Le Moniteur #6364 : Notre série de l'été : Le Moniteur passe à tablerevueAnnée : 2025Auteur : Fabien RenouEditeur : ED LE MONITEUR MONITERDescription : Si certains en doutaient encore, la dramaturgie de François Bayrou ne laissait planer aucun doute : la France entre dans le dur. Jours fériés supprimés, minima sociaux gelés, médicaments déremboursés… Le train de mesures avancées par le Premier ministre pour économiser 43,8 Mds € dans le budget 2026 consiste à réduire une palanquée de dépenses. Excepté les armées, il ne devrait épargner personne, BTP compris.
Le premier choc pourrait venir des collectivités locales, appelées à participer à l'effort de redressement financier. Les 5,3 Mds € de manque à gagner se traduiront nécessairement par des renoncements dans les dépenses d'investissements, bien plus faciles à couper rapidement que celles consacrées au fonctionnement. La menace est d'autant plus prégnante que ce trou d'air exceptionnel s'ajoute à un autre, récurrent : l'année des élections municipales. Pris en tenaille, les futurs élus y regarderont à deux fois avant de lancer leurs projets.
Au trou d'air exceptionnel du budget 2026 s'ajoute un autre, récurrent : l'année des élections municipales.
Hélas, les difficultés ne s'arrêteront pas à la porte des mairies. L'Etat s'impose lui-même une cure d'austérité. On a beaucoup glosé sur le non-remplacement d'un fonctionnaire sur trois partant à la retraite. Jusqu'à 3 000 postes pourraient disparaître, ce qui ne représenterait que quelques centaines de millions d'euros économisés. Il ne faut pas non plus surévaluer les synergies que générerait la réorganisation des agences et opérateurs de l'Etat. Pour atteindre les objectifs, il faudra donc bien toucher à l'investissement. L'immobilier de l'Etat et ses infrastructures pâtiront forcément de cette cure d'amaigrissement. Sans compter les subventions qui seront encore plus contraintes.
Si, au bout du compte, ces pistes de réflexion finissent bel et bien par innerver la future loi de finances, l'année blanche s'annonce bien noire. L'austérité comprimera immanquablement le peu de croissance qui demeure. Il faudrait commencer à s'y préparer, en misant par exemple sur les projets privés. Après tout, les entreprises sortent relativement préservées de ces annonces. Or, tout cela peut encore changer. Le Premier ministre a mis ses idées sur la table. Une table qui, à tout instant, peut être renversée. Le Moniteur #6366 : Des plombiers parisiens sous leurs citronniers corsesrevueAnnée : 2025Auteur : Fabien RenouEditeur : ED LE MONITEUR MONITERDescription : Les promoteurs se cachent pour mourir. Depuis des mois, ils font le dos rond, mettent leurs projets à l'arrêt, réduisent leurs effectifs. Et, à bas bruit, des sociétés disparaissent. La mise en liquidation de Capelli, premier acteur d'envergure nationale à mordre la poussière, représente certes une secousse pour le secteur, mais elle ne constitue pas une surprise, encore moins un tournant. Juste la face émergée de l'iceberg.
Les architectes touchent eux aussi le fond en silence. Entre une crise du logement qui s'éternise et un cycle électoral qui touche à sa fin, beaucoup d'agences se préparent à hiberner quand d'autres ferment boutique, tout simplement. Les entreprises de bâtiment, elles, résistent diversement : le gros œuvre connaît un léger embellissement après des trimestres difficiles quand les travaux d'électricité ou d'isolation voient leur situation s'aggraver. A elle seule, la construction pèse pour un quart des défaillances d'entreprises françaises (1).
La bouée de sauvetage tant attendue ne viendra pas de l'Etat dans l'immédiat.
Quand le bâtiment ne va pas… rien ne se passe. Cette hécatombe silencieuse ne semble guère émouvoir les hautes sphères, trop empêtrées dans le marasme de la rigueur. Soyons clairs : dans l'immédiat, la bouée de sauvetage tant attendue ne viendra pas de l'Etat. Au contraire, ses atermoiements sur la rénovation énergétique mettent des entreprises en danger. Les lenteurs d'instruction des dossiers par l'Anah ont carrément précipité la chute de sociétés qui avaient fait le choix de se spécialiser dans cette activité promise à des lendemains qui chantent.
Les collectivités, elles, ont le pouvoir de réagir plus rapidement. Celles du bloc local pourront, une fois les nouveaux exécutifs en place, lancer leurs projets publics et autoriser les initiatives privées. Encore faut-il que la construction fasse, cette fois-ci, partie de leurs objectifs. Et que les efforts qui seront exigés d'eux leur laissent les coudées un peu franches. En italien, Capelli veut dire « cheveux ». Si le sursaut ne tarde pas, la coupe actuelle se limitera à quelques mèches. Et le bâtiment échappera à la coupe rase.
(1) Lire notre dossier « Défaillances d'entreprises : le BTP face à la crise » sur www.lemoniteur.fr/conjoncture/
Six ans et 339 numéros plus tard, la donne a radicalement changé. Les ardents défenseurs des PPP ont retrouvé l'oreille attentive des pouvoirs publics. La récente conférence Ambition France Transports leur a ainsi fourni une tribune de choix. Comment expliquer ce retour en grâce ? Le contexte budgétaire, évidemment. Ces montages contractuels, dans lesquels l'investissement est réalisé par un acteur privé, ne peuvent que séduire une puissance publique désargentée.
Mais gare aux effets de mode ! Has been hier, trendy aujourd'hui, les marchés de partenariat n'ont pourtant rien de l'accessoire, que l'on arbore avec fierté quelque temps avant de le remiser au placard… jusqu'à ce qu'il revienne au goût du jour. Ils peuvent convenir à certains projets, à certaines maîtrises d'ouvrage et dans certains contextes. Très complexes, ces outils nécessitent d'être manipulés avec précaution et de bénéficier d'une rédaction particulièrement soignée.
Là se situe peut-être l'unique bonne raison de les ressortir des cartons. Plus qu'à l'air du temps dont il faut se méfier, c'est à la maturité des acteurs qu'il convient de faire confiance. Grâce aux réussites comme aux déconvenues d'hier, les acteurs publics et privés ont accumulé de l'expérience leur permettant de mieux jauger de l'opportunité d'y recourir mais aussi de mieux ficeler leur relation. C'est ce que l'on peut espérer en six ans et 339 numéros. Le Moniteur #6367 : Le pont Anne-de-Bretagne, bientôt le plus large d'EuroperevueAnnée : 2025Auteur : Fabien RenouEditeur : ED LE MONITEUR MONITERDescription : C'est le « backlash » que l'on n'attendait pas. Dans son accord tarifaire avec l'administration trumpienne, l'Union européenne s'engage à acheter pour 250 milliards de dollars par an d'énergies fossiles américaines sur trois ans. Soit trois fois plus qu'aujourd'hui. Même si elle paraît intenable, cette promesse marque un étonnant retour en arrière de la part d'Ursula von der Leyen qui, il y a quelques années, s'était fièrement battue pour faire passer son Green Deal, visant à réduire les émissions carbone du Vieux Continent.
En France aussi, on se prépare à des demi-tours douloureux. Rompant avec un relatif consensus que seule l'extrême droite refusait jusqu'ici, Bruno Retailleau et des cadres des Républicains ont décidé de sonner la charge contre le solaire et l'éolien. A rebours de la politique énergétique menée depuis des années, ils souhaitent « stopper le financement des renouvelables ». Si la critique des parcs éoliens n'est pas nouvelle, celle du photovoltaïque paraît, elle, sortir tout droit du cerveau tortueux d'un spin doctor.
Renoncer à une politique publique volontariste sur les EnR, c'est ralentir le déploiement de nos capacités électriques
Seule la volonté de faire un « coup » électoral peut en effet expliquer cette position, car sur le plan énergétique, la chose est entendue : le nucléaire, malgré le programme de construction des EPR2, ne suffira pas à répondre à la demande électrique exponentielle des décennies à venir. Renoncer à une politique publique volontariste sur les EnR, c'est inévitablement ralentir le déploiement de nos capacités électriques et donc laisser la part belle aux énergies fossiles, qu'elles viennent d'Amérique ou d'ailleurs. Pour la décarbonation comme pour la souveraineté, on repassera.
Le BTP aurait bien tort de se tenir à l'écart de ce débat décisif. Les acteurs de la construction, dans leur diversité, forment un maillon essentiel de la dé-carbonation du mix énergétique. L'érection de centrales nucléaires mobilise les capacités techniques exceptionnelles des grands groupes tricolores. Le déploiement des EnR, sur le bâti comme sur les infrastructures, fait quant à lui appel à une myriade d'acteurs qui, depuis des années maintenant et sur tout le territoire, monte en compétences pour relever ce défi. Ne laissons pas la trivialité des ambitions personnelles revenir sur ces acquis. Le Moniteur #6368 : A Saint-Vincent-de-Paul, la maternité faite écolerevueAnnée : 2025Auteur : Sophie d' AuzonEditeur : ED LE MONITEUR MONITERDescription : Une maille à l'an vert
Dans le domaine environnemental, l'époque est au détricotage législatif et réglementaire. Mais si la loi Climat et résilience, promulguée il y a quatre ans tout pile, fait partie de celles qui subissent les plus nombreux accrocs, son article 35 visant à renforcer drastiquement la commande publique durable n'est lui, pas remis en cause. Dans un an jour pour jour, les acheteurs publics devront, dans chacun de leurs marchés, façonner au moins un critère prenant en compte les caractéristiques vertes des offres pour départager les entreprises candidates.
L'objectif que s'est fixé la France en matière de commande publique durable est « particulièrement ambitieux », estime l'OCDE.
La mission est coton. L'objectif que s'est fixé la France est même « particulièrement ambitieux », estime l'OCDE, qui a rendu tout récemment un rapport sur le sujet. Selon l'organisation intergouvernementale, l'intégration de considérations environnementales dans les marchés de l'Etat devrait atteindre 83 % seulement en 2025, alors que le Plan national pour des achats durables visait les 100 % dès cette année. L'approche « maximaliste » choisie par l'Hexagone ainsi que la profusion des normes, obligeant à faire de la dentelle, ralentiraient les progrès.
Pourtant, les clés du succès sont connues : professionnalisation des acheteurs, sensibilisation des services prescripteurs et des élus, mise à disposition d'outils d'analyse du cycle de vie. Pourtant, l'intérêt de la démarche est largement partagé : transition environnementale de la commande publique (cette dernière représentant 8 % du PIB français !), relocalisation de l'achat et donc accroissement de la souveraineté… Pourtant, les bonnes volontés sont là, et la créativité des acheteurs, familiers du do-it-yourself, indéniable. Mais dans un contexte de crise des finances publiques et d'année électorale pour les municipalités, il ne faudra pas perdre le fil. Le Moniteur #6369 : La terre des grands crus fait aussi de beaux chaisrevueAnnée : 2025Auteur : Jérémy BellangerEditeur : ED LE MONITEUR MONITERDescription : Au lendemain du deuxième épisode estival de canicule, la France commence à mesurer toutes les conséquences de douze jours cumulés de surchauffe. Déjà considérable, l'impact sur nos écosystèmes ne suffit pas à résumer l'ampleur du désastre. Si la nature a beaucoup souffert, nos corps aussi et avec eux l'économie. Dans une note publiée début juillet, le spécialiste de l'assurance-crédit, Allianz Trade, évaluait à 0,3 point de PIB le manque à gagner induit par une vague de chaleur dans le pays.
Or, lorsque le thermomètre s'emballe, le BTP fait partie des secteurs les plus exposés à une érosion de la productivité. Sur un chantier, pas de climatisation, les principales solutions à disposition consistent à assurer l'hydratation des compagnons, à adapter leurs horaires et, en dernier recours, à interrompre les travaux.
Dans l'Hexagone, rien ni personne n'aura complètement échappé aux effets directs ou indirects de la canicule.
Dans ces conditions, bien difficile pour une entreprise de construction de conserver un niveau d'activité normal. De même, la performance des gestionnaires d'infrastructures n'est pas davantage épargnée par les effets du phénomène climatique. En témoignent les difficultés rencontrées sur le réseau ferré où la température des rails a pu franchir la barre des 55 °C, poussant à ralentir les circulations. Mais aussi sur le réseau énergétique, où il a fallu réduire ou stopper la production de centrales nucléaires et moduler la puissance électrique des câbles à haute tension pour les préserver.
Dans l'Hexagone, rien ni personne n'aura complètement échappé aux effets directs ou indirects de la canicule. Partout, elle a causé une dégradation de notre organisation humaine et technique, génératrice de pertes économiques immenses pour notre société. Un constat, un de plus, qui met simultanément en lumière le coût de l'inaction et le retour sur investissement potentiel qu'offrirait une politique d'adaptation des territoires vraiment ambitieuse.