des PPP (voir notre Une ci-dessous). Ces contrats et marchés de partenariat, qui ont connu leur heure de gloire au tournant des années 2010, rencontraient alors une puissante désaffection. Ternie par quelques expériences malheureuses, leur image pâtissait d'une profonde défiance de la part du grand public, mais aussi de certains professionnels, des acheteurs publics aux architectes. Même les entreprises lauréates estimaient y laisser trop de plumes ! Bref, les PPP sentaient le soufre. Six ans et 339 numéros plus tard, la donne a radicalement changé. Les ardents défenseurs des PPP ont retrouvé l'oreille attentive des pouvoirs publics. La récente conférence Ambition France Transports leur a ainsi fourni une tribune de choix. Comment expliquer ce retour en grâce ? Le contexte budgétaire, évidemment. Ces montages contractuels, dans lesquels l'investissement est réalisé par un acteur privé, ne peuvent que séduire une puissance publique désargentée. Mais gare aux effets de mode ! Has been hier, trendy aujourd'hui, les marchés de partenariat n'ont pourtant rien de l'accessoire, que l'on arbore avec fierté quelque temps avant de le remiser au placard… jusqu'à ce qu'il revienne au goût du jour. Ils peuvent convenir à certains projets, à certaines maîtrises d'ouvrage et dans certains contextes. Très complexes, ces outils nécessitent d'être manipulés avec précaution et de bénéficier d'une rédaction particulièrement soignée. Là se situe peut-être l'unique bonne raison de les ressortir des cartons. Plus qu'à l'air du temps dont il faut se méfier, c'est à la maturité des acteurs qu'il convient de faire confiance. Grâce aux réussites comme aux déconvenues d'hier, les acteurs publics et privés ont accumulé de l'expérience leur permettant de mieux jauger de l'opportunité d'y recourir mais aussi de mieux ficeler leur relation. C'est ce que l'on peut espérer en six ans et 339 numéros.

Le Moniteur #6366 : Des plombiers parisiens sous leurs citronniers corses
revue
Année : 2025
Auteur : Fabien Renou
Editeur : ED LE MONITEUR MONITER
Description : Les promoteurs se cachent pour mourir. Depuis des mois, ils font le dos rond, mettent leurs projets à l'arrêt, réduisent leurs effectifs. Et, à bas bruit, des sociétés disparaissent. La mise en liquidation de Capelli, premier acteur d'envergure nationale à mordre la poussière, représente certes une secousse pour le secteur, mais elle ne constitue pas une surprise, encore moins un tournant. Juste la face émergée de l'iceberg. Les architectes touchent eux aussi le fond en silence. Entre une crise du logement qui s'éternise et un cycle électoral qui touche à sa fin, beaucoup d'agences se préparent à hiberner quand d'autres ferment boutique, tout simplement. Les entreprises de bâtiment, elles, résistent diversement : le gros œuvre connaît un léger embellissement après des trimestres difficiles quand les travaux d'électricité ou d'isolation voient leur situation s'aggraver. A elle seule, la construction pèse pour un quart des défaillances d'entreprises françaises (1). La bouée de sauvetage tant attendue ne viendra pas de l'Etat dans l'immédiat. Quand le bâtiment ne va pas… rien ne se passe. Cette hécatombe silencieuse ne semble guère émouvoir les hautes sphères, trop empêtrées dans le marasme de la rigueur. Soyons clairs : dans l'immédiat, la bouée de sauvetage tant attendue ne viendra pas de l'Etat. Au contraire, ses atermoiements sur la rénovation énergétique mettent des entreprises en danger. Les lenteurs d'instruction des dossiers par l'Anah ont carrément précipité la chute de sociétés qui avaient fait le choix de se spécialiser dans cette activité promise à des lendemains qui chantent. Les collectivités, elles, ont le pouvoir de réagir plus rapidement. Celles du bloc local pourront, une fois les nouveaux exécutifs en place, lancer leurs projets publics et autoriser les initiatives privées. Encore faut-il que la construction fasse, cette fois-ci, partie de leurs objectifs. Et que les efforts qui seront exigés d'eux leur laissent les coudées un peu franches. En italien, Capelli veut dire « cheveux ». Si le sursaut ne tarde pas, la coupe actuelle se limitera à quelques mèches. Et le bâtiment échappera à la coupe rase. (1) Lire notre dossier « Défaillances d'entreprises : le BTP face à la crise » sur www.lemoniteur.fr/conjoncture/ Six ans et 339 numéros plus tard, la donne a radicalement changé. Les ardents défenseurs des PPP ont retrouvé l'oreille attentive des pouvoirs publics. La récente conférence Ambition France Transports leur a ainsi fourni une tribune de choix. Comment expliquer ce retour en grâce ? Le contexte budgétaire, évidemment. Ces montages contractuels, dans lesquels l'investissement est réalisé par un acteur privé, ne peuvent que séduire une puissance publique désargentée. Mais gare aux effets de mode ! Has been hier, trendy aujourd'hui, les marchés de partenariat n'ont pourtant rien de l'accessoire, que l'on arbore avec fierté quelque temps avant de le remiser au placard… jusqu'à ce qu'il revienne au goût du jour. Ils peuvent convenir à certains projets, à certaines maîtrises d'ouvrage et dans certains contextes. Très complexes, ces outils nécessitent d'être manipulés avec précaution et de bénéficier d'une rédaction particulièrement soignée. Là se situe peut-être l'unique bonne raison de les ressortir des cartons. Plus qu'à l'air du temps dont il faut se méfier, c'est à la maturité des acteurs qu'il convient de faire confiance. Grâce aux réussites comme aux déconvenues d'hier, les acteurs publics et privés ont accumulé de l'expérience leur permettant de mieux jauger de l'opportunité d'y recourir mais aussi de mieux ficeler leur relation. C'est ce que l'on peut espérer en six ans et 339 numéros.