AMC #323 : BQ+A - A-MAS/FBAA - COMBAS - ATELIER DE L'OURCQ
revue
Année : 2024
Auteur : Olivier Namias
Editeur : ED LE MONITEUR MONITER
Description : Notre-Dame-des-tunnels Une capitale pour l'homme et pour le monde, la renaissance de mille et un bonheurs parisiens, la Seine comme avenue reliant la place de la Concorde au Havre… voilà quelques-uns des scénarios imaginés pour le Grand Paris en 2007. Une décennie plus tard, ces futurs évanouis sont remplacés par un supermétro qui servira huit millions de voyageurs. Evanouis avec eux, les débats byzantins sur le périmètre et la gouvernance de la métropole. La « mobilité » est au cœur du projet. Pour la modique somme de 36 à 42 Mds €, cinq lignes seront construites. Avec l'extension des lignes existantes, la métropole se dotera de nouvelles centralités… qui renforceront celles existantes, comme la ligne E, faisant de Chelles et Mantes-la-Jolie un faubourg de La Défense. Des experts parmi les plus avertis doutent de la prophétie autoréalisatrice qui voudrait que l'ouverture d'une gare provoque une polarité apte à limiter l'étalement urbain. Ces stations pourraient même l'augmenter dans leur périmètre, objectent-ils, le prix du foncier, la qualité des biens proposés, les services… restant pour les habitants aussi déterminants que l'accès. Sur cette question se joue une partie de l'avenir de plus de 300 nouveaux quartiers en développement. L'autre partie tient à leur forme, qui reste insaisissable. Reflet d'une époque, ces projets urbains partagent sans doute les mêmes objectifs de durabilité et de conscience environnementale qu'ils ne manqueront pas de revendiquer ; ils s'incarneront dans du néohaussmannien, du néorural et, peut-être, du néomoderne. Ils ont pour horizon commun la seule aubaine foncière. Où sont les projets suscitant le débat, tel Euralille en son temps, quoi que l'on pense de ce quartier ? Où est la pensée urbaine au-delà du fonctionnalisme ou de la grimace ? Reflet d'une époque où la gestion de projet et ses opérateurs l'emportent sur tout ? Signe de l'impossibilité d'une nouvelle utopie architecturale ? Aux architectes restent les gares, cathédrales du Grand Paris, et éventuellement des places publiques - ont-ils demandé plus ? Au XIXe siècle, l'opposition des fouriéristes aux saint-simoniens pouvait se résumer à une utopie des lieux - les phalanstères -contre une utopie des flux - les lignes de chemins de fer. Les flux l'emportent toujours, la boucle du supermétro constituant finalement le véritable monument de la mégapole, une Notre-Dame-des-Tunnels qui peine à nous transporter vers un avenir urbain radieux.

Le Moniteur #6351 : A Albi, coup de jeune pour le Pont-Vieux
revue
Année : 2025
Auteur : Fabien Renou
Editeur : ED LE MONITEUR MONITER
Description : Pour l'instant, on est loin d'un départ en trombe. Après le renoncement de Martin Fourcade, suivi de la nomination d'Edgar Grospiron à la tête du Comité d'organisation des JOP (Cojop) d'hiver de 2030, la désignation de son directeur général a tourné à la mauvaise blague : plusieurs fois reportée, elle est finalement intervenue le 17 avril. Bref, ça patine, mais cela n'a rien d'artistique. La Solidéo Alpes 2030, elle, semble mieux partie. Elle a même lancé son premier projet, le village olympique de Briançon (Hautes-Alpes). Mais puisque rien ne semble pouvoir se faire simplement, son fonctionnement repose sur une présidence tournante, entre le président de la région Paca et celui d'Auvergne-Rhône-Alpes. Or c'est bien dans cette bicéphalie qu'il faut chercher les raisons du retard à l'allumage du Cojop. Placer les collectivités territoriales au centre du jeu relève pourtant du bon sens. Les sites de compétition -dont la liste fait encore l'objet de tractations entre élus - et les quatre villages olympiques se répartissent sur quatre départements et deux régions. Les Alpes françaises, qui accueilleront ces jeux d'hiver, ont en effet la bonne idée de se jouer des frontières administratives. Elles exigent donc de la coopération entre édiles locaux jaloux de leurs prérogatives, là où Paris 2024 bénéficiait à plein de la verticalité du centralisme français. Placer les collectivités territoriales au centre du jeu relève du bon sens. Soyons honnêtes : l'Etat n'est pas exempt de carence. On s'en souvient, les législatives surprises de l'an dernier avaient temporairement empêché le gouvernement d'apporter son indispensable caution financière à l'événement. Pourtant, le temps presse. Il faut avancer sur les équipements sportifs, moderniser l'offre immobilière et remettre à niveau les infrastructures permettant l'accès à des sites souvent haut perchés. Ces investissements, bien partis pour dépasser les 2 milliards d'euros, exigent que tout le monde mette de l'huile dans les rouages, plutôt que de patauger dans la fondue savoyarde. Alors qu'un département - la Charente - peine à se doter d'un budget en raison de bisbilles locales, les collectivités doivent absolument faire preuve de maturité si elles veulent assumer la gestion des projets structurants pour leurs territoires. Dans les Alpes, elles ont le choix entre la reconnaissance mondiale et la réprobation nationale.