Terre, terrain, Territoires : Discussion autour des sols
Livres
Année : 2023
Auteur : ANMA Architectes Urbanistes
Editeur : IMPRIMERIE SNEL INPRIMERI
Description : `Connaît-on réellement la valeur de ce qu'il y a sous nos pieds ? Face au constat de la prédominance de la valeur foncière sur la valeur fonctionnelle des soles, l'échelle du territoire permet-elle de faire les choix d'aménagement propices à un équilibre de l'empreinte de l'homme sur son milieu ? Dans cette nouvelle géométrie qu'exige la transition écologique, la compréhension du sol est devenue l'un des premiers leviers d'action. Le sait-on ? Il capture le carbone, nourrit les végétaux, les alimente en eau. Voilà que l'on devine que lui aussi respire, que l'information y circule ... Alors que les débats actuels sur le Zéro Artificialisation Nette mettent en lumière ces questions et rebattent les cartes de nos manières d'appréhender l'impact des projets urbains, Terre Terrain Territoire convoque une pluralité d'acteurs et porte au grand public une discussion autour de la considération des sols dans le cadre de la fabrique urbaine. relier l'écologie à partir du sol, à l'économie de l'aménagement en passant par la politique et le projet, c'est l'ambition de cet ouvrage qui poursuit les recherches de l'exposition éponyme, conçue par le CAUE Rhône Métropole, soutenue par la Fondation d'entreprise ANMA et dont le parcours d'itinérance se poursuit déjà dans une dizaine de villes françaises.

Le Moniteur #6268 : Après les émeutes, la reconstruction à petits pas
revue
Année : 2023
Auteur : Fabien Renou
Editeur : ED LE MONITEUR MONITER
Description : Le « fou du Puy » serait-il devenu le « zinzin du ZAN » ? On peine à comprendre ce qui a poussé Laurent Wauquiez à annoncer que sa région « sortait du ZAN ». Pour être honnête, on a d'abord peiné à comprendre ce que cela signifiait. Puis, une fois précisé que la collectivité suspendait la procédure de modification de son Sraddet pour manifester son mécontentement face aux règles nationales, on a peiné à comprendre ce qu'elle avait à gagner à se priver d'un outil aussi crucial pour l'aménagement de son territoire. Bien entendu, Laurent Wauquiez a toute sa tête. Son coup d'éclat, il le sait pertinemment, n'aura que peu de portée pratique. Annoncer une « sortie du ZAN » pour un élu de droite engage autant que poser un panneau « Commune hors Tafta » pour un élu altermondialiste : de l'affichage pur et simple. Son objectif est ailleurs. Ce redoutable animal politique a flairé autour du ZAN un potentiel point de clivage. Le candidat non déclaré à la présidentielle de 2027 a choisi de dégoupiller sa grenade devant l'Association des maires ruraux de France. Nul besoin d'être un normalien doublé d'un énarque pour saisir qu'il entend réveiller l'antagonisme entre France des villes et France des champs. La lutte contre l'artificialisation ne peut se réduire à une lubie urbaine. Dans les petites communes, c'est clair, des élus se disent désemparés face à la fin annoncée des lotissements, gloutons en terres. Le risque de friction existe - c'est indéniable - entre l'objectif de sobriété et celui, tout aussi louable, de développement local. Mais il est tout aussi certain qu'il faudra, demain, aménager autrement. Oui, c'est contraignant. Oui, c'est long. Mais, comme la décarbonation, comme le recyclage, ce n'est plus une option. Là se trouve l'erreur de jugement de Laurent Wauquiez : réduire la lutte contre l'artificialisation à une lubie urbaine. Or, la population rurale a fait sienne la volonté de préserver les espaces naturels. Le monde agricole lui-même fait désormais pression pour limiter le grignotage des terres. Ce n'est pas parce qu'ils roulent au diesel et se chauffent au fioul que les habitants des bourgs se moquent de la nature. En cherchant à toucher ce qu'il imagine être les tréfonds des terroirs, le stratège politique confond clivage et cliché. Non, les Français, même ruraux, ne sont pas des veaux.

Le Moniteur #6279-6280 : Le cadre réglementaire du ZAN bientôt achevé
revue
Année : 2023
Auteur : Fabien Renou
Editeur : ED LE MONITEUR MONITER
Description : Au diapason d'une mandature complètement détraquée par l'absence de majorité absolue, la dernière séquence politique de l'année aura défié tous les pronostics. Malgré un projet de loi Immigration préparé depuis plus d'un an, malgré d'interminables négociations pour aplanir les différends, malgré la confiance affichée par l'exécutif, rien ne s'est passé comme prévu. Un dérapage incontrôlé qui a suscité nombre de commentaires. Et quelques silences qui en disent long. Prenez l'une des idées phares du texte initial : la régularisation des travailleurs sans papiers dans les métiers en tension. Cette disposition avait bien évidemment les faveurs des employeurs. Ceux du BTP font régulièrement état de ces situations ubuesques où l'un de leurs compagnons se retrouve soudain dans l'illégalité et se heurte à des agents préfectoraux zélés. Les fédérations du secteur, étrangement, n'ont pas défendu publiquement cette mesure lorsque le vent a tourné au Sénat, ni quand la commission mixte paritaire l'a réduite à peau de chagrin. Probablement parce que cette loi arrive trop tard : difficile de se prétendre « en tension » lorsque se profile une hémorragie sociale. Probablement, aussi, parce qu'elle porte sur un thème si sensible que, pour éviter les coups, on préfère rester coi. Devenu central, le sujet de l'immigration éclipse tous les autres De mots, le président de la République, lui, n'en manque pas. Le lendemain du vote, il a pris la parole deux heures durant pour se livrer à un plaidoyer pro domo. Toujours aussi à l'aise à l'écran, il ne s'est pas interdit d'aborder d'autres sujets, de la laïcité à la situation au Proche-Orient en passant par Gérard Depardieu. Sur le logement, en revanche, rien. Comme si ce thème n'était pas digne d'une prise de parole présidentielle, comme si cette crise-là n'appelait pas une réponse politique courageuse. Le silence, ici, se fait coupable. C'est l'un des paradoxes de ce débat complètement raté : l'immigration, on en parle mal, on en parle trop. Devenu électrique, ce sujet contraint au silence les points de vue posés et étayés. Devenu central, il éclipse tous les autres, au point d'ôter au débat public la clairvoyance nécessaire sur les réels dangers qui nous menacent. Les boucliers qui nous manquent ne sont pas ceux qu'on croit.

La revue Urbanisme #435 : La clé des sols
revue
Année : 2024
Auteur : Julien Meyrignac
Editeur : SARL PUBLICATIONS D ARCHITECTURE ET D URBANISME PUBLIKASION ARCHITEKTUR URBANISM
Description : Selon la Genèse, le Créateur a puni Adam et Ève pour avoir goûté le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, en les renvoyant du jardin d’Éden et en leur imposant de cultiver la terre pour subsister. Leur fils Caïn, attelé à cette tâche, fut condamné pour avoir tué son frère (et souillé la terre de son sang) à ne plus pouvoir la cultiver, car son crime l’avait rendu infertile, et à devenir un vagabond. Un destin que Caïn refusa en créant la première ville qu’il nomma du nom de son fils Hénoch. La tradition judéo-chrétienne a inscrit culturellement les sols comme ressources et objets de malédiction, mais aussi facteur déterminant des regroupements humains, ce que semble confirmer – dans les grandes largeurs – l’archéologie : les premières villes ont été érigées dans des régions de sols fertiles, où l’activité agricole s’est développée au point de passer d’une économie de subsistance à une économie de production au service d’activités de commerce.

La Gazette des communes #2705 : Disponibilité, détachement... et plus dur est le retour
revue
Année : 2024
Auteur : Delphine Gerbeau
Editeur : ED LE MONITEUR MONITER
Description : Machine arrière : après avoir trompetté, fin septembre, lors du congrès des maires ruraux, que la région Auvergne -Rhône-Alpes « sortait » du dispositif du zéro artificialisation nette (ZAN) - oubliant un peu vite que la loi votée par le Parlement s'impose à tous -, Laurent Wauquiez est revenu sur ce « coup politique ». Dans un courrier adressé aux maires de la région, daté du 19 février, il indique renoncer à ne pas appliquer le ZAN, au motif que (ce que même le plus novice des juristes en droit public aurait pu lui indiquer dès le départ) cela créerait un risque de contentieux sur toutes les décisions en matière d'urbanisme de la région, des communes et des intercos. La région était par ailleurs sous la menace d'une reprise en main par l'Etat du schéma régional d'aménagement, de développement durable et d'égalité des territoires, qui doit intégrer et territorialiser les objectifs du ZAN. SUR LE TERRAIN. Au-delà de ces gesticulations électoralistes, il faut cependant reconnaître que les enjeux de la transition écologique sont, ces derniers temps, mis sous le tapis par l'exécutif lui-même, comme le montre la mise à l'arrêt du plan Ecophyto pour répondre à la grogne des agriculteurs, ou les annulations de crédits de 2,2 milliards s'agissant du ministère de la Transition écologique. Au-delà des gesticulations électoralistes, il faut reconnaître que les enjeux de la transition écologique sont, ces derniers temps, mis sous le tapis par l'exécutif. Et sur le terrain, si les élus locaux sont globalement d'accord avec la nécessité de réduire la consommation foncière, ils s'arrachent les cheveux, qu'ils soient des villes ou des champs, pour mettre en œuvre concrètement cet objectif en le conciliant avec les besoins de développement de leur territoire, la consommation liée à des objectifs nationaux comme le développement du photovoltaïque ou les grands projets d'intérêt général, et les besoins de leurs habitants. SOUS CLOCHE. Trois ans après le vote de la loi « climat et résilience », les collectivités ont toujours la désagréable impression d'avoir été placées sous cloche. Faut-il encore légiférer, comme l'a évoqué le sénateur (LR) Jean- Baptiste Blanc lors du lancement de la mission de suivi de la mise en œuvre du ZAN, le 6 février, au risque d'aboutir à encore plus de complexité, voire d'incongruités ? Ne vaudrait-il pas mieux, cette fois, que l'Etat tienne bon, tout en mettant le paquet sur l'aide à l'ingénierie aux collectivités, l'accompagnement, la pédagogie et la souplesse ? La balle est dans son camp.

La Gazette des communes #2707 : Acheteur public, un métier d'acrobate
revue
Année : 2024
Auteur : Brigitte Menguy
Editeur : ED LE MONITEUR MONITER
Description : La commande publique peut-elle sauver le monde ? Les déclarations politiques doublées de récents textes réglementaires et législatifs amènent à le penser. Finie la matière juridique, faite uniquement de seuils et de règles procédurales, l'achat public est désormais, aussi, un outil de politique publique qui a réponse à tous les maux. La crise des agriculteurs ? L'achat public local. L'inégalité professionnelle entre les femmes et les hommes ? L'égaconditionnalité. Le réchauffement climatique ? La clause verte. L'insertion des personnes défavorisées ? Les marchés réservés. Erigés en bâtisseurs d'un monde meilleur, les acheteurs publics semblent détenir entre leurs mains une baguette magique appelée code de la commande publique. CUMUL IRRÉALISABLE. Mais à l'impossible, nul n'est tenu. Même doté de cette baguette magique, l'acheteur public peut difficilement concilier injonctions politiques et respect de règles de plus en plus complexes (lire notre dossier p. 38-43). L'achat public ne peut que rarement être à la fois économiquement performant, socialement pertinent, écologiquement efficace et conforme aux différents règlements. L'exemple de l'achat de denrées alimentaires pour la restauration scolaire parle de lui-même : proposer des repas bios et locaux a un coût financier plus important. Sans compter qu'il peut s'entendre comme la prise en compte d'un critère géographique dans l'attribution d'un marché public, ce qui est contraire aux traités de l'Union européenne. L'achat public ne peut que rarement être à la fois économiquement performant, socialement pertinent, écologiquement efficace et conforme aux différents règlements. CHEVILLE OUVRIÈRE. A défaut, donc, de sauver le monde, les acheteurs publics en sont une cheville ouvrière. L'achat des masques aux premières heures de l'épidémie de Covid, les marchés de travaux montés en urgence après les émeutes de l'été dernier... sont autant de preuves qu'ils savent jongler avec les dispositions du code de la commande publique et les désidératas politiques nationaux et locaux. Mais ce n'est pas sans rappeler que leur acrobatie n'est possible que lorsque les règles sont assouplies et les objectifs politiques priorisés. Simplification et priorisation sont ici, aussi, la formule magique d'une action publique efficace. A quand sa généralisation ?

Le Moniteur #6325 : A Nice, la forêt urbaine mobilise toutes les ingénieries
revue
Année : 2024
Auteur : Fabien Renou
Editeur : ED LE MONITEUR MONITER
Description : Ce ne sont plus de discrets clins d'œil, mais d'éblouissants appels de phares ! Depuis qu'il a pris ses fonctions, le nouvel exécutif entend choyer les maires des petites communes. Ces derniers viennent d'obtenir coup sur coup l'abandon du transfert obligatoire de la compétence eau et assainissement à l'intercommunalité et l'annonce d'un nouvel assouplissement du ZAN. Deux décisions peut-être indolores pour le budget de l'Etat, mais pas forcément sans effet sur la bonne marche des projets. Que l'objectif de zéro artificialisation nette donne des sueurs froides aux élus ruraux, cela ne fait aucun doute. Issu d'une loi de 2021, il a déjà été remodelé l'année dernière. On ne saurait donc mesurer les effets du nouveau dispositif. Sans présumer du contenu du prochain texte - la foire aux idées est ouverte -, il faut à tout prix éviter qu'un cadre aussi structurant pour l'aménagement à long terme subisse d'incessants revirements. La stabilité normative reste, on le sait, primordiale pour les porteurs de projet. Redonner le pouvoir aux maires, pourquoi pas, mais avec quels moyens ? Garder la haute main sur la gestion de l'eau rassurera bien des édiles, souvent rétifs à cette mutualisation intercommunale obligatoire. Redonner le pouvoir aux maires, pourquoi pas, mais avec quels moyens ? Sans accompagnement financier et d'ingénierie, cette volte-face pourrait in fine freiner les investissements dans les réseaux. Lors des récents épisodes de sécheresse, les territoires privés d'eau étaient bien souvent ceux dotés d'une gestion communale isolée, avec des infrastructures inadaptées. Ces signes d'affection peuvent certes s'apparenter à un juste retour de balancier, tant les élus de terrain se sont sentis malmenés par les précédents gouvernements. Mais ils ne sauraient éclipser la douche froide qu'a représentée, pour les finances locales, le dévoilement du PLF pour 2025. Le vif débat parlementaire sur le budget a d'ailleurs fait ressurgir une revendication ancienne des collectivités : le rétablissement de la taxe d'habitation. En retissant, par la fiscalité, un lien direct entre les ressources d'une collectivité et sa population, on sécurise les recettes de la Ville, on récompense le maire qui développe son territoire, on l'incite à construire du logement. Cette preuve d'amour-là, le gouvernement la refuse toujours aux élus locaux.

Urbanisme #440 : Générations
revue
Année : 2024
Auteur : Julien Meyrignac
Editeur : SARL PUBLICATIONS D ARCHITECTURE ET D URBANISME PUBLIKASION ARCHITEKTUR URBANISM
Description : Il y a soixante ans, un groupe de gamins de Londres – The Who – a contribué à installer le rock comme mouvement de subversion sur le sol européen, en prenant violemment à partie les sociétés conservatrices, dans une chanson dont le premier couplet est conclu par une sentence irrévocable : « I hope I die before I get old (Talkin’ ’bout my generation)… » Cet appel à la révolte contre des aînés, accusés d’être mus par de bas instincts et de museler la jeunesse et ses idéaux de justice, est une des premières références populaires et médiatiques de saillies comminatoires de la jeunesse contre les générations qui la précèdent. Et d’innombrables lui ont succédé, dont les plus récentes et marquantes sont sans conteste celles de Greta Thunberg. Des prises de position qui peuvent être considérées comme des réactions en légitime défense face aux continuelles critiques des « adultes » contre la jeunesse et les jeunes, jugés – partout et de tout temps – irresponsables, fainéants, etc. Si nous avons tous conscience que ce qui vient d’être énoncé n’est que le pur produit de préjugés certes répandus, mais peu robustes, certains journalistes et médias n’hésitent pas à alimenter aujourd’hui le dissensus. Notamment sur les sujets qui le cristalliseraient tout particulièrement : l’écologie et le climat. Or, comme l’ont démontré de nombreuses enquêtes, les préoccupations environnementales varient moins à travers les âges qu’à travers les classes sociales et niveaux de diplômes. De même, quand Salomé Saqué affirme que « les jeunes ont rarement voix au chapitre », de nombreux observateurs n’ont aucune peine à lui objecter que, de toute évidence, jamais, avant aujourd’hui, ils n’ont autant eu l’occasion de se faire entendre et de diffuser leurs convictions. Notamment, par la grâce du mass marketing digital, qui place la jeunesse au cœur de la désirabilité acheteuse (cf. les seniors en sneakers et cheveux faussement en bataille des publicités). Si l’intergénérationnel s’invite dans toutes les réflexions et tous les discours sur l’avenir de la société, des villes et des territoires, difficile de ne pas constater à quel point les marchands de biens et services s’appliquent, au contraire, à stratifier les populations et communautés en tranches d’âge toujours plus nombreuses. L’exemple le plus connu en la matière étant, sans aucun doute, celui de l’émergence des « pré-adolescents », sous la pression des industries du textile et des loisirs, qui a permis de considérer que l’on devient un consommateur (de mode, de téléphonie, etc.) à partir de 9 ou 10 ans. Et si la notion de génération se révèle aussi persistante, alors même qu’au quotidien, dans l’espace public, les équipements ou autres, les frontières entre les âges n’ont jamais été aussi ténues et poreuses, c’est sans doute parce que derrière « intergénérationnel » se cache « solidarité » : quand une collectivité met en œuvre une politique ou un projet destiné à une catégorie d’âge, c’est en réalité, presque toujours, pour les populations les plus fragiles qui la composent. Il en est ainsi des politiques de la jeunesse ou du grand âge. Ce qui pose un double problème : l’intergénérationnel n’est jamais une politique adressée à toutes les générations (pour preuve, l’invisibilité des actifs de 35 à 55 ans), et notre pays reste en attente d’une vraie grande politique de solidarité.

Le Moniteur #6330 : Transformer les friches en or, l'alchimie de l'immobilier
revue
Année : 2024
Auteur : Fabien Renou
Editeur : ED LE MONITEUR MONITER
Description : Certes, il reste près de trente mois à Emmanuel Macron avant de quitter l'Elysée. Mais ce second quinquennat tournant en eau de boudin, il ne paraît pas prématuré de tirer les premiers enseignements de sa présidence. Pour la construction, la moisson est assez maigre. Un manque d'intérêt certain, qui s'est traduit par peu de lois dédiées. Les TP se souviendront peut-être de la LOM, les bailleurs sociaux d'Elan. Et si son héritage était ailleurs ? C'est dans la loi Climat et résilience que se niche l'une des transformations radicales opérées ces dernières années. Avec l'objectif de zéro artificialisation nette, la France a pris le virage de la sobriété foncière. Un virage dont la vitesse se négocie encore, puisqu'un troisième texte viendra à nouveau remettre l'ouvrage sur le métier. De fardeau pour un territoire, ces zones délaissées se sont muées en potentiel de développement. Mais l'objectif, lui, ne se négocie plus : même ses plus farouches opposants concèdent qu'il faudra bien y arriver. Quoi qu'il en coûte. On peine encore à mesure l'ampleur de ce renversement de paradigme. Car, au-delà des contraintes nouvelles pesant sur les procédures d'élaboration des documents de planification, le ZAN a durablement bousculé les esprits. Comme si le fait de nommer cet objectif - en particulier avec le mot « zéro » - avait dessillé nos yeux sur une évidence : le foncier n'est pas illimité. Cette prise de conscience collective transforme à son tour les projets de construction et d'aménagement . Baromètre des grandes tendances qui agitent le secteur de l'immobilier, le Simi, organisé du 10 au 12 décembre par Infopro Digital (propriétaire du « Moniteur »), fait d'ailleurs de la « régénération urbaine » l'un des grands parcours proposé à ses visiteurs. Les friches n'ont certes pas attendu la présidence d'Emmanuel Macron - ni même sa naissance - pour susciter l'intérêt. La ville s'est de toute éternité reconstruite sur elle-même. Cependant, le nouveau cap clairement affiché a conféré une attractivité nouvelle à ces anciennes zones industrielles, tertiaires, ferroviaires, militaires, hospitalières, etc. De fardeau pour un territoire, elles se sont muées en potentiel de développement. De verrues, elles sont devenues des pépites. Une nouvelle ruée vers l'or se prépare.

Urbanisme #441 : Dense dense dense
revue
Année : 2025
Auteur : Julien Meyrignac
Editeur : SARL PUBLICATIONS D ARCHITECTURE ET D URBANISME PUBLIKASION ARCHITEKTUR URBANISM
Description : Dans l’imaginaire collectif mondial, la ville dense, compacte ou haute (ou les deux à la fois) ne représente que deux réalités principales, diamétralement opposées : la grande prospérité ou la déchéance. Jay McInerney a très bien écrit, dans son premier roman Bright Lights, Big City (1), l’attraction irrésistible des grandes villes, en l’occurrence New York, pour toutes celles et tous ceux – notamment les jeunes adultes – qui désirent prendre leur destin en main. Des villes idéalisées, fantasmées, ou plus prosaïquement envisagées comme seul lieu possible pour un changement de condition, une élévation. Des villes dont la promesse irradiante dissimule une réalité économique et sociale aliénante, qui corrompt les ambitions et les corps des plus nombreux, à coups de déceptions et d’expédients, d’alcool et de drogues. Cette représentation caractérise toujours une réalité contemporaine : au registre des grandes espérances urbaines, beaucoup d’appelés et peu élus ; reste donc le passage quasi obligé (études, emploi). Dans leur immense majorité, les travailleurs des classes populaires, moyennes et même supérieures ne parviennent pas ou plus à vivre dans les cœurs des métropoles, qu’ils quittent dès lors que leur situation familiale change ou qu’ils décident de se soustraire à des conditions de mal-logement devenues pour eux inacceptables, qu’elles s’appellent colocation, exiguïté ou exorbitance. Des trajectoires quasi immuables du fait des logiques en place de l’économie urbaine, qui conduisent, dans nos sociétés libérales, au renchérissement perpétuel de l’immobilier et du coût global de la vie dans les grandes villes. Plus c’est cher, plus elles s’élèvent ; plus elles s’élèvent, plus c’est cher. La ville haute est symptomatique de la ségrégation sociale – de New York à Dubaï en passant par Hong Kong et Singapour –, alors même que la ségrégation concerne tout autant la ville étalée – de Los Angeles au Caire, en passant par Tokyo.

Le Moniteur #6342 : Le bois, un matériau (enfin) comme les autres
revue
Année : 2025
Auteur : Fabien Renou
Editeur : ED LE MONITEUR MONITER
Description : Ah, les normes ! Trop nombreuses, mal rédigées, déconnectées des réalités… C'est à se demander si elles ne sont pas là juste pour enquiquiner le populo et faire tourner en bourrique l'entrepreneur. L'impératif de simplification, vieux serpent de mer de la politique, refait surface à intervalles réguliers. Surtout que supprimer des normes, c'est comme parler identité nationale, ça ne coûte pas un kopeck. Pratique, quand on n'a plus d'argent à dépenser. Le Medef l'a bien compris. L'organisation patronale profite de cette fenêtre de tir pour proposer un projet de loi totalement ficelé. Son objectif : encourager les investissements dans des projets hexagonaux, essentiellement industriels. Son moyen : lever les contraintes réglementaires. Ses cibles : le ZAN, la protection des espèces protégées et, surtout, les recours juridiques. Aussi décriée soit-elle, une norme naît en général d'une bonne intention.Elle entrave autant qu'elle libère. L'impatience des porteurs de projets devant les délais observés apparaît légitime, leur frustration est indéniable. Faut-il pour autant sortir le lance-flamme et réduire en cendres les Codes de l'urbanisme et de l'environnement ? Rien n'est moins sûr. Laissons Trump et la politique du bulldozer à Washington. Les contraintes insupportables des uns sont bien souvent les droits légitimes des autres. Limitez la protection de l'environnement, réduisez les voies de recours des riverains, et vous mettrez le feu à une société déjà hautement inflammable. Aussi décriée soit-elle, une norme naît en général d'une bonne intention. Elle entrave autant qu'elle libère. Dernier exemple en date : le règlement européen sur les produits de construction. Ce texte, complexe, parfois nébuleux et encore incomplet, permettra à terme de sécuriser l'usage du réemploi pour accélérer l'utilisation de produits de seconde main. Une telle ambition, largement partagée, impose de mettre en œuvre des dispositifs contraignants. Plutôt qu'un vigoureux coup de balai épisodique qui laisse rapidement retomber la poussière, la simplification doit devenir un époussetage quotidien, un processus permanent qui entre dans le détail des mesures, soupèse les conséquences des différentes options et accepte in fine la complexité.

AMC #330 : BLOCK - COULON - REMAKE - CARRIÈRE DIDIER GAZEAU
revue
Année : 2025
Auteur : Olivier Namias
Editeur : ED LE MONITEUR MONITER
Description : Architectes en réunion Le 4 février, à l'occasion de la remise du grand prix national d'Architecture à Gilles Perraudin, la ministre de la Culture, Rachida Dati, a signé le décret actant la création de la 21e école nationale supérieure d'architecture, implantée à La Réunion ; la mesure prend effet le 1er mars. Cette signature attendue conforte la longue déconcentration de la section architecture de l'Ecole des beaux-arts. L'histoire commence en 1903, avec la création des écoles régionales d'architecture, puis reprend en 1968, avec les « évènements » et l'application d'une loi de 1962 laissant davantage d'autonomie à des établissements inféodés à la « Jérusalem Céleste » du quai Malaquais. L'antenne de La Réunion naît en 1988 en tant qu'émanation de l'école d'architecture de Montpellier, elle-même émancipée de la tutelle de Marseille après Mai-68. La création de l'école aujourd'hui est l'aboutissement d'un patient travail de construction, explique Pierre Rosier, son directeur (lire p. 10). Il a fallu trois décennies, une durée de maturation comparable à celle nécessaire au détachement de l'enseignement de l'architecture de son palais du Ve arrondissement de la capitale(2) . Les écoles étant des lieux de diffusion de la culture architecturale autant que d'enseignement, l'Ensa de La Réunion a organisé la 3e édition de sa biennale internationale d'architecture tropicale, en 2024. Les écoles sont aussi le lieu des prises de position sur le rôle que l'architecture doit jouer dans le monde contemporain et dans leur contexte. On se souvient que celle de Marne s'adressait, lors de sa fondation en 1998, à un territoire métropolitain alors peu exploré par des écoles basées en centre-ville, aux prises avec d'autres débats tout aussi légitimes. Première école d'architecture des DOM, l'Ensa de La Réunion dépend certes de la tutelle métropolitaine, mais elle se polarise sur une aire géographique Pacifique, tirant parti de sa position pivot entre l'Afrique, l'Inde et l'Australie, à proximité de Maurice ou de Mayotte. Elle a longtemps servi de base arrière aux architectes chargés d'édifier un nouvel habitat dans cette dernière, quand l'île n'était pas encore un département, et jouera un rôle dans sa reconstruction de l'après-Chido. Cette situation géographique la place en première ligne des enjeux climatiques. Eloignée des métropoles mais au centre des préoccupations mondiales, la 21e école d'architecture de France est bien une école du XXIe siècle. (1) L'architecture en ses écoles, Locus Solus, Paris, 2022. (2) Guillemette Chéneau Deysine, « La primauté de Paris en débat, 1940-1969 : quelle décentralisation pour l'enseignement de l'architecture ? » Politiques de la culture.

Le Moniteur #6348 : ZAN, Anru, A69... Les dossiers chauds de François Rebsamen
revue
Année : 2025
Auteur : Fabien Renou
Editeur : ED LE MONITEUR MONITER
Description : Le bruit de la tronçonneuse de Javier Milei a-t-il traversé l'Atlantique? Ou sont-ce les coupes franches d'Elon Musk qui ont inspiré les députés français ? Quoi qu'il en soit, le débat sur le projet de loi de simplification semble avoir libéré les pulsions tranchantes de nos parlementaires. Ces derniers ont pris un plaisir manifeste à sabrer les organismes en tout genre. A commencer par ceux en lien avec la construction et l'aménagement.

Urbanisme #447 : Souveraineté agricole
revue
Année : 2026
Auteur : Rodolphe Casso
Editeur : SARL PUBLICATIONS D ARCHITECTURE ET D URBANISME PUBLIKASION ARCHITEKTUR URBANISM
Description : Et pour quelques hectares de plus Depuis le début du second quinquennat d’Emmanuel Macron, un élément de langage a émergé dans les discours politiques : la souveraineté. Elle peut être industrielle, numérique, énergétique ou alimentaire – la guerre en Ukraine ayant servi d’électrochoc pour ces deux dernières notions. Cet enrichissement sémantique traduit la fin d’une ère d’insouciance (de déni ?, de naïveté ?) quant à nos ressources propres. En matière alimentaire, nos villes et métropoles sont totalement dépendantes. Autrefois tributaires des campagnes alentour, elles le sont aujourd’hui d’autres pays : on importe davantage de fruits et légumes qu’on en produit. Parallèlement, les terres agricoles environnantes ont été allègrement artificialisées, quarante ans durant. En 2021, le ZAN (« zéro artificialisation nette ») est venu théoriquement tourner cette page. Quant au volet alimentaire, en expérimentant l’agriculture urbaine – sur laquelle nous dressons un bilan dans ce numéro –, il a été vite acté que les villes ne seraient jamais en capacité de s’autosuffire, ne serait-ce qu’à l’échelle d’un pâté de maisons. Et si l’on remonte davantage dans le temps (ce que nous ne manquerons pas de faire dans les pages qui suivent), on réalise à quel point le remembrement nous a fragilisés en matière de souveraineté alimentaire, au nom de la modernisation à tous crins et de la compétition mondiale, puisque la production intensive issue d’exploitations toujours plus vastes est destinée en majorité à l’exportation. Sans oublier que les méthodes employées polluent la terre et les nappes, nuisent à la biodiversité, usent les sols et offrent des autoroutes aux crues depuis qu’on a gommé les haies et talus comme d’un coup de Photoshop. Il suffit d’ailleurs de regarder par la fenêtre lors d’un voyage en train ou en voiture pour réaliser à quel point l’agriculture moderne a refaçonné la quasi-intégralité de nos paysages (et dire qu’on râle pour trois paires d’éoliennes…). Il ne s’agit pas ici de faire le procès de l’agriculture française, qui reste un motif de fierté à bien des égards, mais de poser cette sempiternelle question depuis que le monde est mondialisé : n’est-on pas allé trop loin ? N’est-il pas temps de procéder autrement ? Les agriculteurs eux-mêmes semblent malades – économiquement, mentalement et philosophiquement – de ce modèle. À leurs angoisses quotidiennes vient s’ajouter celle du réchauffement climatique, duquel ils sont aux avant-postes ; ce n’est pas un hasard s’ils représentent la catégorie socioprofessionnelle la plus touchée par l’écoanxiété. Mais développer des cultures raisonnées, biologiques, écologiques et locales demande aux agriculteurs plus de temps et plus d’espace que les pratiques intensives – des espaces sous pression foncière qu’il est de plus en plus difficile d’acquérir ou de transmettre. La seule façon de leur en accorder davantage ne peut être que politique. La loi d’orientation pour la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations en agriculture, promulguée en mars 2025, établit le caractère « d’intérêt général majeur du développement de l’agriculture en tant qu’il garantit la souveraineté alimentaire de la Nation ». C’est un pas en avant. Elle fixe également des objectifs visant à accroître le nombre de personnes formées aux métiers de l’agriculture d’ici à 2030 et prévoit de porter à 21 % les surfaces en agriculture biologique à la même échéance. Et en décembre dernier, le Sénat a voté un renforcement du crédit d’impôt en faveur de l’agriculture biologique sur les volets des bénéfices, de la préservation des haies bocagères et de la mutualisation des machines. En espérant que les arbitrages en cours, à l’heure où nous mettons sous presse, ne viennent pas rayer ces efforts d’un trait de plume.

Le Moniteur #6378 : "C'est un bonheur d'intervenir sur nos bâtiments historiques"
revue
Année : 2025
Auteur : Fabien Renou
Editeur : ED LE MONITEUR MONITER
Description : C’est un heureux hasard de calendrier : le monde de la construction a bénéficié des toutes premières attentions de l’ère Lecornu 2. La loi de simplification du droit de l’urbanisme et du logement s’est en effet engouffrée dans un trou de souris de l’agenda des députés pour achever son parcours parlementaire avec son adoption définitive dès le 15 octobre. Il ne faudrait pas, cependant, mésinterpréter cet intérêt porté à la relance des chantiers : ce n’était rien de plus qu’un heureux hasard de calendrier. Autrement plus décisif, le projet de loi de finances doit attendre un amendement pour intégrer le statut de bailleur privé, réclamé par les acteurs de l’immobilier. Quant au ministre du Logement, Vincent Jeanbrun, son profil inquiète déjà une partie des professionnels, à commencer par les bailleurs sociaux. La nomination de ce libéral assumé annonce une rupture avec la centriste Valérie Létard, très appréciée, et évoque plutôt une filiation avec son prédécesseur, Guillaume Kasbarian, plus clivant. Bref, en dépit de la quête de stabilité revendiquée, la politique du logement poursuit ses zigzags. Le dessein politique, s’il existe, reste erratique. Non, vraiment, rien n’indique que le BTP soit au cœur des préoccupations du nouvel exécutif L’ordre protocolaire place le ministre du Logement en dernière position du gouvernement Lecornu. Celui des Transports, Philippe Tabarot, qui a lui été reconduit, se place juste avant. Non, vraiment, rien n’indique que le BTP soit au cœur des préoccupations du nouvel exécutif. Surtout pas la déclaration de politique générale du Premier ministre qui a tout simplement fait l’impasse sur ces sujets. Le salut passera peut-être par les territoires. Le « nouvel acte de décentralisation », arlésienne du macronisme depuis 2017, figure bien parmi les rares priorités affichées par ce chef de gouvernement en sursis. Ardente défenseuse des élus locaux, la ministre Françoise Gatel devra lever les incertitudes. Quelles conséquences pour l’aménagement et la construction ? Quelles « libertés normatives » accordées aux collectivités ? Quelles contreparties financières à ce transfert de responsabilités ? A ce stade, tout reste nébuleux. Seule certitude : une réforme aussi sensible nécessitera du temps. Un luxe dont cet exécutif risque de manquer cruellement.

Le Moniteur #6381 : Le lanboratoire de la ville de demain
revue
Année : 2025
Auteur : Fabien Renou
Editeur : ED LE MONITEUR MONITER
Description : C’est un rituel bien ancré. Chaque automne, le Congrès des maires de France (du 18 au 20 novembre) réunit à Paris des milliers d’élus locaux. L’occasion pour eux de partager leurs satisfactions comme leurs inquiétudes, d’interpeller le gouvernement et, bien entendu, de peser dans le débat budgétaire en cours. Mais, tous les six ans, un parfum particulier flotte Porte de Versailles : la fin d’une mandature, c’est pour certains le début de la campagne de réélection, pour les autres l’occasion de faire leurs adieux, et pour tous, l’heure du bilan. Le scrutin municipal de 2020, perturbé par la pandémie de Covid, avait vu surgir les aspirations citoyennes à plus de nature et d’air pur, à moins de densité et de promiscuité. Côté construction et aménagement, quelques tendances de fond avaient connu une brusque accélération : multiplication des pistes cyclables, végétalisation des espaces publics, réduction des surfaces de bureaux… Une crainte avait aussi vu le jour, celle de voir les projets repoussés, recalibrés, voire réinterrogés. Un coup de frein effectivement observé ici ou là mais qui, au bout du compte, pèse bien peu dans la crise du logement qui sévit depuis quatre ans. La connaissance académique apparaît comme un maillon supplémentaire de la chaîne de valeur de la construction. Difficile de prédire les sujets sur lesquels se cristalliseront les 35 000 campagnes électorales de 2026. Seule certitude : elles risquent fort d’être polluées par des querelles d’opinions érigées en faits et par des contre-vérités martelées ad nauseam. C’est pourquoi il nous a semblé opportun de revenir aux connaissances incontestables qu’offre l’analyse scientifique. Dans ce numéro, des chercheurs livrent les résultats de leurs enquêtes qui peuvent, chacune dans son champ, participer à élaborer des politiques publiques plus solides, plus utiles (lire p. 16) . Cette connaissance académique apparaît même comme un maillon supplémentaire de la chaîne de valeur de la construction. Un maillon situé en amont et capable de la renforcer de bout en bout. Les scientifiques éclairent, les élus décident, les maîtres d’œuvre conçoivent et les entreprises réalisent. Chacun son rôle, chacun ses savoir-faire, chacun son métier et les projets seront bien menés.

Le Moniteur #6383 : Non, la transition écologique ne se met pas sur pause
revue
Année : 2025
Auteur : Fabien Renou
Editeur : ED LE MONITEUR MONITER
Description : Une maille à l’envers… Le détricotage se poursuit. Depuis quelques mois, la réglementation environnementale paraît subir une déconstruction systématique et ce, sur tous les plans : EnR, économie circulaire, sobriété foncière… Dernier exemple en date : le vote, le 13 novembre par le Parlement européen, d’un allègement massif des contraintes de reporting en matière de durabilité et de devoir de vigilance. Les obligations portées par les directives CSRD et CS3D faisaient, il est vrai, suer bon nombre d’entreprises. Le ZAN fait, lui, enrager certains maires. Quant à la mise en œuvre de la REP PMCB, elle fatigue industriels et artisans. Reste que, si l’on veut rester honnête, il n’existe aucune réglementation qui n’enquiquine personne. Le backlash écologique ne se traduit pas par un retour en arrière sur le terrain, au contraire. Contraindre, c’est d’ailleurs sa raison d’être. En revanche, il apparaît clairement que la question écologique concentre, en cette ann ée 2025, l’essentiel des critiques. « Certaines normes sont pavées de bonnes intentions, notamment environnementales, sauf que les moyens et, pire, le calendrier pour les mettre en œuvre sont complètement déconnectés de toute forme de réalité », a ainsi cinglé le Premier ministre devant les maires réunis en congrès. La partie serait-elle pliée ? Loin de là. Enraciné dans le discours politique en France et ailleurs, ce backlash écologique ne se traduit pourtant pas par un retour en arrière sur le terrain, au contraire. En dépit des errances réglementaires, les réflexes ont bel et bien changé, les projets vertueux continuent de se multiplier et les bonnes pratiques sont adoptées par un nombre croissant d’acteurs (lire p. 8) . La décarbonation, l’économie circulaire, le respect de la biodiversité ou encore la protection des ressources naturelles restent, malgré tout, des axes structurants pour tout projet de construction. Plus qu’un retour en arrière, nous arrivons probablement à un plateau après que la question climatique a largement dominé l’agenda politique. La mue se poursuit même si elle ralentit son allure. Jusqu’au prochain coup de semonce que la crise écologique ne manquera pas de faire résonner à nos oreilles. Il faudra alors de toute urgence remettre l’ouvrage sur le métier. Une maille à l’endroit…

Le Moniteur #6389 : Grâce au grignotage, Rennes n'aura plus la dalle
revue
Année : 2026
Auteur : Fabien Renou
Editeur : ED LE MONITEUR MONITER
Description : Pas besoin de budget pour faire des économies ! Face à l’incapacité du Parlement à adopter le projet de loi de finances pour 2026, le gouvernement s’est trouvé contraint de faire passer une loi spéciale. Un pis-aller pour répondre à l’urgence, qui ne remplace pas un budget en bonne et due forme. Pour preuve, MaPrimeRénov’ se retrouve de nouveau en stand-by. Cette phase transitoire n’empêche pourtant pas le Premier ministre de sortir ses gros ciseaux pour tailler dans les dépenses. Dernière victime en date : le GIP Epau. Cet opérateur de l’Etat chargé de nombreux programmes de recherche et d’expérimentation dans les domaines de l’urbanisme, de l’aménagement et de l’architecture a vu son budget amputé des trois quarts pour l’année 2026. Les missions qu’il porte seront reprises par l’administration centrale… ou pas. De quoi provoquer la colère et l’incompréhension des élus locaux, maîtres d’œuvre et chercheurs embarqués dans ces initiatives novatrices. C’est une certaine idée de la qualité des projets que l’on abandonne ici pour une économie de… 7 M€. Une goutte d’eau dans l’océan du déficit. En amputant des trois quarts le budget du GIP Epau, c’est une certaine idée de la qualité des projets que l’on abandonne pour 7 M€ d’économie. Dans le même temps, les CAUE prennent aussi l’eau. Celui de la Manche a même atteint le stade de la liquidation. Financées par la taxe d’aménagement, ces structures départementales voient leurs recettes chuter en raison de la crise de la construction, mais aussi d’une réforme fiscale mal ficelée. Là encore, les ambitions sont revues à la baisse. Là encore, ce sont les collectivités, dont la faiblesse structurelle de l’ingénierie n’est plus à démontrer, qui perdent le peu d’accompagnement qu’il leur restait dans leurs projets. Personne n’ignore qu’une chasse aux coûts est lancée et que, à tous les niveaux, la dépense publique est passée au crible de la modération et de l’efficacité. Cependant, il apparaît désormais au grand jour que cette opération se fait sans plan, sans vision, sans priorités. Pour colmater les fuites, on semble aller au plus facile - commencer par les petites structures, cibler l’investissement… - sans comprendre que ces économies de bouts de chandelle auront, à terme, un coût. Une note aussi salée que l’eau de la Manche.