Le Moniteur #6329 : Equerre d'argent 2024 - Au mont Salève, une machine à remonter le tempsrevueAnnée : 2024Auteur : Fabien RenouEditeur : ED LE MONITEUR MONITERDescription : Le règlement de l'Equerre d'argent est formel : muet sur la nationalité des architectes, il exige à l'inverse que les réalisations en lice se situent sur le territoire français. Du haut de son éperon rocheux surplombant le lac Léman, à une encablure du canton de Genève, la gare du téléphérique du Salève, lauréate 2024 du prix organisé par « Le Moniteur » et « AMC », se trouve bien dans l'Hexagone. Aux confins de la Haute-Savoie, elle n'a pas volé son titre mais flirte avec des limites. En creusant un peu, la Suisse n'est jamais loin.
Les lauréats de l'Equerre d'argent ont habilement tiré profit de la position frontalière.
Les acteurs de ce projet patrimonial, à commencer par le syndicat à la fois intercommunal et binational qui en est à l'origine, ont d'ailleurs habilement tiré profit de cette position frontalière. De droit français, cette maîtrise d'ouvrage n'en excelle pas moins dans l'art de la négociation et la quête de consensus. Son ambition, à la fois architecturale, paysagère et territoriale, jongle avec les contraintes et réussit le grand écart entre les exigences de là-bas et les moyens d'ici. En 2018, le concours de maîtrise d'œuvre avait vu défiler la fine fleur de la conception des deux pays. La justesse du projet de l'agence parisienne DDA avait - déjà -convaincu le jury.
Dotés d'une habileté rare à sublimer l'existant, Claudia et David Devaux font des merveilles lorsqu'ils interviennent sur les bâtiments d'illustres prédécesseurs : Le Corbusier, Mallet-Stevens, Théo van Doesburg… Au Salève, l'infrastructure est signée Maurice Braillard (1879-1965), grand architecte et urbaniste genevois. Un beau Romand, donc, mais surtout une belle histoire. Car le chantier fut interrompu en 1932, laissant l'ouvrage incomplet. Le duo ne s'est donc pas contenté d'une restauration, même minutieuse, même respectueuse : il a parachevé l'œuvre du génie suisse, tout en lui faisant faire un bond d'un siècle, le propulsant d'une modernité à l'autre.
Le règlement de l'Equerre d'argent est limpide : le prix récompense architectes et maîtres d'ouvrage. Surtout, il distingue une réalisation. Celle du Salève tient de l'exceptionnel. Par la délicatesse des interventions, évidemment, mais aussi par la radicalité des choix, qui vont de l'organisation des espaces à l'intégration au site. Une architecture de partis pris, tout sauf neutre. Le Moniteur #6331 : Top 1000 - Les nouveaux as du BTP enfin dévoilésrevueAnnée : 2024Auteur : Fabien RenouEditeur : ED LE MONITEUR MONITERDescription : Gloria ! Avec leur cortège de têtes couronnées, de présidents - parfois pas encore en poste - et d'artistes de renom, les célébrations en l'honneur de la réouverture de Notre-Dame ont fourni une nouvelle occasion de faire rayonner le volontarisme français sur la scène internationale. Après le succès des JO de Paris, cette reconstruction au pas de charge fournit à nouveau une démonstration éclatante de la capacité tricolore à se retrousser les manches pour mener avec succès de grands projets fédérateurs.
Requiem. Fierté méritée ou prétention déplacée ? Car, dans le même temps, l'enterrement précipité du gouvernement Barnier offrait un tout autre spectacle. L'Etat français, si prompt à plastronner sur ses capacités d'action et de mobilisation, se trouve à nouveau décapité. Nouvel épisode du feuilleton tragicomique interprété par le monde politique depuis le printemps, cette censure ne fait pas rire grand monde, surtout pas les acteurs de la construction.
Avec un mauvais budget, on investit moins. Sans budget, on n'investit pas.
In limbo. Disparu en même temps que son auteur, le projet de loi de finances pour 2025 n'avait certes rien d'enthousiasmant. Sa chute dans les limbes inquiète pourtant. D'abord, parce que, à force de persuasion, les acteurs du bâtiment et de l'immobilier avaient réussi à arracher quelques précieuses avancées (élargissement du PTZ, plafonnement de la RLS…). Ensuite, parce que même si les efforts demandés à l'Etat et aux collectivités risquaient d'entraver la commande publique, l'absence de tout cadre budgétaire stable se révèle encore plus paralysante. Avec un mauvais budget, on investit moins. Sans budget, on n'investit pas.
Nostradamus. Prédire la suite des événements relève de la prophétie de boule de cristal, tant les inconnues sont nombreuses et les stratégies opaques. Il n'est en revanche pas interdit d'espérer qu'un sursaut permette aux parlementaires de s'accorder sur quelques textes consensuels, afin de ne pas laisser s'embourber davantage la machinerie législative. Si d'aventure cette bonne volonté était partagée, le dossier du logement pourrait peut-être bénéficier des attentions bienveillantes d'une telle union sacrée. Même si le pire n'est jamais sûr, il faut continuer de croire aux miracles. Le Moniteur #6354 : Jeu de plateformes à la Fondation CartierrevueAnnée : 2025Auteur : Fabien RenouEditeur : ED LE MONITEUR MONITERDescription : Nous avions suivi la loi d'orientation des mobilités. Puis les travaux du Conseil d'orientation des infrastructures. Puis les arbitrages gouvernementaux. Désormais, nous plongeons dans « Ambition France Transports », la grande conférence sur le financement des mobilités prévue pour durer jusqu'à l'été. La politique des transports, qui a tant besoin du temps long, souffre elle aussi d'un stop-and-go permanent.
Cette fois-ci, la méthode s'est révélée quelque peu nébuleuse : jusqu'au dernier moment, les parties prenantes ignoraient à peu près tout des modalités de ce débat, pourtant annoncé de longue date.
Comment éviter que les choix de 2025 ne soient à leur tour questionnés dans un an ou deux ?
L'objectif, en revanche, ne souffre d'aucune ambiguïté : trouver l'argent nécessaire à la construction, à l'entretien et à la modernisation des infrastructures de mobilités. Avec deux épineux dossiers en haut de la pile : la création des services express régionaux métropolitains (Serm), appelés à doper l'offre de transports dans les grandes villes, et la future génération de concessions autoroutières, à compter de 2031.
Dans le contexte actuel, s'accorder pour dépenser des centaines de milliards d'euros est une gageure. L'Etat se trouve en pleine cure d'amaigrissement et fait pression sur les collectivités pour qu'elles réduisent leurs dépenses. Des sommes consenties découleront donc nos prétentions pour demain, et non l'inverse. Cette « Ambition France Transports » peut donc, malgré son nom, accoucher d'une souris. Ou alors d'un mouton à cinq pattes, si l'on veut croire au miracle. Dans tous les cas, comment éviter que les choix de 2025 ne soient à leur tour questionnés dans un an ou deux ?
Comme tout investissement de long terme, les infrastructures nécessitent des sources de financement sécurisées, capables de résister au retournement de conjoncture comme aux changements de majorité. C'est ce qui a permis de maintenir l'ambition du Grand Paris Express. Le versement transports peut ainsi aider à mettre sur pied les Serm tout comme les péages autoroutiers doivent assurer la pérennité du réseau. L'objectif étant que l'Etat n'y trouve pas matière à combler ses propres déficits.