Tom Stoppard est un dramaturge et scénariste britannique, né le à Zlín en Tchécoslovaquie et mort le 29 près de Blandford dans le Dorset (Angleterre).
Tom Stoppard naît le à Zlín en Tchécoslovaquie (aujourd'hui en République tchèque), sous le nom de Tomáš Sträussler. Son père, Eugen Sträussler, est un médecin travaillant pour la société de chaussures Bata, sa mère, Martha Becková, femme au foyer. Sa famille, de confession juive bien que non pratiquante et assimilée, émigre au moment de l'invasion du pays, le , pour échapper aux persécutions allemandes, à Singapour où le fondateur de Bata, Jan Antonín Baťa, possède une usine et héberge ses employés juifs.
Juste avant l'Occupation japonaise de la ville, Tomáš, son jeune frère Petr et sa mère sont à nouveau évacués vers les Indes britanniques. Eugen Sträussler meurt dans le bombardement par les Japonais de son bateau en 1942, alors qu'il essaie de rejoindre sa famille. Les deux frères, qui ont américanisé leurs prénoms en Tom et Peter, étudient à la Mount Hermon School de Darjeeling, une école multiraciale américaine.
En 1945, leur mère épouse Kenneth Stoppard, un major de l'armée britannique, qui les adopte, leur obtenant par là même la nationalité britannique. Cette double identité se reflétera dans les futurs personnages de Stoppard, « constamment appelés par le mauvais nom, avec des blagues et de fausses pistes engendrées par la confusion d'avoir deux noms », expliquera-t-il.
La famille rentre en Angleterre en 1946 et s'installe à Nottingham dans les Midlands. Tom étudie à la Dolphin School de Nottingham puis à la Pocklington School, une école privée du Yorkshire.
Tom Stoppard abandonne ses études à 17 ans et débute comme journaliste au Western Daily Press de Bristol en 1954, puis décroche un poste de chroniqueur humoristique et critique dramatique au Bristol Evening World en 1958, qui lui ouvre les portes du théâtre. Des années plus tard, il regrettera sa décision d'avoir renoncé à une formation universitaire, bien qu'ayant aimé son travail de journaliste.
Au Bristol Old Vic, troupe de théâtre régionale au répertoire bien réputé à l'époque, Stoppard noue des amitiés avec le réalisateur John Boorman et l'acteur Peter O'Toole, alors au début de leur carrière. À Bristol, il devient plus connu pour ses tentatives tendues d'humour et de vêtements sans style que pour son écriture.
Après quelques essais de courtes pièces radiophoniques en 1953-1954, il écrit sa première pièce en 1960, A Walk on the Water (rebaptisée en 1968 Enter a Free Man). Sa pièce la plus célèbre est Rosencrantz et Guildenstern sont morts (Rosencrantz and Guildenstern Are Dead), créée en 1966 au festival d'Édimbourg avant d'être montée en avril 1967 au Old Vic par le National Theatre et dont il tire lui-même un film en 1990.
Il puise autant son inspiration dans des classiques du théâtre, de la littérature et des philosophies grecque et romaine que chez ses contemporains, de Samuel Beckett à Václav Havel, mettant en scène des événements historiques marquants ou des personnalités influentes.
Il a également traduit et adapté des pièces de Sławomir Mrożek, Arthur Schnitzler, Federico García Lorca et Václav Havel.
Tom Stoppard écrit parallèlement pour la télévision et le cinéma. Dans les années 1980, il est scénariste pour Terry Gilliam avec Brazil (1985), nommé à l'Oscar du meilleur scénario original, puis pour Steven Spielberg avec Empire du soleil (1987) et Indiana Jones et la Dernière Croisade (1989). Spielberg déclarera plus tard que bien que Stoppard n'ait pas été crédité pour ce dernier film, « il était responsable de presque tous les dialogues du film ».
En 1998, sa comédie romantique Shakespeare in Love est un succès critique et financier et remporte sept Oscars dont celui du meilleur film et Stoppard reçoit l'Oscar du meilleur scénario original. Il obtient également le Golden Globe du meilleur scénario avec Marc Norman.
Il est par ailleurs réalisateur d'un seul film à ce jour : Rosencrantz et Guildenstern sont morts (Rosencrantz and Guildenstern Are Dead) d'après sa pièce, sorti en 1990 et qui a remporté le Lion d'or à la Mostra de Venise.
En 2002, sa trilogie The Coast of Utopia est créée au Royal National Theatre de Londres dans une mise en scène par Trevor Nunn. Inspirée des arguments philosophiques de personnalités révolutionnaires russes à la fin du XIXe siècle, elle comprend Voyage, Shipwreck et Salvage et sa durée totale est de neuf heures. Elle reçoit trois nominations au Laurence Olivier Awards, dont celle de meilleure nouvelle pièce. En 2006, elle est montée à Broadway et obtient dix nominations, remportant sept Tony Awards dont celui de la meilleure pièce.
La même année, sa nouvelle pièce Rock 'n' Roll, située à Cambridge et à Prague, explore la culture de la musique rock des années 1960 au travers du personnage de Syd Barrett et le défi politique du groupe tchèque The Plastic People of the Universe, reflétant le contraste entre le social-libéralisme britannique et la répression de l'État tchèque sur sa population après la mise en place du Pacte de Varsovie.
En 2012, Stoppard adapte pour le cinéma le roman de Léon Tolstoï Anna Karenine. Entertainment Weekly en fait l'éloge : « Stoppard - lui-même maître de la construction-puzzle dans de belles pièces telles Arcadia - fournit un scénario impeccable et délicatement équilibré ».
Sa dernière pièce, Leopoldstadt, se déroule dans la communauté juive de Vienne en Autriche, au début du XXe siècle. Elle est créée à Londres en 2020, obtenant le Laurence Olivier Award de la meilleure nouvelle pièce mais les représentations sont interrompues au bout de quelques semaines en raison de la pandémie de Covid-19. Elle est reprise à Broadway en 2022 et remporte le Tony Award de la meilleure pièce l'année suivante.
Membre de l'Outrapo, un atelier de recherches sur les potentialités du théâtre fondé à Londres en 1991, de l'Académie américaine des arts et des sciences, de la Royal Society of Literature et de la Writers Guild of America, il est anobli par la reine Élisabeth II en 1997.
Tom Stoppard meurt le chez lui près de Blandford dans le Dorset (Angleterre), à l’âge de 88 ans.
Parmi les nombreux hommages qui lui sont rendus, le roi Charles III déclare :
« Ma femme et moi sommes profondément attristés d'apprendre le décès de l'un de nos plus grands écrivains, Sir Tom Stoppard. Ami cher qui portait son génie à la légère, il pouvait, et c'est ce qu'il a fait, aborder n'importe quel sujet avec sa plume, défiant, émouvant et inspirant son public, inspiré de sa propre histoire. […] Trouvons le réconfort dans sa phrase immortelle : “Regardez chaque sortie comme une entrée ailleurs”. »
Tom Stoppard a été marié à trois reprises (dont deux divorces) :
Il a également entretenu des liaisons avec les actrices Sinéad Cusack, mariée alors à Jeremy Irons et avec laquelle il vivait en France, et Felicity Kendal de 1991 à 1998, raison de son divorce avec Miriam Stern.
La mère de Stoppard meurt en 1996. Celle-ci n'ayant jamais évoqué le passé familial, ce n'est qu'au début des années 1990, avec la chute du communisme, que Stoppard découvre que ses quatre grands-parents étaient juifs et avaient été assassinés à Terezín, Auschwitz et d'autres camps de la mort, avec trois de ses tantes, les sœurs de sa mère.
En 1998, Stoppard retourne dans sa ville natale de Zlín pour la première fois en plus de 50 ans. Il exprime son chagrin à la fois pour un père perdu et un passé disparu, mais ne ressent aucun sentiment d'être un survivant : « Je me sens incroyablement chanceux de ne pas avoir eu à survivre ou à mourir. C'est un élément manifeste de ce que l'on pourrait appeler une vie enchantée ».
Ce contenu est mis à disposition selon les termes de Licence Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 3.0
Contributeurs : voir la liste
| Accès pro. |
© 2006-2026 - Propulsé par Bokeh
|
