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Ernest PSICHARI

 
Ernest PSICHARI. Source: Wikipedia

Ernest Psichari, né le à Paris et mort le à Rossignol, est un officier et écrivain français. Lieutenant dans les troupes coloniales, il est l'auteur de plusieurs œuvres autobiographiques. Converti au catholicisme à la fin de sa vie, il combat en Belgique durant la Première Guerre mondiale et meurt au combat à l'âge de 30 ans.

Biographie

Origine et famille

Ernest Spiridion Jean Nicolas Psichari naît le à Paris. Il est le fils de Jean Psichari, né à Odessa de parents grecs, et professeur de philologie grecque et néo-byzantine à l'École pratique des hautes études. Sa mère, Noémi Psichari, est la fille du philosophe Ernest Renan. Elle élève ses fils dans le culte du célèbre philosophe, et chaque été la famille Psichari se rend près de Lannion dans la demeure de celui-ci. Le , Ernest est baptisé à la demande de sa grand-mère paternelle selon le rite orthodoxe.

Ses parents, mariés en 1882, appartiennent au milieu de la haute bourgeoisie intellectuelle parisienne. Engagés politiquement, ils prennent tous les deux la défense d’Alfred Dreyfus en 1897. Ils héritent en 1900 de l’hôtel particulier du peintre Ary Scheffer, dont Ernest est l’arrière petit-neveu, dans le 9e arrondissement. Cette demeure abrite désormais le musée de la Vie romantique. Après la mort d’Ernest Renan en 1892, Noémi continue de louer la demeure de celui-ci à Louannec pour y passer les trois mois de vacances estivales. Les quatre enfants Psichari – Ernest, Henriette (née en 1884), Michel (né en 1887), et Corrie (née en 1894) – sont particulièrement soudés. Henriette, la sœur d’Ernest, rapporte néanmoins les accès de colère d’un père parfois violent, notamment contre Ernest. Jean se distingue par ailleurs par des infidélités à répétition. A la demande de Noémi, les parents d’Ernest divorcent en .

Jeunesse

Ernest étudie au lycée Montaigne de 1894 à 1897, puis au lycée Henri-IV, où il fait la connaissance de Jacques Maritain. D’un naturel autodidacte, il consacre beaucoup de temps à la lecture. Dès l’âge de dix ans, il rédige ses premiers poèmes. A l’âge de treize ans, il lit Anatole France, Charles Dickens et Émile Gaboriau. Pendant les vacances, son père l’initie au latin et à la littérature classique. Il lui fait aussi découvrir Bossuet, Joseph de Maistre, André Chénier, Stendhal, Verlaine et Baudelaire. Adolescent agité, Ernest rencontre cependant des problèmes de discipline et pratique parfois l’école buissonnière. Pendant un séjour en Bretagne, il effectue à dix-sept ans une fugue à bicyclette sur l’île de Bréhat. L’année suivante, il récidive en prenant la fuite au cap Fréhel, qu’il nomme l’« une des sept merveilles du monde. »

Après le déménagement des Psichari rue Chaptal, Ernest entre au lycée Condorcet au début de l’année 1900. Il obtient son baccalauréat l’année suivante, avec la mention bien. Sur son bulletin scolaire, il est écrit : « Sait un peu de latin et aime les lettres. Esprit vif, mais tumultueux, étourdi. » Ernest se distingue par son esprit libre et sa grande profusion intellectuelle. « Il se heurtait violemment, se souvient Maritain, à tous ces systèmes qu’un enseignement fort décevant faisait défiler devant lui, il fusait en paradoxes brûlants, s’enflammait pour mille thèses hétéroclites, composait de vastes dissertations et des poèmes symbolistes. » Ernest poursuit ses études à la Sorbonne en septembre 1901 et obtient une licence ès lettres option philosophie en novembre 1902, au bout de la deuxième tentative. En parallèle, il suit, tous les vendredis, les cours d'Henri Bergson au Collège de France. Inspiré par le symbolisme et par la poésie de Charles Baudelaire, Ernest fait paraître ses premiers poèmes, à compte d’auteur, en mai 1902.

Sous l’influence de Maritain, Ernest affirme son rejet de la culture bourgeoise. Il s’oppose ostensiblement aux conventions bourgeoises, comme le mariage ou la religion. Les deux garçons adhèrent à un socialisme modéré, un socialisme de conciliation, qui s’incarne dans la figure de Jean Jaurès. En 1901, Ernest rencontre Charles Péguy, avec lequel il partage les mêmes convictions politiques. Les deux hommes se lient rapidement d’amitié. Attaché à l’anticléricalisme, Ernest porte ensuite un regard critique sur l’évolution spirituelle de Maritain qui, sous l’influence de Léon Bloy, se convertit à la foi catholique.

À partir de 1901, Ernest tombe amoureux de la sœur de Jacques Maritain, Jeanne, de sept ans son aînée. Cet amour à sens unique coïncide avec une sérieuse crise existentielle. Constatant la fatigue nerveuse d’Ernest, ses parents l’envoient en mai 1902 en Angleterre, à Londres, afin de se reposer, mais en vain. Dès son retour, en juin, il continue de rendre visite à Jeanne. Une fois sa licence obtenue, il est envoyé par ses parents dans le sud de la France, à Montpellier, de décembre 1902 à mars 1903, où sa santé s’améliore. Pendant son séjour, Ernest s'effondre en apprenant le mariage de Jeanne avec un dénommé Charles-Marie Garnier. De retour à Paris, il tente de mettre fin à ses jours avec du laudanum. Sauvé par son ami Maurice Reclus, il tente ensuite de se tuer avec un revolver mais est une nouvelle fois sauvé par Reclus. Après sa tentative ratée, Ernest coupe les ponts avec sa famille et ses amis. Il trouve refuge dans les quartiers populaires de Paris où il effectue des travaux manuels pour gagner sa vie. Il s’exerce comme menuisier, apprenti serrurier, commis, ou bien débardeur sur les quais de Seine. Se fondant notamment sur le témoignage d'André Gide dans La Nouvelle Revue française de septembre 1932, plusieurs auteurs ont émis l'hypothèse selon laquelle Ernest Psichari a également pu faire l'expérience à cette époque de son orientation homosexuelle, même si celle-ci ne fait pas consensus. Ernest est finalement interné pendant trois mois à l’hôpital du Vésinet, dans les Yvelines, entre août et octobre 1903.

Service dans les troupes coloniales

Le , à la surprise générale, Ernest devance l’appel et se présente à la caserne Watrin, à Beauvais. Le 2e classe Psichari, matricule « 4757 », effectue son service militaire obligatoire au 51e régiment d'infanterie. Le , il rejoint le peloton des élèves-caporaux du 72e régiment d’infanterie, à Amiens. Il est nommé caporal en , puis sergent le . Il décide de poursuivre dans la carrière des armes et demande à s’engager une année supplémentaire. Dans une lettre à son père, Ernest évoque son « désir d’action », le goût qu’il éprouve à faire campagne et le plaisir d’avoir « des hommes entre ses mains ». A sa mère, il déclare : « J’estime ce métier le plus beau du monde et celui où l’on applique les plus beaux principes. » Au lieutenant Gleyzes, chargé de son engagement, il confesse les raisons profondes de sa demande : « Je lui ai dit […] mon horreur de la vie de Paris, de la vie de bureau, et je lui ai présenté enfin la vie militaire comme une délivrance un peu de la vie civile. »

En décembre 1905, il renouvelle son contrat pour deux ans et demande son transfert dans l’artillerie coloniale. Il est ainsi muté au 1er régiment d'artillerie coloniale à Lorient. Son choix est guidé par la présence dans ce régiment du chef d’escadron Eugène Lenfant, un ami de la famille, et son départ prochain pour le Congo. En changeant d’arme, Ernest perd néanmoins les grades acquis jusque-là et redevient soldat de 2e classe. Avec l’appui du chef d’escadron Lenfant, Ernest est envoyé au peloton des élèves-brigadiers. À la veille de son départ pour l'Afrique, en , Psichari rencontre Henri Massis, qui se dit fortement impressionné par le jeune militaire.

Psichari effectue un séjour au Congo de à sous les ordres du chef d’escadron Lenfant. Leur mission consiste à explorer le bassin du Haut-Logone afin de renseigner la Société de géographie sur les voies de communication et les ressources potentielles de ce territoire. Partie de Brazzaville, l’expédition remonte par bateau le fleuve Congo puis le fleuve Sangha, avant d’atteindre la ville de Nola, dans l’actuelle Centrafrique. Sous les ordres du capitaine Joannard, Ernest rejoint par voie de terre la ville de Léré, puis celle de Laï, dans l’actuel Tchad. Il reçoit ensuite la mission d’escorter un troupeau de 413 bœufs en direction du sud, à travers des territoires encore inexplorés. Il atteint sa destination, Carnot, le . Les membres de la mission séjournent ensuite à Brazzaville, où Psichari effectue la rédaction du compte-rendu détaillé de la mission. En parallèle, Ernest s’intéresse à la culture indigène et rédige trois dictionnaires consacrés aux langues locales. Après une demande écrite du chef d’escadron Lenfant au ministère des Colonies, il est promu au grade de maréchal des logis.

De retour en France en janvier 1907, Ernest raconte ses expériences dans Terres de soleil et de sommeil. Il est également décoré de la médaille militaire le . Dans son rapport de proposition, le chef d’escadron Lenfant fait l’éloge « de son endurance, de son énergie au travail, de sa belle intelligence, de ses qualités guerrières et de sa valeur personnelle ».

Ernest rejette désormais l'anti-militarisme de sa jeunesse et fait l'éloge de l'armée et de la nation, devenant une idole de la droite nationaliste. Il entame une correspondance avec Maurice Barrès, qui grâce à ses articles contribue à sa gloire littéraire. En mai 1909, l’écrivain nationaliste apporte son concours à l’obtention du prix Montyon pour Terres de soleil et de sommeil. La même année, Psichari devient officier d'Académie.

Ernest prépare en 1908 le concours d’entrée de l'école d'artillerie de Versailles, où il est admis le . Il demeure dans cette école pendant un an, avec le grade de sous-lieutenant. Classé dixième sur onze élèves, il est muté en septembre 1909 à Cherbourg au 2e régiment d'artillerie coloniale, puis déployé en Mauritanie de décembre 1909 à novembre 1912. Il débarque à Dakar le 9 décembre puis rejoint la ville de Saint-Louis en train. Il est d'abord réticent à l'idée de servir dans une région de l'empire colonial français relativement pacifiée, mais il tombe amoureux des paysages et du peuple mauritaniens. Ernest sert d’abord comme officier d’ordonnance du colonel Patey. Il participe à une mission d’exploration du désert mauritanien, jusqu’à M'Bout, puis est appelé à Moudjeria pour y servir en tant que chef de poste. Contrarié de ne pouvoir converser avec les habitants du pays, Ernest acquiert en quelques mois la maîtrise de la langue arabe. De manière générale, son attitude complaisante envers les Maures suscite une grande sympathie à son égard. En février 1911, Psichari est désigné pour commander une section méhariste dans la région de l’Adrar. Il gagne la ville d’Atar où il reçoit le commandement de son unité, son « goum ». Celui-ci est composé de 2 sous-officiers, 33 tirailleurs, 26 partisans, 10 bergers, et plus de cent chameaux. Promu au grade de lieutenant, il mène ensuite des missions de reconnaissance autour de la ville de Chinguetti. En janvier 1912, il participe à une action de feu près de Tichitt au cours laquelle les Français font 74 prisonniers. Cette action lui vaut une lettre de félicitations au Bulletin officiel. En fin d’année, Ernest effectue son retour en France ; il débarque à Marseille le .

En 1913, il publie L’Appel des armes, contre l’humanitarisme pacifiste et le déclin moral qui lui semble en être la conséquence, au profit d’un idéal de dévouement et de grandeur. Le roman paraît initialement dans le journal L’Opinion, sous forme d’épisodes, puis sort en librairie le . La publication de ce roman crée un immense retentissement. Entre mai et juin 1913, plus de quarante-sept articles de journaux en font l’éloge ou la critique, en majorité en des termes politiques. Il est proposé pour l’attribution du grand prix de l’Académie française, mais échoue face au Jean-Christophe de Romain Rolland. L’Appel des armes devient le guide de la jeunesse nationaliste française.

Conversion et mort au combat

Longtemps à la recherche de certitudes intellectuelles, le jeune homme se tourne vers la foi catholique sous l'influence du père dominicain Humbert Clérissac et surtout de Jacques Maritain. Il se convertit au catholicisme au début de l’année 1913, et reçoit sa confirmation de l’évêque de Versailles, Charles Gibier, le . Il fait sa première communion le lendemain, puis part en pèlerinage à Chartres avec ses amis. En juin, il est de retour à Cherbourg, où il travaille sur le manuscrit du Voyage du centurion. Il s’agit de la transposition à peine masquée de son expérience et de son évolution spirituelle. Ernest consacre son été à venir en aide à des familles déshéritées de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, puis, en octobre, il devient tertiaire dominicain de la Fraternité du Saint-Sacrement de Paris. Il se prépare à la prêtrise mais la guerre, qui éclate peu après, l’empêche de concrétiser son vœu.

Ernest Psichari participe à la Première Guerre mondiale en tant que lieutenant au 2e régiment d'artillerie coloniale. À l’annonce de la mobilisation générale, son régiment quitte précipitamment le camp de Coëtquidan, où il effectuait des manœuvres, afin de regagner Cherbourg, puis gagne la Belgique le . Le 2e RAC constitue l’artillerie divisionnaire de la 3e division d’infanterie coloniale, commandée par le général Raffenel. À la veille de son départ, Ernest écrit dans une lettre : « Je vais à cette guerre comme à une croisade, parce que je sens qu’il s’agit de défendre les deux grandes causes à quoi j’ai voué ma vie [Dieu et la France]. »

Le lieutenant Psichari est tué à Rossignol en Belgique le au cours de la bataille de Rossignol. Sept mille soldats français sont tués dans la bataille. Prises au piège entre les forces allemandes et la rivière Semois, les troupes françaises, encerclées, sont massacrées. Les artilleurs sabotent leurs canons à la fin des combats. Le 2e régiment d'artillerie coloniale est considéré comme entièrement anéanti. Il ne sera reformé qu’en 1917.

Le corps de Psichari est enterré à la hâte le dans une fosse commune. En avril 1919, sa dépouille est retrouvée et inhumée au cimetière de Rossignol. Il est identifié grâce aux boutons de son uniforme de lieutenant, et aux insignes religieux qu’il porte sous ses vêtements : un scapulaire et une petite croix en or, don du père Clérissac, qui l’avait fait bénir par le pape Pie X. Sa tombe porte le n° 627.

Œuvre littéraire

Terres de soleil et de sommeil

Psichari rédige Terres de soleil et de sommeil en 1908, au retour de sa mission en Oubangui-Chari. Édité par Calmann-Lévy, le roman est largement inspiré de ses carnets de route. Il fait la part belle aux descriptions lyriques de paysages africains. En revanche, le dernier chapitre, intitulé « L’adieu aux barbares », tranche avec le reste du livre. Il constitue, selon Frédérique Neau-Dufour, une transition entre ce roman et L'Appel des armes. Ce chapitre, probablement rédigé à période ultérieure, serait le résultat de discussions entre Psichari et Charles Péguy. Il s’achève par une véritable apologie de la guerre : « Dans ma patrie, on aime la guerre et secrètement on la désire. Nous avons toujours fait la guerre. Non pour conquérir une province. Non pour exterminer une nation. Non pour régler un conflit d’intérêts. Ces causes existent assurément, mais elles étaient peu de choses. […] En vérité nous faisons la guerre pour faire la guerre. Sans nulle autre idée. Pour l’amour de l’art. La guerre pour la guerre. »

Pour Jacques Maritain, l’évolution intellectuelle manifeste de Psichari entre Terres de soleil et de sommeil et L'Appel des armes doit beaucoup à l’influence de Charles Péguy. Dans une lettre de 1908, Ernest se présente comme un « fidèle et fervent disciple » de Péguy. Il est un abonné fidèle des Cahiers de la Quinzaine, dont il reçoit les revues en Mauritanie.

L'Appel des armes

Psichari débute la rédaction de L'Appel des armes en Mauritanie. Dans une lettre datée de septembre 1909, il en fait déjà état : « Je rêve d’un roman sans amour, sombre et rude, le roman d’un soldat. J’ai quelques idées, ou, plutôt des idées, des vues d’ensemble, une impression générale, moins encore, la tonalité, la nuance que je voudrais à ce livre – qui ne sera sans doute jamais écrit. Le principal personnage serait l’armée, l’antique institution qui nous rattache au passé, toujours pareille et identique à elle-même, dont la beauté réside dans son immutabilité, l’armée toujours isolée, non mêlée à la nation, mais au-dessus d’elle, la dominant de son incommensurable orgueil. » À l'origine, le titre qu’il choisit pour ce roman est La Connaissance du sol natal.

Le roman, dédié à Charles Péguy, raconte la conversion aux valeurs traditionnelles d’un fils d’instituteur socialiste sous l’influence d’un capitaine d’artillerie coloniale. L'Afrique y joue un rôle moins important que dans le précédent roman. Le thème central du livre est le « militarisme intégral ». Le message est le suivant : les vertus de l’armée sont oubliées du monde, l’armée ne devrait pas s’adapter à la nation, mais, en tant qu'unique détentrice de la tradition, la revivifier, lui apporter sa force et sa grandeur. Ce message va à l’encontre de celui du maréchal Lyautey, dans Du rôle social de l’officier. En effet, Psichari s’oppose à la conscription et se fait le chantre de l’armée de métier. L’armée est représentée comme l’incarnation d’un ordre, d’une tradition, d’un passé ; elle est opposée au temps actuel, celui de la modernité et de la décadence. La tonalité du roman est ouvertement anti-intellectuelle et réactionnaire. À cet égard, elle trouve un accueil favorable dans le monde militaire et dans le milieu de la droite antirépublicaine. Ernest Psichari restera néanmoins toute sa vie un réfractaire à la pensée xénophobe d’un Maurras ou d’un Barrès. Il gardera ses distances avec l’Action française, et, contrairement à son frère Michel, il n’y adhérera jamais.

Les Voix qui crient dans le désert

Psichari commence à réfléchir à un nouveau roman dès juin 1912. Il s’agit d’un récit de voyage, rédigé à la première personne, dont le sujet principal est la conversion religieuse. C’est le père d’Ernest, Jean Psichari, qui fait publier ce roman dans une revue catholique, Le Correspondant, de novembre 1919 à janvier 1920.

Le récit suit les marches de Psichari à la tête d’une colonne de méharistes dans le désert mauritanien. L'auteur décrit les dunes infinies, les caravanes, les nuits sous les étoiles, les nomades maures et leurs dialogues sur le « royaume du ciel ». Le titre reprend Isaïe : « Une voix crie dans le désert : “Préparez le chemin de l’Éternel, faites une route bien droite pour notre Dieu dans les endroits arides” » (Isaïe, 40, 3-5.). La discipline militaire, la rigueur du désert et le silence des sables conduisent l'auteur à la conversion au catholicisme.

Le Voyage du centurion

Le Voyage du centurion est une version remaniée du précédent roman. Les deux romans développent des thématiques similaires. Ils appartiennent tous deux au courant de la littérature catholique. Le titre du livre fait référence au centurion de Capharnaüm, dans l’Évangile selon saint Matthieu (8, 5-8, 13), au centurion Corneille, de Césarée, évoqué dans les Actes des Apôtres (10, 1-10), ainsi qu’au centurion qui se trouvait au pied de la Croix, au moment de la crucifixion de Jésus. Maxence, le héros du roman de Psichari, est présenté comme le « quatrième centurion » selon Frédérique Neau-Dufour. La conversion du héros à la foi catholique est favorisée par le contexte géographique, celui du désert mauritanien, et par le métier des armes, qui accorde une importance fondamentale à la vertu d’obéissance.

Dans une lettre de janvier 1914, Ernest Psichari prie l’un de ses lecteurs de ne pas lire ce roman comme une autobiographie : « C’est l’histoire d’une conversion opérée dans le silence des déserts d’Afrique, mais je m’empresse d’ajouter que cette conversion n’est pas ma conversion. Dieu me garde de verser dans les détestables excès de la psychologie, dans cet abus de l’observation intérieure, dans cette véritable complaisance de soi-même qui caractérise les écrivains modernes. »

Décorations

  • Chevalier de la Légion d'honneur à titre posthume.
  • Médaille militaire
  • Croix de guerre - à titre posthume
  • Médaille coloniale (agrafes Congo, Mauritanie)
  • Officier d'académie
  • Chevalier de l'Étoile noire

Influence et postérité

Notoriété et critiques

Ernest Psichari est, par sa personnalité, ses préoccupations, ses aspirations morales et son engagement, emblématique d’une jeunesse exaltée dont font aussi partie Charles Péguy et Jacques Maritain, ses amis et contemporains. Les monarchistes de l'Action française, tels Henri Massis et Paul Bourget, mais aussi Maurice Barrès ont vu en Psichari un héros national et ont entretenu sa mémoire par diverses publications. Charles Péguy, notamment, voit en lui un « ami lointain », un « homme jeune, plein de sang », qu'il intègre dans le parti des anti-modernes et des « mécontemporains ». Lecteur fervent de Psichari, le général de Gaulle le qualifie d'« admirable semeur ».

Le maréchal Lyautey, à qui Ernest enverra un exemplaire de L'Appel des armes, répondra par une carte envoyée depuis le Maroc le  : « Merci, j’ai eu une grande joie à recevoir de vous votre livre. Je l’avais lu avec passion dans L'Opinion. Je voudrais tant vous connaître. Je vous admire profondément. Il me serait très doux de vous le dire et de vous remercier du bien qu’apporte votre parole et aux Nangès qu’elle réconforte et aux Maurice qu’elle suscite. »

La mort de Psichari au champ d’honneur inspire plusieurs écrivains. En 1915, Edmond Rostand publie un sonnet en son honneur dans Le Figaro. Paul Claudel lui consacre également un poème de plusieurs pages rédigé entre 1914 et 1918. Entre et , l’écrivain Maurice Barrès consacre quatre articles à Psichari dans L'Écho de Paris. Il associe dans un même hommage les noms de Psichari et de Charles Péguy, morts à quelques semaines d’intervalle.

Dans un article de La Nouvelle Revue française de septembre 1932, André Gide fait courir la rumeur de l'homosexualité de Psichari, et compare les mœurs de l'écrivain à celles du poète Raymond Radiguet. Pour ne pas faire de publicité à ces rumeurs, Henri Massis choisit de ne pas y répondre. Selon Frédérique Neau-Dufour, les penchants homosexuels chez Psichari sont tangibles et seraient la conséquence d'une profonde misogynie.

Monuments

Une stèle puis un monument-autel sont érigés à la mémoire de Psichari à Rossignol à l'initiative du poète Thomas Braun et de l’écrivain Henri Massis. Ce dernier constitue un « comité Psichari » afin de promouvoir le projet et de le financer. L’inauguration a lieu en 1924, à l'occasion du 10e anniversaire de la mort de l'écrivain, en présence de représentants de l’Église, de l’armée, et d’une foule nombreuse de pèlerins. Le monument devient par la suite un lieu de pèlerinage pour les milieux catholiques, belges et français.

Hommages

Son nom est inscrit au Panthéon de Paris parmi les écrivains morts pour la France pendant la guerre 1914-1918. Psichari a donné son nom à une promotion de l’école d’artillerie de Versailles en 1938, ainsi qu’à la promotion 1997 de l’École d'application de l'artillerie de Draguignan. La bibliothèque de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr porte également le nom d’Ernest Psichari.

Cité à l'ordre de la IVe armée pour sa « bravoure exemplaire » en 1917, Ernest Psichari est nommé chevalier de la Légion d’honneur à titre posthume par le maréchal Pétain, commandant en chef des armées de l’Est, le .

Noms de lieux

En 1934, la rue Ernest-Psichari à Paris, près de l'École militaire, prend son nom en hommage. D'autres rues portent le nom d'Ernest Psichari, comme à Brest, à Rennes et à Cherbourg.

Liste des œuvres

Romans

  • Terres de soleil et de sommeil, préface de Monseigneur Le Roy, évêque d'Alinda, Paris, Calmann Lévy, 1908. [lire en ligne], prix Montyon de l'Académie française en 1909.
  • L'Appel des armes, préface de Monseigneur Alfred Baudrillart de l'Académie française, Paris, G. Oudin, 1913. [lire en ligne], prix Alfred-Née de l’Académie française en 1915.
    • Réédité en 2020, La Délégation des siècles, 203 p.
  • Le Voyage du centurion (posthume), préface de Paul Bourget de l'Académie française, Paris, Louis Conard, 1916. [lire en ligne]
    • Réédité en 1926, Paris, Louis Conard, et illustré par Gustave Assire gravé par Victor Dutertre.
    • Réédité en 2008, augmenté de la Vie d'Ernest Psichari par Henri Massis (Paris, Éditions Saint-Lubin (ISBN 9782917302026)).
  • Les Voix qui crient dans le désert. Souvenirs d'Afrique (posthume), préface du général Charles Mangin, Paris, Louis Conard, 1920. [lire en ligne]
    • Réédité en 2008 (Paris, Éditions Saint-Lubin (ISBN 9782917302019)).

Correspondance

  • Lettres du centurion, préface de Paul Claudel de l'Académie française, Paris, Louis Conard, 1933.

Archives

  • Musée de la Vie romantique, Hôtel Scheffer-Renan, Paris.
  • Service historique de la Défense, château de Vincennes.

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie

 : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Biographies
  • Louis Aguettant, Ernest Psichari, Lyon, Lardanchet, 1920. 69 p.
  • Daniel-Rops, Psichari, Paris, Plon, 1922, 238 p.
  • A. M. Goichon, Ernest Psichari, d'après des documents inédits, Paris, Éditions de la Revue des Jeunes, 1921, 371 p.
  • Henri Massis, La Vie d'Ernest Psichari, 1916.
  • Henri Massis, Notre ami Psichari, Flammarion, coll. « Chefs de file », 1936, 249 p.
  • Hugues Moutouh, Ernest Psichari : L’aventure et la grâce, Éditions du Rocher, coll. « Biographie », .
  • Frédérique Neau-Dufour, Ernest Psichari, l’ordre et l’errance, Paris, Éditions du Cerf, .
  • Don Sauveur Paganelli, Un petit-fils de Renan : Ernest Psichari, Saint-Raphaël, Éditions des Tablettes, 1923, 87 p.
  • Paul Pedech, Ernest Psichari ou les chemins de l’ordre, Paris, Téqui, 1988, 226 p.
  • Jean Peyrade, Psichari, maître de grandeur, avec postface de Daniel Rops, Paris, Julliard. 1948, 169 p.
  • Henriette Psichari, Ernest Psichari, mon frère, Paris, Plon, 1933, 234 p.
  • Claude Quinard. Psichari soldat d'Afrique, Paris, Éditions des Loisirs. 1944, 153 p.
Ouvrages évoquant Psichari
  • Thomas Braun, « Discours à Rossignol, première pierre de l'autel élevé à la mémoire d'Ernest Psichari », dans Amour de l'Ardenne, 1933, Éditions Rex, p. 40–49.
  • Geneviève Duhamelet, Ernest Psichari. Le centurion, Bruxelles, Foyer Notre-Dame, coll. « Convertis du XXe siècle » (no 23), .
  • Jacques Maritain, Antimoderne, qui regroupe plusieurs textes, dont l'un rendant hommage à Ernest Psichari, Paris, Éditions de la Revue des Jeunes, 1922, 253 p.
  • Henri Massis, Évocations. Souvenirs (1905-1911), Paris, Plon, 1931.
  • Abbés Jos. Hubert et Jos. Neujean. Rossignol. Le drame de l'invasion allemande dans le Luxembourg belge. Imprimerie Duculot-Roulin, Tamines. 1929. 226 pages.
  • Le Figaro Littéraire, « Ernest Psichari », 2-8 avril 1964.
  • (en) Major Rex W. Beasley, « Critical analysis of the operations of the French Colonial Corps in the Battle of the Ardennes, with particular attention to the operations of the 3d Colonial Division at Rossignol. », Command and General Staff School Student Papers, 1930-1936,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  • (en) Frank Field, British and French Writers of the First World War, Cambridge University Press, .

Liens externes

  • Archives conservées par : archives départementales des Yvelines (166J, Ms 9114, 9119, 2s, date inconnue, -)
    • s005b015dcc3767d chercher le nom PSICHARI E.
    • s005afd5ff27de1f chercher le nom PSICHARI Lieutenant Ernest
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Source : Article Ernest PSICHARI de Wikipédia

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