Le Moniteur #6233 : Entrées de ville : sortir du vilainrevueAnnée : 2023Auteur : Fabien RenouEditeur : ED LE MONITEUR MONITERDescription : Cette année encore, Vinci ouvre le bal. La semaine dernière, le n° 1 européen du BTP dévoilait une hausse spectaculaire (+ 25 %) de son chiffre d'affaires 2022. Certes, la majorité a été réalisée à l'étranger. Certes, l'acquisition de Cobra IS explique en partie ce formidable bond. Reste que, comme le confirmeront prochainement ses concurrents tricolores, les entreprises de BTP manquent davantage de bras que de chantiers. Cette forme éclatante ne doit pas conduire à occulter les inquiétudes qui occupent l'esprit des dirigeants du secteur. Des craintes alimentées par les alarmes des maîtres d'ouvrage. A Lyon et ailleurs, les promoteurs s'inquiètent tant des obstacles persistants à l'obtention des permis de construire que des difficultés récentes des ménages à décrocher leur financement. C'est justement parce qu'il n'est pas trop tard qu'il est urgent de réagir Côté collectivités, c'est la crise énergétique qui menace de dévorer une partie du budget initialement destiné à l'investissement. Ces nuages qui s'accumulent paraissent encore lointains. Les carnets de commandes restent pour l'heure bien garnis et les projets qui coincent aujourd'hui ne pèseront sur l'activité qu'en 2024 voire au-delà. Or, c'est justement parce qu'il n'est pas trop tard qu'il est urgent de réagir. Non pas pour le plaisir d'alimenter la machine à construire, mais pour répondre aux besoins de logements abordables, d'équipements publics de qualité et d'infrastructures écologiques.
Avec sa palette d'outils financiers et administratifs, l'Etat doit prendre ses responsabilités. Mais rien ne sera possible sans la ferme volonté des collectivités de prendre le sujet à bras-le-corps. Une gageure alors que les élus locaux sont tenus d'améliorer le cadre de vie, de freiner l'artificialisation des sols et de limiter les nuisances. La métropole de Rennes tente de concilier les contraintes, en généralisant d'un côté le balcon obligatoire et la dissociation du foncier et du bâti, tout en rehaussant de l'autre ses objectifs de production annuelle de logements. Objectif : + 25 %, aussi bien que Vinci. La voie est étroite, mais elle existe : encore faut-il s'y risquer. Le Moniteur #6253 : Annecy puise ses calories au fond du lacrevueAnnée : 2023Auteur : Fabien RenouEditeur : ED LE MONITEUR MONITERDescription : Les pompiers contre les handicapés ? Au Mans, les résidents d'un immeuble d'habitat inclusif ont dû quitter leur domicile à la suite d'une visite du Sdis, qui a requalifié le bâtiment en ERP. Cette analyse, confirmée par une décision récente du Conseil d'Etat, menace bon nombre de ces hébergements accueillant, dans des appartements ordinaires, des locataires en situation de handicap ou en perte d'autonomie. Priorité est donc donnée à la sécurité incendie. Cet imbroglio, situé à l'interface de deux réglementations, en rappelle bien d'autres qui se concluent trop souvent par des projets entravés. Dernier épisode en date : l'obligation future d'encapsuler une partie du bois dans les immeubles neufs, avec ses lourdes conséquences en termes de surcoût financier et de surpoids carbone. La crainte du feu vient ici torpiller l'un des objectifs de la RE 2020.
Il faudrait assurer l'adéquation des objectifs en amont, au sein même de la machinerie politico-administrative
On ne saurait reprocher leur avis aux pompiers, dont la mission n'est ni d'accompagner le parcours résidentiel des personnes handicapées, ni de promouvoir la décarbonation de la construction, mais bien d'éviter les drames à tout prix. On ne saurait blâmer le juge qui, entre deux logiques contradictoires, choisit le moindre des maux au regard des textes et de la doctrine en vigueur. On peut, en revanche, regretter que d'autres se défaussent sur lui pour trancher ces incohérences normatives. C'est en effet en amont qu'il faudrait assurer l'adéquation des objectifs, au sein même de la machinerie politico-administrative. De ce point de vue, la dispersion des services - parfois même entre différents ministères - ne simplifie probablement pas cette mise en cohérence.
On se console en arguant que ce constat est aussi ancien que l'Etat. On peut cependant craindre que la situation ne s'arrange pas d'elle-même. A intervalles réguliers, le bâtiment se voit en effet chargé de missions supplémentaires : loger bon marché, assurer la sécurité, limiter les émissions, gérer le confort d'été, garantir un air intérieur de qualité… L'accumulation désordonnée d'objectifs, aussi louables soient-ils, conduit inévitablement à des zones de friction. Et à des situations inflammables. Le Moniteur #6277 : Top 1000 du BTP : un millésime d'exceptionrevueAnnée : 2023Auteur : Fabien RenouEditeur : ED LE MONITEUR MONITERDescription : Si les chantiers étaient des vendanges, il faudrait patienter jusqu'à la mise en bouteille pour obtenir les résultats financiers. Comme le bon vin, le classement annuel des plus grandes entreprises du BTP français a besoin d'un peu de temps pour révéler ses subtilités. Celui que « Le Moniteur » livre ici témoigne donc de l'activité du secteur en 2022. Qui se révèle être une cuvée de prestige.
Les chiffres ne mentent pas. La plupart des sociétés listées, qu'elles soient indépendantes ou affiliées à des majors, qu'elles évoluent dans les travaux publics, le bâtiment ou les deux, affichent une nette progression de leur activité. Pour la première fois, le chiffre d'affaires de la millième entreprise tricolore dépasse le seuil des 20 millions d'euros. Et ce n'est pas l'amorce du phénomène inflationniste qui remet en cause cette évidence : dans l'Hexagone, les chantiers ont tourné à plein régime.
Pour la première fois, le chiffre d'affaires de la millième entreprise tricolore dépasse le seuil des 20 millions d'euros
Les millésimes se suivent et ne se ressemblent pas, c'est même ce qui fait tout leur intérêt. Si les conditions se sont avérées particulièrement propices pour le secteur l'an passé, de lourds nuages planent désormais à l'horizon. La crise du logement, qui ébranle déjà les promoteurs immobiliers, va immanquablement se propager aux autres acteurs de la filière. Les travaux, encore dynamiques en 2023, vont ralentir à un rythme variable selon les régions et les métiers. Certaines entreprises voient déjà fondre leurs carnets de commandes. A l'avenir, les bulles, ce ne sera plus pour tout le monde.
Ces perspectives moroses ne devraient pourtant pas nous empêcher de célébrer les bonnes nouvelles. Ces excellents chiffres sont mérités. Ils sont le fruit d'un labeur quotidien et le témoignage d'une filière robuste. La certitude de jours plus difficiles doit agir comme un salutaire appel à la lucidité et inciter à mettre à profit ces belles années pour préparer les moins bonnes. Savourons l'instant présent mais gardons-nous de l'ivresse, les prochains top 1 000 se préparent dès aujourd'hui. Archi et Basile
Chantier en cours !LivresAnnée : 2022Auteur : Sophie Bordet-PetillonEditeur : EDITIONS DU PATRIMOINE CENTRE DES MONUMENTS NATIONAUX EDISION PATRIMOIN SANTR DE MONUMAN NASIONODescription : Archi et Basile est une nouvelle collection destinée à la jeunesse. Avec cette série de livres, ce duo attachant invite le jeune lecteur à une promenade amusante et passionnante à travers l'architecture et l'urbanisme.
Dès qu'une fenêtre s'entr'ouvre... Archi file et se réfugie au rez-de-chaussée de son immeuble, dans l'agence d'une architecte accueillante. Ainsi, au fur et à mesure de ses visites pour le récupérer, Basile fait la connaissance de la jeune équipe et découvre le métier d'architecte et les savoir-faire qui y sont liés. Un monde à part, mystérieux au premier abord avec son vocabulaire bien étrange, mais dont Basile se rend compte qu'il est à l'origine de son univers quotidien.
Livre-jeu illustré, chaque volume fait découvrir l'architecture de façon ludique et créative à travers 20 doubles pages dans lesquelles toutes les questions de Basile trouvent des réponses, développées par des zooms, des jeux et des activités de dessin qui laissent libre cours à l'imagination du lecteur. Le Moniteur #6340 : Curage de jouvence pour un ancien poste électriquerevueAnnée : 2025Auteur : Fabien RenouEditeur : ED LE MONITEUR MONITERDescription : Quand l'argent public se raréfie, les idées, elles, prolifèrent. Face au coup de vis budgétaire qui menace les investissements dans les bâtiments comme dans les infrastructures, chacun avance sa solution… sans oublier de placer ses pions. Des PPP aux hausses d'impôt, des concessions au tiers-financement, les vieilles recettes ressortent du placard et redonnent de la vigueur à un débat toujours sensible : investir, d'accord, mais avec quoi ?
Le sujet, en effet, reste explosif. Car si tout le monde cherche de nouveaux modèles, personne ne souhaite passer à la caisse. L'Etat a les poches vides, les collectivités craignent de se faire tondre et le contribuable refuse tout nouvel effort. Quant aux entreprises privées et aux institutions financières, dont certaines disposent de puissants leviers d'action, elles devraient monnayer leur participation, tant elles sont courtisées.
Si tout le monde cherche de nouveaux modèles, personne ne souhaite passer à la caisse.
Reste l'usager, trop souvent ignoré. Très impopulaire dans l'opinion publique, l'idée de le faire participer davantage séduit de plus en plus de professionnels. Prenons l'eau potable, ridiculement bon marché. Une hausse du prix du mètre cube permettrait de mieux entretenir les réseaux tout en incitant à davantage de sobriété. Une option que les élus locaux abordent avec prudence, tant l'eau se révèle un sujet inflammable… Dans les mobilités aussi, les bonnets rouges en ont échaudé plus d'un. Cela n'empêche pas la région Grand Est, qui récupère 500 km de routes nationales, d'annoncer le recours à l'écotaxe pour financer leur remise à niveau. Et ce n'est qu'un début : la question des péages routiers devrait animer la prochaine conférence de financement des infrastructures de transports annoncée pour le printemps.
S'il est salutaire de briser des tabous, il est dangereux de croire aux formules magiques. La solution idoine diffère selon les situations et selon les projets. Mal ficelé, un PPP peut se retourner contre ses concepteurs, comme en témoignent les difficultés rencontrées par certains stades. De même, l'usager doit parfois être épargné : pour lutter contre la pollution et les émissions carbone, le prix du ticket de bus doit rester bien inférieur au coût réel des transports en commun. Les bonnes idées, c'est comme l'argent public : elles doivent être maniées avec précaution, surtout quand elles abondent. Le Moniteur #6348 : ZAN, Anru, A69... Les dossiers chauds de François RebsamenrevueAnnée : 2025Auteur : Fabien RenouEditeur : ED LE MONITEUR MONITERDescription : Le bruit de la tronçonneuse de Javier Milei a-t-il traversé l'Atlantique? Ou sont-ce les coupes franches d'Elon Musk qui ont inspiré les députés français ? Quoi qu'il en soit, le débat sur le projet de loi de simplification semble avoir libéré les pulsions tranchantes de nos parlementaires. Ces derniers ont pris un plaisir manifeste à sabrer les organismes en tout genre. A commencer par ceux en lien avec la construction et l'aménagement. Le Moniteur #6363 : Bas carbone, démondialisation... les convictions de Benoit BazinrevueAnnée : 2025Auteur : Fabien RenouEditeur : ED LE MONITEUR MONITERDescription : La barrière de péage a de beaux jours devant elle. Le ministre des Transports l'a confirmé : aux concessions d'autoroute succéderont… des concessions d'autoroute. Il ne s'agit cependant pas d'un simple copié-collé. Les futurs contrats seront plus courts, leurs périmètres géographiques plus restreints et leur rédaction plus favorable aux deniers publics. Il ne s'agit pas non plus d'une véritable surprise, tant la manne des péages apparaît précieuse alors que les poches de l'Etat sont vides. Et si ce dernier peut théoriquement faire payer lui-même l'usager, une telle décision reste politiquement périlleuse. Souvenons-nous des Bonnets rouges.
Que l'on acte, dès aujourd'hui, l'avenir des concessions qui arriveront à échéance dans la prochaine décennie est salutaire. Que l'on cherche à bâtir un modèle pérenne de financement des infrastructures est rassurant. Alors que la loi du Grand Paris souffle ses 15 bougies, il n'est pas inutile de rappeler que la mobilité est affaire de temps long mais aussi de gros sous. Les péages pourraient à l'avenir apporter 2,5 Mds € par an aux projets de mobilités. Un montant conséquent qui, néanmoins, devra résister aux alternances politiques comme à la convoitise de Bercy.
Il n'est pas inutile de rappeler que la mobilité est affaire de temps long mais aussi de gros sous.
Si Philippe Tabarot a fixé un cap, il laisse des questions en suspens. En annonçant que « les recettes des transports iront aux transports », ouvre-t-il la porte à un transfert d'une partie de l'argent de la route vers le réseau ferré ? En priorisant « le réseau national non concédé », confie-t-il aux collectivités le soin de trouver les solutions pour entretenir plus de 90 % de la voirie française ? En évoquant l'importance du recours aux financements privés, imagine-t-il d'autres montages que les PPP ?
Le temps de l'approfondissement est venu. Un projet de loi destiné à fixer le cadre est annoncé dès cette fin d'année. Ce calendrier doit permettre d'avancer relativement vite tout en assurant, promis-juré, la coconstruction du texte avec les acteurs de la filière. D'ici un an, peut-être un peu plus, les bases d'une stratégie de long terme devraient avoir été posées. Nous sommes encore sur la voie d'accélération. Pourvu qu'aucun revirement politique ne vienne briser cet élan. Pour l'instant, la barrière reste levée.