Le Moniteur #6281 : Les destins liés de la biodiversité et du BTP
revue
Année : 2024
Auteur : Jérémy Bellanger
Editeur : ED LE MONITEUR MONITER
Description : Le nucléaire français est de retour sur le devant de la scène. Pas à pas, le plan annoncé par Emmanuel Macron en 2022 à Belfort prend corps avec pour finalité d'accompagner l'augmentation des consommations électriques qu'induira la décarbonation des usages. Après plus d'une décennie sous l'éteignoir, la filière nucléaire se réorganise en vue de bâtir de nouveaux réacteurs sur le sol hexagonal. Cette année, la mise en service de l'EPR de Flamanville ne manquera pas d'attirer les regards, mais ne constituera qu'un écho du passé. Celui de décisions prises avant l'accident de Fukushima en 2011 et l'arrêt des programmes sous la présidence de François Hollande (2012-2017). Avec le nouveau programme nucléaire, le vivier d'activités s'annonce énorme pour les groupes de BTP et d'ingénierie C'est en réalité l'attribution récente à Eiffage d'un contrat gigantesque de génie civil sur le site de Penly qui concrétise la nouvelle stratégie nucléaire française. Outre la construction de ces deux EPR 2 en Seine-Maritime, il est d'ores et déjà prévu d'en réaliser deux autres paires sur les sites de Gravelines et du Bugey. Sachant qu'une seconde vague de projets est déjà dans les tuyaux, le vivier d'activités s'annonce énorme pour les groupes de BTP et d'ingénierie. Une opportunité à la hauteur du défi qui leur est proposé : aider EDF à renouer avec une production en série. Pour ce faire, il leur faudra retrouver un niveau de performance comparable à celui qui a permis, dans la seconde moitié du XXe siècle, de donner naissance aux 56 réacteurs actuellement en service. Tout devra donc être mis en œuvre afin d'éviter retards et surcoûts. Dans cette optique, la maquette numérique sera un allié dont ne disposaient pas les générations précédentes pour industrialiser la conception comme la réalisation de ces ouvrages. L'outil permettra de mieux prévenir les aléas de chantier, d'agir plutôt que de réagir, mais il ne résoudra pas le problème des ressources humaines qu'il faudra mobiliser en nombre et en qualité. Un casse-tête en perspective pour les entreprises. Une aubaine pour l'emploi dans la construction.

Le Moniteur #6293 : La décarbonation, moteur de la croissance de Spie
revue
Année : 2024
Auteur : Fabien Renou
Editeur : ED LE MONITEUR MONITER
Description : Gaz russe, centrales à charbon et maintenant récession. Les Allemands paient cher leurs choix énergétiques passés. Ils se trouvent au-jourd'hui contraints de remettre à plat leur modèle et leurs réseaux, ce qui profite à des acteurs comme Spie (lire p. 12) . De ce côté-ci du Rhin, l'ambiance est tout autre : les mésaventures germaniques contribuent à conforter l'idylle retrouvée de la France et de l'atome. Décarbonée et pilotable, l'électricité nucléaire se voit élevée au rang de maillon essentiel de la transition énergétique. Elle se retrouve, par un facétieux retournement de l'histoire, ripolinée de vert. Avec trois paires d'EPR 2, et bien davantage dans les cartons, l'Hexagone mise très gros sur l'atome. Jancovici a gagné la bataille des idées. Reste à remporter celle du chantier (lire p. 18) . Les dernières expériences ont, il est vrai, de quoi rendre sourcilleux. A Olkiluoto (Finlande), Hinkley Point (Royaume-Uni) ou Flamanville, dans la Manche, les projets d'EPR ont tous accumulé leurs lots de retards et de surcoûts. Or, avec trois paires de réacteurs de deuxième génération annoncées - et bien davantage dans les cartons -, l'Hexagone mise très gros sur l'atome. Cette stratégie, si on en croit ses auteurs, n'a cependant rien d'un coup de poker. Il s'agit au contraire d'un plan parfaitement rationnel : finis les prototypes boiteux, place à la production en série. Les volumes offrent la standardisation qui, seule, peut garantir la qualité et les délais. En massifiant, la France entend donc maximiser ses chances de succès, même si, ce faisant, elle met beaucoup d'œufs dans un même panier. Restons humbles : comme nos cousins d'outre-Rhin avant nous, nous faisons un pari. Quelle qu'en soit l'issue, les entreprises de travaux et d'ingénierie susceptibles de se positionner sur ces marchés d'expertise se préparent à des années prometteuses, pour ne pas dire des décennies dorées. Toutes espèrent participer à cette aventure collective. Alors que les grands projets nationaux se font rares, construire les EPR 2 s'apparente à une épopée qui marquera à coup sûr une génération de bâtisseurs.

La revue Urbanisme #442 : Planifier versus réglementer
revue
Année : 2025
Auteur : Julien Meyrignac
Editeur : SARL PUBLICATIONS D ARCHITECTURE ET D URBANISME PUBLIKASION ARCHITEKTUR URBANISM
Description : On a coutume de dire que la vie est dure¹ Former des aspirations est un des traits saillants de la condition humaine : nous avons besoin de nous projeter et d’anticiper, parce que cela donne du sens à notre action quotidienne, et qu’en nous projetant, nous nous resituons dans notre contexte, dans le collectif et dans le temps. Les débats politiques et les projets d’aménagement, nationaux, régionaux ou locaux, sont depuis toujours structurés par la prospective. Dans la deuxième partie du XXe siècle, elle traçait les trajectoires « positives » de la modernité triomphante : plus de développement, plus de population, plus d’économie, d’infrastructures… Mais, depuis une vingtaine d’années, la prise de conscience des limites planétaires, du changement climatique et du recul de la biodiversité, entre autres conséquences délétères de l’activité humaine, dessine des perspectives différentes, moins déraisonnablement prospères. Chacun a pu constater à quel point il est plus difficile de faire adhérer n’importe quel public à un horizon de sobriété sinon de frugalité qu’à un horizon de prospérité. Car si le plus grand nombre comprend le « dessein », bien moins nombreux sont ceux qui acceptent de corriger ou d’indexer leurs comportements et aspirations afin de contribuer à sa réalisation. Ce paradoxe est noué par les fils malins du doute, alimenté par des constats – eux – indubitables : si les prévisions de développement d’un avenir positif se sont toujours révélées incorrectes – telles les projections démographiques des Sdau² –, pourquoi ne pourrait-il pas en être de même pour des perspectives beaucoup moins réjouissantes ? Pour autant, s’il semble difficile et même vain de partager une vision du futur, il n’en demeure pas moins nécessaire pour les décideurs d’engager les territoires et la société dans les bonnes directions. C’est ainsi que nous – législateurs, élus, professionnels – avons renoncé à planifier, au sens de prévoir, et programmer, pour réglementer. Les documents d’urbanisme réglementaire en sont l’illustration la plus frappante : plutôt que de conduire des débats difficiles sur les fins – quel projet local ? Pour satisfaire quels besoins ? Justifiant quels arbitrages ? etc., – avec les personnes publiques associées et avec la population, les procédures se sont rabattues sur la mise en œuvre des moyens, c’est-à-dire les règles. Illustration avec l’artificialisation des sols : un projet politique ? Non, un tableau des consommations foncières et des droits. Et peu importe que ce qui reste de la « vision » politique soit totalement déconnecté des règles édictées, comme ces orientations de projets d’aménagement et de développement durables (PADD) de territoires économiquement atones qui continuent d’appeler incantatoirement au développement, alors que zonages et règlement le limitent en bonne logique. L’absence de projection et d’anticipation, issue du double constat implicite que les temps qui viennent s’annoncent difficiles et que nous ne parviendrons pas à nous entendre sur les dispositions à adopter, ne contient-elle pas les germes de terribles conséquences démocratiques ? En privant l’action publique de son sens, les élus, fonctionnaires et leurs conseils de tout ordre ne contribuent-ils pas au dangereux rejet des normes et des règles qui alimentent les populismes ? N’est-ce pas quand le futur, par nature incertain, s’annonce morose que la vision se révèle nécessaire pour maintenir la cohésion et le pacte républicain ? Battons-nous pour le futur. 1/« Moi je m’bats pour le futur, quelle aventure » (Ménélik, 1995). 2/Schémas directeurs d’aménagement et d’urbanisme.

Le Moniteur #6349 : A Roscoff, un chantier mené au rythme des marées
revue
Année : 2025
Auteur : Fabien Renou
Editeur : ED LE MONITEUR MONITER
Description : Cette fois, ce n'est pas un oubli, encore moins du mépris. Le BTP n'avait rien à faire à l'Elysée, jeudi 3 avril. Quelques heures à peine après l'annonce du relèvement massif et généralisé des droits de douane étasuniens, le président de la République avait convié les responsables des filières hexagonales les plus impactées. On y trouvait, un peu sonnés, des représentants des industries du luxe et de l'automobile, de la filière des vins et spiritueux, mais personne du BTP. Tant mieux. Ni le béton ni le bitume ne traversent la France. Alors, l'Atlantique… La construction constitue par essence une activité locale, dont les acteurs ne se trouvent pas brutalement déstabilisés par les soubresauts du commerce international. Le BTP était prospère avant la mondialisation, il survivra à une éventuelle contraction des échanges mondiaux. Une relative protection face aux chocs géopolitiques qu'il ne faut toutefois pas confondre avec un totem d'immunité. Souvenons-nous du déclenchement de la guerre en Ukraine… Prospère avant la mondialisation, le BTP survivra à une éventuelle contraction des échanges mondiaux. La décision de la Maison Blanche aura certes un impact négatif sur la croissance mondiale, mais l'on peine encore à en percevoir les conséquences concrètes. L'érection de multiples barrières douanières conduira-t-elle à un retour de l'inflation, ou bien la fermeture du marché américain engendrera-t-elle une guerre des prix généralisée ? La réorientation des routes commerciales aura-t-elle un impact sur le coût des matières premières, voire sur leur disponibilité ? Nul ne le sait. Seule certitude : si l'économie flanche, elle entraînera la construction dans sa chute. Ne l'oublions pas : les secteurs ciblés par Donald Trump sont, ici, des commanditaires importants pour les architectes, les entreprises et les bureaux d'études. Connues dans le monde entier, les maisons françaises du luxe se muent, aux quatre coins de l'Hexagone, en maîtres d'ouvrage ambitieux et exigeants. Renommés outre-Atlantique, les domaines viticoles aiment à se doter de chais à la pointe de la technique et de l'élégance. Bien insérée dans les échanges mondiaux, l'industrie européenne se décarbone à marche forcée, ce qui implique de gros investissements et autant de maintenance. Tout compte fait, une partie du BTP était bien à l'Elysée.