AMC #333 : Intérieurs 2025revueAnnée : 2025Auteur : Laure CarsaladeEditeur : ED LE MONITEUR MONITERDescription : En ces temps de dissonance, où les vents tournent sans crier gare, au gré des revirements politiques, des injonctions contradictoires, obéissant aux pulsations de monnaies de moins en moins sonnantes et trébuchantes, un point d'ancrage devient vital. Il ne se trouve pas à la Biennale de Venise, où cette année, sous le commissariat de Carlo Ratti, l'architecte est appelé à devenir un data designer à la rescousse du climat (p. 8). Pour ceux qui le peuvent, la maison se révèle l'habitacle idéal pour reprendre racine, dans un dialogue évident avec le paysage immédiat. Ce dernier refuge pour garder un esprit sain est le terreau fertile du silence, clé de compréhension de la grande partition qui se joue. La beauté d'une ruine que l'on fait renaître à son image, avec des vues qui cadrent l'horizon et les oiseaux qui chantent (p. 44). Le coin de verdure sur lequel on pose avec délicatesse un nid, brutaliste, ouvert, fondu dans les arbres (p.40). Les changements irrationnels de la sphère dominante poussent l'homme vers son désir profond de simplicité. Des concepteurs ont ainsi fait le choix, radical, de prendre la clé des champs, de se tenir à distance de la surproduction sauvage, de mener une vie moderato. Ils implantent leur atelier à la campagne, promouvant un écosystème de valeurs et mesurant l'impact de leurs actions (p. 18). La polyphonie bruyante du monde se retrouve dans les commerces, où l'expérience repose sur une autre radicalité. A Tokyo, le visiteur d'un showroom est immergé dans un laboratoire aseptisé pour laisser place à l'olfactif (p. 100); à Mumbai, dans un délirant espace aux ondes vibratoires circulaires (p. 90). Le mobilier est étudié avec soin, roulant, coulissant, à ouvroirs, pour suivre des chorégraphies variées. Allegro, le Salon de Milan demeure le vivier de futures archives, où le détail fait la différence plutôt qu'une folle extravagance (p. 110). Sur tous les continents, les cafés refleurissent. S'y déroulent des rituels propres à chaque aménagement, à ciel ouvert ou pris dans des jeux de miroirs labyrinthiques (p.26). Chacun organise sa résistance, projette un quotidien où il bat sa propre mesure, se prend à rêver d'un ailleurs. Quelle arme plus pacifiste pour s'accommoder de l'instable ? Depuis le début, recommencer. Da capo. Oui, autrement.