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Robert MASSON

 
Robert MASSON. Source: Wikipedia

Robert Masson est un compagnon de la Libération né à Paris le et mort à Versailles le .

Recruté en 1941 par le service de renseignement de l’Armée de l’air, il devint agent de liaison avec le mouvement Ceux de la Libération à Paris. Après le débarquement en Afrique du Nord, il traversa clandestinement l'Espagne pour rejoindre Alger puis Londres. Volontaire pour être parachuté en territoire occupé, Masson réalisa deux missions – et deux exfiltrations aériennes – aux printemps 1943 et 1944. Il implanta en France le réseau de résistance Samson et commanda le bureau londonien de la DGSS pendant la bataille de Normandie.

Biographie

Robert Masson naquit le 19 janvier 1914 à Paris. Il étudia à l'École centrale. À la mort de son père en 1935, il lui succéda pendant quelques mois comme industriel, avant de faire son service dans l'Armée de l'air en 1936-1937, à l’École militaire d’aviation. Il fut mobilisé en 1939 comme sous-lieutenant de réserve.

Agent du SR Air

Il était à Fez le 17 juin 1940, lorsqu’il entendit à la radio le maréchal Pétain annoncer la fin des combats. Démobilisé en août et désireux de s’engager dans la Royal Air Force, il essaya vainement de gagner Gibraltar. À Agadir, on lui apprit qu’un réseau d’aviateurs s’organisait en France pour lutter contre l’occupant. Il débarqua à Marseille en janvier 1941 et se rendit à Vichy, où il rencontra dans un café le capitaine Paul Badré, qui le recruta comme agent du SR Air – service de renseignement semi clandestin créé par le colonel Ronin avec l’accord du général Bergeret, ministre de l’aviation du maréchal Pétain).

Il effectua deux missions d’essai, à Châteauroux puis à Paris. Ayant prouvé sa compétence, il devint agent de liaison avec Ceux de la Libération, mouvement fondé par trois anciens aviateurs : Maurice Ripoche, Jacques Ballet et Henri Pascal, qui revendiquaient 10 000 membres.

À Paris, il partageait avec son frère Gérard un appartement rue Duret. Comme « boîte aux lettres », il utilisait le 26 rue de Gramont. Outre les membres de Ceux de la Libération, Masson bénéficiait d’autres sources de renseignement, comme Alexandre de Saint-Phalle ou M. Lemeignen, le président de la Société commerciale d'affrètements et de commission qui le recevait dans ses bureaux de la rue Lord-Byron.

Pour traverser la ligne de démarcation, il obtint un laissez-passer de frontalier lui permettant de franchir les contrôles de la Kommandantur à Cormery. Chaque mois, il acheminait ses renseignements à Bellerive-sur-Allier à côté de Vichy, où Paul Badré résidait avec sa famille. C’est là qu’était installée une liaison radio avec le Secret Intelligence Service de Londres. Pour communiquer des informations urgentes, il expédiait depuis la gare d’Austerlitz des colis à une adresse de Vichy. Sur le papier d’emballage étaient écrits les messages à l’encre sympathique.

À partir du printemps 1941, il utilisa comme couverture son activité dans l’industrie du cinéma. Pour ses amis, Masson était un collaborateur de Jean Clerc, gérant de la Société Universelle de Films. Il assista aux tournages de trois longs-métrages : Montmartre-sur-Seine (avec Edith Piaf), Mademoiselle Swing et Le Grand Combat.

Le 10 novembre 1942, au lendemain du débarquement allié en Afrique du Nord, les officiers du SR Air s’envolèrent pour l’Algérie – laissant la direction du réseau en France au capitaine René Gervais. N’ayant plus d’utilité à Paris auprès de Ceux de la Libération, Masson décida de rejoindre l’Algérie via l’Espagne et Gibraltar.

Traversée de l'Espagne

Le 25 décembre, il franchit la frontière entre Montréjeau et Vielha e Mijaran, où il fut arrêté par la garde civile. Dans les premiers jours de janvier 1943, au cours d’un transfert vers Lérida, il s’évada avec six autres Français qui furent de nouveau arrêtés par la garde civile à côté d’Artesa de Segre. Incarcéré à Lérida, il eut la surprise de retrouver dans sa cellule Jacques Ballet, son correspondant de Ceux de la Libération, qui avait franchi la frontière de son côté.

Il fut libéré le 23 janvier, grâce à ses faux papiers et à l’intervention de M. Mahé, le représentant à Barcelone de la Société commerciale d'affrètements et de commission. Rejoignant Madrid en train, il fut reçu à l’ambassade des États-Unis par le colonel Malaise, qui signala par télégramme son arrivée au SR Air d’Alger. Il fut ensuite conduit à Séville, puis à Algésiras. Le soir du 8 février 1943, il embarqua clandestinement dans la cale d’un bateau de pêche, avec dix-sept Français dont René de Naurois.

Premier parachutage en France

À Gibraltar, il prit un paquebot pour Casablanca, où l’attendait un avion pour Alger. Il fut accueilli au siège du SR Air par le colonel Ronin, qui lui apprit le départ du commandant Badré, lequel officiait désormais à Londres en liaison avec le MI6 et le BCRA. Ronin lui proposa de se rendre à son tour en Angleterre pour être parachuté en France, afin d’y développer un réseau de renseignement. Masson accepta et reçut de faux papiers au nom de Samson (anagramme de son patronyme).

Le 12 mars, il décolla à bord d’un Douglas C-47 Skytrain qui le déposa à Gibraltar, où il s’envola à l’aube le lendemain, dans la soute d’un Boeing B-17 Flying Fortress. Atterri en Cornouailles, il retrouva Badré hospitalisé à Manchester, à la suite d’un saut malencontreux en parachute.

Samson suivit un stage de parachutisme à Ringway, sous la supervision du lieutenant Robert de Lesseps (alias Goodfellow), puis de Pick-Up (P-U) à côté de Cambridge. Il reçut également une formation en cryptologie et en télégraphie sans fil.

De retour à Londres, il prépara sa mission en France. Il choisit comme zone de parachutage le triangle Broglie-Orbec-Bernay, où il était en mesure de se cacher dans la propriété de sa mère, à la lisière du bois Taillefer. Il obtint de la Royal Air Force un Halifax : l’opération Lobelia fut prévue pour la nuit du 11 au 12 avril 1943. Masson fut parachuté peu après minuit.

Trois jours plus tard, il se réinstalla à Paris, rue Duret, dans l’appartement de son frère Gérard. Réactivant sa couverture à la Société Universelle de Films, il renoua ses contacts à Vichy avec Gervais, et avec Ceux de la Libération à Paris. Il recruta André Féret-Patin, Émile Corouge et François Aubry, auxquels furent confiées les transmissions radio et la direction du réseau Samson.

Paul Badré, qui organisait l’exfiltration aérienne du général Georges en lien avec le cabinet de Churchill, insista pour associer Masson à l’opération, qui se déroula le 20 mai 1943 dans les Cévennes. Après un rapide passage à Alger, il regagna Londres où il rencontra le colonel Passy et tâcha d’organiser la liaison radio de Samson avec l’Intelligence Service.

Le 12 juin, Masson s’envola pour Marrakech. Il fut promu capitaine et devint pilote dans le groupe de bombardement 2/52 (commandé par Badré), stationné à Oran puis à Médiouna. À Alger, Ronin perdit le contrôle des services spéciaux au profit des gaullistes.

Second parachutage en France

Le 6 juillet 1943, la Gestapo surprit Corouge en pleine transmission radio à Suresnes. Féret-Patin fut arrêté rue d'Assas la nuit suivante. Ils furent tous les deux interrogés dans les locaux de la rue des Saussaies et de l’avenue Foch, où ils subirent la torture par l'eau, avant d’être déportés en octobre 1943. Le 26 décembre, ce fut au tour d’André Duthilleul (Oscar) – hebergé par l’abbé Badré à Paris –, d’être pris dans une souricière de la Gestapo. Il tenta de s’évader devant l’église Saint-Ferdinand-des-Ternes et reçut une balle dans le dos. Hospitalisé à la Salpêtrière, Oscar fut ensuite incarcéré à Fresnes et fréquemment interrogé rue des Saussaies.

Masson se porta volontaire pour une deuxième mission en territoire occupé. Il s’envola pour Londres en janvier 1944, où il retrouva Jacques Ballet.

Le 9 février, il fut parachuté à Ménétréol-sur-Sauldre en Sologne. N’étant plus en sécurité rue Duret, il fut logé à Neuilly-sur-Seine par Jean Clerc. Au cours d’un rendez-vous dans un café de l’avenue de Friedland, René Gervais le chargea d’intégrer au réseau Samson cinq postes du SR Air (la Bretagne, la Normandie, Paris, Troyes et Laon). Recherché par la Gestapo, Gervais fut exfiltré avec quatre de ses agents dans la nuit du 6 au 7 mars.

Le réseau Samson, aidé financièrement par Alexandre de Saint-Phalle, se développa sous l'égide de François Aubry et de Jean Rousseau-Portalis (Billy). L'organisation dépassait les mille membres à la fin de l’occupation.

Mis sur la piste d'Oscar par l’abbé Badré, Masson partit avec ses hommes pour tenter de le libérer du camp de Royallieu, mais dut renoncer devant le nombre de gardes SS. Il fut exfiltré dans la nuit du 2 au 3 juin par la Royal Air Force, près de Compiègne, avec Billy et son frère Gérard Masson.

Libération

À Londres, il fut reçu par Dunderdale qui l’informa de l’imminence du D day. Le général Giraud et le général Ronin ayant été définitivement écartés par les gaullistes à Alger, le SR avait fusionné avec le BCRA pour former la DGSS, une nouvelle organisation placée sous l'autorité de Jacques Soustelle. Masson travailla au bureau londonien, en compagnie d'André Manuel et d'Henri Ziegler. Après le débarquement, les agents de son réseau furent intégrés aux Forces françaises combattantes. Il franchit la Manche le 2 septembre 1944.

Le 18 juin 1945, sur la place de la Concorde, Robert Masson, Jean Rousseau-Portalis et René Gervais reçurent du général de Gaulle la croix de Compagnon de la Libération.

Après-guerre

Il quitta l'armée en et devint un cadre de l’industrie aéronautique. Quand Sud-Aviation fut créé en 1957, il fut chargé de la vente des hélicoptères, puis de la direction commerciale de la Sferma (présidée par Paul Badré). Il fut aussi responsable de la SOCATA et des ventes d’avions légers à Sud-Aviation. En 1970, il devint directeur des Thermes de Bagnoles-de-l'Orne.

Ses souvenirs de guerre furent publiés en 1975.

Robert Masson est mort le 24 octobre 2010 à Versailles. Son corps est inhumé à Jullouville, dans la Manche.

Décorations

  • Commandeur de la Légion d'honneur
  • Compagnon de la Libération
  • Croix de guerre 1939-1945
  • Croix de guerre (Belgique)
  • Officier de l'ordre de la Couronne (Belgique)
  • King's Medal for Courage in the Cause of Freedom (Royaume-Uni)

Notes et références

Liens externes

  • Ordre de la Libération

Bibliographie: "mes missions au clair de lune" éditeur: la pensée moderne -1975

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Source : Article Robert MASSON de Wikipédia

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