Auteur : Julien Lacaze
LivresAnnée : 2025Editeur : SITES MONUMENTS SIT MONUMANDescription : Notre pays a connu beaucoup de turbulences, subi nombre de mauvaises décisions et s’en est toujours relevé, peu ou prou. Une crise, économique, politique ou démographique, a nécessairement une issue si l’on se place dans le temps long. L’important étant de ne pas compromettre l’avenir par des décisions touchant à l’essentiel, à ce qui fait la substance même d’un pays, celle qui rend heureux de vivre en France. Ce fonds commun, permettant de rebondir en retrouvant le chemin de l’optimisme, est aujourd’hui menacé.
Il s’agit de notre patrimoine au sens large : les paysages, la biodiversité, le bâti séculaire, les œuvres d’art, autant d’éléments communs à chaque Français, dont ils constituent, agrégés les uns aux autres, le cadre de vie. Plus fragile que notre héritage immatériel (la conservation d’un seul exemplaire d’une œuvre musicale ou littéraire lui permet de renaître), notre patrimoine matériel a subi de grands bouleversements laissant des cicatrices ineffaçables : les destructions des révolutions et des guerres, le remembrement, la bétonisation des Trente Glorieuses…
Ces ruptures nous privent du sentiment de continuité que provoque la vue d’un paysage préservé, d’une vieille bâtisse, d’un arbre vénérable ou d’un animal sauvage. Autant
de rencontres qui rassurent, donnent du sens et confiance en l’avenir. Cette chaîne ne doit sous aucun prétexte être rompue : un paysage doit rester naturel et un bâtiment ancien refléter son âge.
Il y a beaucoup d’objectifs louables dans l’administration d’un État : sauvegarder le pouvoir d’achat, l’emploi ou même, plus présomptueusement, la planète, mais chacun d’entre eux devrait respecter ce socle sans qui plus rien n’est possible ensemble (d’où la demande récurrente de faire entrer la protection du patrimoine dans notre constitution).
Cette substance élémentaire, nos responsables politiques sont devenus incapables de l’appréhender — malgré son importance économique croissante —, mobilisés par des enjeux souvent abstraits : le respect d’une procédure (le diagnostic de performance énergétique) ou d’une proportion « d’énergie renouvelable » imposée par un code, jusqu’à l’absurde.
S’il ne s’agit pas de remettre en cause le réchauffement climatique, les remèdes qui lui sont apportés sont discutables.