André Darricau, dit Darry Cowl, est un acteur, musicien et humoriste français, né le à Vittel (Vosges) et mort le à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine).
Au départ destiné à une carrière de musicien, auteur et compositeur, il accède à la comédie en étant pianiste-accompagnateur de cabarets. Adoptant un pseudonyme « à l'américaine », il crée un personnage d'ahuri loufoque, au flot de paroles gêné par son bégaiement et son cheveu sur la langue, attributs qui ne vont jamais le quitter. Ses premiers sketchs sur scène et à la télévision le font connaître à l'orée des années 1950.
S'il commence le cinéma par des seconds rôles dans des comédies de petite envergure, Sacha Guitry le remarque et l'engage pour ses deux dernières œuvres, Assassins et Voleurs et Les trois font la paire en 1957. La même année, son premier rôle principal dans Le Triporteur (1957), réunissant près de cinq millions de spectateurs, le propulse au rang de vedette comique. Pendant trois décennies, il tourne jusqu'à cinq films par an. Il en réalise un, Jaloux comme un tigre (1964).
Négligeant des débuts prometteurs, et poussé par le jeu, il participe à d'innombrables films comiques qualifiés de « nanars », à l'exception de quelques comédies mieux jugées de Philippe de Broca, Michel Audiard, Marco Ferreri ou Jean-Pierre Mocky. Il apparaît aussi régulièrement au théâtre dans des pièces de boulevard.
Il aborde plus sérieusement sa carrière à partir des années 1990 en s'impliquant dans des films davantage ambitieux aux registres plus variés, recevant alors un accueil bienveillant. Le Molière du comédien dans un second rôle lui est décerné en 1995 pour deux pièces de Georges Feydeau. Il reçoit en 2001 un César d'honneur pour l'ensemble de sa carrière et en 2004 le César du meilleur acteur dans un second rôle pour Pas sur la bouche d'Alain Resnais.
Biographie
André Pierre Darricau est né le à Vittel en France, d'un père médecin issu de la haute bourgeoisie basque et d'une de ses maîtresses. Il n'apprendra sa véritable filiation qu'à l'âge de 10 ans — après la mort de son père — et ne connaîtra jamais l'identité de sa mère biologique ; en effet, soucieuse des convenances, Louise Darricau, l'épouse de son père, avait simulé une grossesse pendant les six mois précédant sa naissance.
Sa famille quitte les Vosges vers 1930 pour s'installer à Bordighera, en Italie, où il passe son enfance. Il fait du scoutisme à la 42e Paris (promesse en avril 1939 à Notre-Dame-de-la-Croix de Ménilmontant) et commence à faire bien rire ses camarades en s'essayant sur les planches dans les fêtes de groupe, avec son frère Albert. Excellent élève, il n'en triple pas moins sa classe de seconde du lycée Voltaire à Paris. Après une grave blessure à la hanche en demi-finale du championnat de France de pelote basque, il commence des études musicales (piano et musique classique). Il s'inscrit alors au Conservatoire de Paris pour devenir concertiste, mais est recalé aux examens. Ayant remporté des prix d'harmonie et de composition, et obligé de gagner sa vie, il s'inscrit aux musicales Royalties comme copiste. Il fait la rencontre de Nelly Marcon, et l'épouse le , le temps d'une idylle d'un an. Il s'oriente ensuite vers le cabaret, où il devient pianiste-accompagnateur puis met au point son personnage ahuri et zozoteur de « frisotté à lunettes » comme il le désigne lui-même. Affligé d'un bégaiement à la suite d'une frayeur enfantine, il en guérit mais cultive sur scène ce défaut qui fait désormais partie de ses dons de fantaisiste.
Sacha Guitry l'ayant engagé dans Assassins et Voleurs (1957), il se tourne vers le cinéma, où son rôle dans Le Triporteur le rend rapidement célèbre (il n'y prononce qu'une seule fois les mots « petit canaillou », mais cette expression restera associée à jamais à l'acteur). Il apparaît dans d'innombrables comédies, souvent pour assouvir un besoin d'argent découlant d'une passion pour le jeu qu'il reconnaît volontiers.
En 1963, le producteur Jules Borkon le rencontre à Monte-Carlo et lui propose d'écrire, réaliser et interpréter un film. La vedette accepte sans grande envie, dans le seul but d'éponger ses dettes de jeu, et écrit un scénario à la va-vite, tourné et monté en un mois, en dilettante, entouré de tous ses amis comiques Jean Poiret, Michel Serrault, Francis Blanche, Jean Yanne et Jean Richard dans une ambiance d'amusement. Jaloux comme un tigre constitue une semi-échec avec 700 000 entrées et une catastrophe artistique, même si l'affaire est néanmoins rentable pour Borkon.
Darry Cowl remporte un premier succès au théâtre avec Docteur Glass à la Porte Saint-Martin et donne un nouveau ton à sa carrière avec des films plus ambitieux comme Augustin, roi du kung-fu d'Anne Fontaine. Son dernier rôle est celui d'un enfant adopté dans L'Homme qui rêvait d'un enfant de Delphine Gleize.
Il obtient également le Molière du meilleur second rôle masculin en 1995 et un César d'honneur en 2001. En 2004, lui est attribué le César du meilleur second rôle pour le rôle de Mme Foin dans Pas sur la bouche d'Alain Resnais. En janvier de la même année, la Cinémathèque française lui rend hommage à travers une rétrospective d'une vingtaine de ses films.
Il se marie avec Rolande Ségur en 1966 et publie plusieurs livres de souvenirs. Il prévoit de faire son retour au théâtre en aux côtés de Jacques Balutin dans Hold Up, une pièce de Jean Barbier mise en scène par Jean-Luc Moreau, mais son mauvais état de santé l'en empêche.
Il meurt le à son domicile de Neuilly-sur-Seine, 4 rue Édouard-Nortier (angle rue de Chézy) des suites d'un cancer du poumon. Il est incinéré au crématorium du cimetière du Père-Lachaise en présence des acteurs Jacques Balutin, Gérard Hernandez, Jean Reno, Bernard Haller, Danièle Évenou, Jackie Berroyer, Édouard Baer, Pierre Mondy et Patrick Chesnais et du chanteur Francis Lalanne ainsi que de son épouse Rolande Ségur et ses cendres sont récupérées par sa famille, avant d'être inhumées au cimetière ancien de Neuilly-sur-Seine (division 12) en .
Depuis 2006, l'association Vive Darry — présidée par son épouse Rolande Kalis et dont le secrétaire général est François Rollin — décerne chaque année le prix Darry Cowl à un talent pluridisciplinaire reflétant l'esprit du comédien.
Il est évoqué dans le 157e des 480 souvenirs cités par Georges Perec dans Je me souviens.
Il a un petit-fils, le sculpteur Matthieu Robert-Ortis.
Publications
Le Flambeur, Robert Laffont, 1986
Le Triporteur se livre, Flammarion, 1994
Débit de paroles, L'Archipel, 1996
Mémoires d'un canaillou, Éditions no 1, 2005
Filmographie
Acteur
Cinéma
Années 1950
Années 1960
Années 1970
Années 1980
Années 1990
Années 2000
Court-métrage
2000 : Scénario sur la drogue - la Purée de Sébastien Dhrey et Simon Lelouch : Le grand-père
2005 : Jessie de Henri Garcin
Télévision
1967 : Au théâtre ce soir : Docteur Glass ou le médecin imaginaire de Hans Weigel, mise en scène Christian Alers, réalisation Pierre Sabbagh, Théâtre Marigny
1971 : Au théâtre ce soir : Cash-Cash d'Alistair Foot et Anthony Marriott, mise en scène Michel Vocoret, réalisation Pierre Sabbagh, Théâtre Marigny
1972 : Animal Parade : un pélican
1980 : Chouette, chat, chien... show de Pierre Samyn
1983 : L'Attrapeur (Liebe läßt alle Blumen blühen), de Marco Serafini (de) (téléfilm) : Dr. Combette
2000 : La Surprise de Jean-Philippe Viaud (téléfilm) : Georges Morin
2001 : Jalousie de Marco Pauly (téléfilm): François
2001 : les P'tits Gars Ladouceur de Luc Béraud (téléfilm) : Humphries
2002 : Double Flair de Denis Malleval (téléfilm) : L'ange
2003 : Rien ne va plus de Michel Sibra (téléfilm) : Sylvestre
2004 : Bien agités ! de Patrick Chesnais (téléfilm) : Le directeur de la banque
Réalisateur
1964 : Jaloux comme un tigre
Box-office
Théâtre
Acteur
1953 : Hamlet de Tarascon de Jean Canolle, mise en scène Christian-Gérard, Théâtre La Bruyère
1953 : Ne tirez pas... sur le pianiste de Darry Cowl et Christian Duvaleix, Théâtre des Célestins
1954 : Si jamais je te pince !... d'Eugène Labiche, mise en scène Georges Vitaly, Théâtre La Bruyère
1955 : TTX de Cécil Saint-Laurent et Pierre de Meuse, mise en scène Alice Cocéa, Théâtre des Arts
1956 : Le mari ne compte pas de Roger-Ferdinand, mise en scène Jacques Morel, Théâtre Édouard VII
1961 : Jean de la Lune de Marcel Achard, mise en scène Pierre Dux, Théâtre des Célestins
1965 : Docteur Glass ou le médecin imaginaire de Hans Weigel, mise en scène Christian Alers, Théâtre de la Porte-Saint-Martin,
1967 : Docteur Glass ou le médecin imaginaire de Hans Weigel, mise en scène Christian Alers, Théâtre des Célestins
1968 : Pic et Pioche de Raymond Vincy, Jacques Mareuil et Darry Cowl, mise en scène Robert Thomas, Théâtre des Nouveautés
1969 : Cash-Cash d'Alistair Foot et Anthony Marriott, mise scène Michel Vocoret, Théâtre Fontaine
1970 : Cash-Cash d'Alistair Foot et Anthony Marriott, mise scène Michel Vocoret, Théâtre des Célestins
1971 : Du côté de chez l’autre d’Alan Ayckbourn, mise scène Jean-Laurent Cochet, Théâtre de la Madeleine, Théâtre des Célestins
1972 : Duos sur canapé de Marc Camoletti, mise scène de l'auteur, Théâtre Michel
1973 : Duos sur canapé de Marc Camoletti, mise en scène de l'auteur, Théâtre Michel, tournée Herbert-Karsenty
1975 : Bichon de Jean de Létraz, mise en scène Michel Vocoret, Théâtre des Célestins, tournée Herbert-Karsenty
1978 : Celimare le bien-aimé d'Eugène Labiche, mise en scène Andréas Voutsinás, Théâtre de Boulogne-Billancourt
1979 : Les Vignes du seigneur de Robert de Flers et Francis de Croisset, mise en scène Francis Joffo, Théâtre des Célestins
1982 : Azaïs de Georges Berr et Louis Verneuil, mise scène René Clermont, Eldorado
1984 : Deux hommes dans une valise de Peter Yeldham et Donald Churchill, mise scène Jean-Luc Moreau, Théâtre de la Porte-Saint-Martin
1986 : Les Dégourdis de la 11e d'André Mouëzy-Éon, mise en scène Jacques Rosny, Théâtre des Variétés
1987 : Y a-t-il un otage dans l'immeuble ? d'Alain Reynaud-Fourton, mise en scène Maurice Risch, Théâtre Daunou
1989 : Deux Hommes dans une valise de Donald Churchill et Peter Yeldham, mise en scène Jean-Luc Moreau
1989 : Un fil à la patte de Georges Feydeau, mise en scène Pierre Mondy, Théâtre du Palais-Royal
1992 : Nina d'André Roussin, mise en scène Bernard Murat, Théâtre de la Gaîté-Montparnasse
1993 : Zoo de Vercors, mise en scène Jean-Luc Tardieu, Espace 44 Nantes
1994 : On purge bébé et Feu la mère de Madame de Georges Feydeau, mise en scène Bernard Murat, théâtre Édouard VII
1996 : La Panne de Friedrich Dürrenmatt, mise en scène Pierre Franck, Théâtre de l'Atelier
1997 : La Panne de Friedrich Dürrenmatt, mise en scène Pierre Franck, Théâtre des Célestins
1999 : La Surprise de Pierre Sauvil, mise en scène Annick Blancheteau, Théâtre Saint-Georges
2002 : Putain de soirée de Daniel Colas, mise en scène de l'auteur, Théâtre du Gymnase Marie Bell
Metteur en scène
1972 : Madame Pauline d'après La Maison de Zaza de Gaby Bruyère, Théâtre des Variétés
Musiques et chansons
1970 : Mon léopard et moi, chanson interprétée par Brigitte Bardot
Musiques de films
1964 : Jaloux comme un tigre de Darry Cowl
1967 : le Grand Bidule de Raoul André
1967 : Ces messieurs de la famille de Raoul André
1969 : Ces messieurs de la gâchette de Raoul André
1969 : le Bourgeois gentil mec de Raoul André
1973 : Le Concierge de Jean Girault
1976 : Le Jour de gloire de Jacques Besnard
1976 : Les Mal Partis de Sébastien Japrisot
1977 : Arrête ton char... bidasse ! de Michel Gérard
1978 : Général... nous voilà ! de Jacques Besnard
Distinctions
Molières 1995 : Molière du comédien dans un second rôle dans On purge bébé et Feu la mère de Madame
César 2001 : César d'honneur
César 2004 : César du meilleur acteur dans un second rôle pour Pas sur la bouche
Décorations
2006 : Commandeur de l'ordre des Arts et des Lettres
Notes et références
Pour approfondir
Bibliographie
Ouvrages
Darry Cowl, Mémoires d'un canaillou, Paris, Numéro 1, , 217 p. (ISBN 2-84612-190-7, lire en ligne).
Rolande Darricau-Kalis, Darry Cowl par ceux qui l'ont aimé, Paris, Riveneuve, , 208 p. (ISBN 978-2-36013-627-8, présentation en ligne).
Articles
Antoine de Baecque, « Cowl back », Interview, sur liberation.fr, Libération, (consulté le ).
« Le cas Cowl », sur lemonde.fr, Le Monde, (consulté le ).
Philippe Pelletier, « Darry Cowl », sur cinéartistes.com, (consulté le ).
Propos de Darry Cowl recueillis par Christophe Carrière, « Darry Cowl aimerait bien être acteur. Heureux (à juste titre) de sa prestation dans Augustin, roi du kung-fu, d'Anne Fontaine, il considère qu'il fait enfin du cinéma et dresse son CV en vue d'autres propositions intéressantes. », Première no 270, Hachette Filipacchi Associés, Levallois-Perret, , p. 150, (ISSN 0399-3698)
Christian Berger, « Nécrologie des personnalités disparues en 2006 : Darry Cowl », inL'Annuel du Cinéma 2007, éditions Les Fiches du cinéma, Paris, 2006, 752 p., p. 735, (ISBN 978-2-902-51614-8)
« Darry Cowl », Les acteurs connotés, sur Nanarland, (consulté le ).