D'architectures #313 : La scène architecturale slovaquerevueAnnée : 2023Auteur : Emmanuel CailleEditeur : SOCIETE D EDITIONS ARCHITECTURALES SEA SOSIET EDISION ARCHITEKTURALDescription : Et si la crise du logement était une bonne nouvelle ?
Pour les 13 % de mal-logés en France, ce n’est certes pas une bonne nouvelle, mais doit-on vraiment plaindre un secteur de l’immobilier privé qui, ces dernières années, a fait des milliards de bénéfices en produisant un habitat généralement médiocre et sans pour autant produire assez de logements ? Doit-on regretter que l’on ne puisse plus détruire assez de terres arables pour étaler un pavillonnaire qui tue les villages et détruit les paysages ? Doit-on se réjouir que – comme en 2008 – on demande aux bailleurs sociaux, qui font plutôt bien leur travail, de racheter les invendus du secteur privé ? En clair de les obliger à acquérir des « produits » qui n’ont pas les standards de qualité qu’ils auraient exigés de leurs architectes. Vite ! Il faudrait que l’État injecte des financements alors que s’amplifie la mauvaise fluidité des parcours résidentiels, que 30 % des ménages voudraient déménager pour des logements plus petits ? Que près de 9 millions de logements peu occupés comportent au moins trois pièces de plus que de personnes, quand 1,5 million de logements sur-occupés comportent moins de pièces que d’habitants* ? Et puis ne faut-il pas prendre au mot le président de la République qui a déploré qu’avec les niches fiscales, on ait « créé un paradis pour les investisseurs immobiliers » ? Gageons qu’il doit se réjouir que l’ONG Oxfam, dans son rapport du 4 décembre 2023**, dénonce le désengagement de l’État qui depuis des décennies a bénéficié au secteur privé et aux investisseurs financiers, générant un système qui « transforme le logement en un produit financier, et aboutit à une gestion avant tout “financière” du logement ». Un secteur qui, rappelons-le, sans qu’aucune responsabilité lui ait été conférée, décide souvent seul, et suivant ses objectifs de profits, du monde que nous habitons.
L’approche quantitative et financière du logement est un échec patent et un facteur d’inégalités. La crise actuelle devrait nous pousser à remettre en cause ce modèle délétère. Elle relève évidemment de causes multiples : hausses des taux d’intérêt, refus massifs des maires de construire sur leur commune, augmentation du prix des matériaux, profits inutiles et indécents des promoteurs immobiliers, marges confortables des entreprises du BTP, mauvaise fluidité des parcours résidentiels, ratés de l’aménagement du territoire… Espérons alors que si l’État intervient financièrement, ce soit d’abord en réinvestissant chez les bailleurs sociaux et qu’ensuite il se saisisse de cette opportunité pour transformer et assainir ce modèle obsolète. Un système où l’intérêt public retrouvera son rôle, ou construire des nouveaux logements pourra se réduire à autre chose que des « macrolots », en transformant par exemple les bureaux en logements, en facilitant toutes les initiatives individuelles pour densifier le parc pavillonnaire (comme le promeut le collectif iudo), en encourageant la mobilité résidentielle, en stimulant l’adaptabilité du bâti… bref, un monde où les architectes devront eux aussi s’adapter pour rester indispensables. AMC #326 : DELMAS - HARARI - AVENIER CORNEJO - ARBArevueAnnée : 2024Auteur : Olivier NamiasEditeur : ED LE MONITEUR MONITERDescription : Parmi les pistes de développement urbain, celle de la ville productive séduit, feuille de route imparable pour une société idéale. Reste la question de fond : que produisons-nous ? Dans la "Société de consommation", Jean Baudrillard propose une réponse grinçante. AMC #328 : 2024, architecture en FrancerevueAnnée : 2025Auteur : Olivier NamiasEditeur : ED LE MONITEUR MONITERDescription : L'air de rien
Un prix d'architecture peut-il aujourd'hui récompenser autre chose qu'un bâtiment durable, inclusif, résilient et décarboné ? Les 25 réalisations nommées à l'Equerre d'argent possèdent évidemment ces vertus, et bien d'autres encore, dont la première est de rendre le monde habitable. Elles avancent sur la voie étroite tracée entre l'action et la discrétion. « Avoir l'air de rien, faire mine de rien » semble le mot d'ordre des concepteurs . On le voit à Paris, où DATA et Think Tank reconfigurent un passage frappé de péril qui rassemble une dizaine de bâtiments existants. Deux nouveaux sur rue et une façade vitrée, pour la sécurité incendie, donnent à l'ensemble faubourien des allures de mini-Beaubourg. Accorder un bricolage dissonant : cette logique se retrouve à Malakoff dans la réhabilitation d'un îlot industriel par Barre Bouchetard, à Strasbourg dans la refonte de l'INSA (COSA arch.), ou à Saint-Cloud pour le nouveau marché des Avelines (Tachon arch.). Toujours le rien à Bordeaux, sur le pont Simone-Veil (OMA), grâce à un minutieux travail de soustraction ne laissant de l'ouvrage d'art qu'une plateforme nue, appropriable. Et rien à Lyon, où la station de la ligne 3 efface ses efforts au profit de l'usage (AZC), ni à Herrlisheim (N01), où l'entrepôt municipal intègre les ressources physiques - eau, énergie - et humaines. Rien encore pour le téléphérique du Salève (DDA), lauréat de l'Equerre d'argent, dont la démarche complexe de simplification rétablit la hiérarchie entre l'œuvre commencée voilà cent ans par Maurice Braillard et le grand site naturel. Ce dialogue à travers les époques est perceptible à Paris dans le programme mixte La Sirène (Avenier Cornejo), arrimé à une opération résidentielle privée des années 70, ou dans l'ensemble de logements qui réconcilie l'héritage conflictuel des années 60 et de l'architecture ordinaire faubourienne (NRAU). A la caserne Mellinet à Nantes (Atelier Georges) ; aux Courtilières à Pantin (AUC), à la Grande Motte (Leclercq associés), ou au campus de la Bouloie à Besançon (Altitude 35), porteurs de la démesure des Trente Glorieuses ; à la plus modeste école de Lompret (Alt 174), l'architecture explore différentes façons de poursuivre celle existante. Elle plaide parfois, comme à Sarzeau (Carmen Maurice), Maiche (BQA), Cesson-Sévigné (O-S) ou Venarey-les Laumes (Guillaume Ramillien), pour une forme utile et forte ; une forme ouverte à Saint-Denis (Farid Azib) ou intemporelle à Bagneux (Tollila-Gilliland), manipulant éventuellement les formes usuelles du logement pavillonnaire (BRA). A Neuve-Maison, Studiolada en rappelle la dimension culturelle, exhumant trois « flamandes » vernaculaires pour en faire un repère dans un territoire virant au junkspace . L'architecture américaine inspire un modèle de logements denses à Parempuyre (GRAU/UR). Le secours de la forme pour en prolonger d'autres devient le secours de la structure pour un prolongement futur à Laguiole, avec le foirail conçu par Betillon / Freyermuth et Crypto. Autant de signes d'une architecture qui ne se pense plus comme un éternel présent, mais comme un moment dans une succession d'époques. Quoi de mieux qu'un téléphérique pour reprendre de l'altitude et retisser ce fil du temps ? AMC #330 : BLOCK - COULON - REMAKE - CARRIÈRE DIDIER GAZEAUrevueAnnée : 2025Auteur : Olivier NamiasEditeur : ED LE MONITEUR MONITERDescription : Architectes en réunion
Le 4 février, à l'occasion de la remise du grand prix national d'Architecture à Gilles Perraudin, la ministre de la Culture, Rachida Dati, a signé le décret actant la création de la 21e école nationale supérieure d'architecture, implantée à La Réunion ; la mesure prend effet le 1er mars. Cette signature attendue conforte la longue déconcentration de la section architecture de l'Ecole des beaux-arts. L'histoire commence en 1903, avec la création des écoles régionales d'architecture, puis reprend en 1968, avec les « évènements » et l'application d'une loi de 1962 laissant davantage d'autonomie à des établissements inféodés à la « Jérusalem Céleste » du quai Malaquais.
L'antenne de La Réunion naît en 1988 en tant qu'émanation de l'école d'architecture de Montpellier, elle-même émancipée de la tutelle de Marseille après Mai-68. La création de l'école aujourd'hui est l'aboutissement d'un patient travail de construction, explique Pierre Rosier, son directeur (lire p. 10). Il a fallu trois décennies, une durée de maturation comparable à celle nécessaire au détachement de l'enseignement de l'architecture de son palais du Ve arrondissement de la capitale(2) . Les écoles étant des lieux de diffusion de la culture architecturale autant que d'enseignement, l'Ensa de La Réunion a organisé la 3e édition de sa biennale internationale d'architecture tropicale, en 2024. Les écoles sont aussi le lieu des prises de position sur le rôle que l'architecture doit jouer dans le monde contemporain et dans leur contexte. On se souvient que celle de Marne s'adressait, lors de sa fondation en 1998, à un territoire métropolitain alors peu exploré par des écoles basées en centre-ville, aux prises avec d'autres débats tout aussi légitimes. Première école d'architecture des DOM, l'Ensa de La Réunion dépend certes de la tutelle métropolitaine, mais elle se polarise sur une aire géographique Pacifique, tirant parti de sa position pivot entre l'Afrique, l'Inde et l'Australie, à proximité de Maurice ou de Mayotte. Elle a longtemps servi de base arrière aux architectes chargés d'édifier un nouvel habitat dans cette dernière, quand l'île n'était pas encore un département, et jouera un rôle dans sa reconstruction de l'après-Chido. Cette situation géographique la place en première ligne des enjeux climatiques. Eloignée des métropoles mais au centre des préoccupations mondiales, la 21e école d'architecture de France est bien une école du XXIe siècle.
(1) L'architecture en ses écoles, Locus Solus, Paris, 2022.
(2) Guillemette Chéneau Deysine, « La primauté de Paris en débat, 1940-1969 : quelle décentralisation pour l'enseignement de l'architecture ? » Politiques de la culture. Construction moderne #167revueAnnée : 2025Auteur : Eve JouannaisEditeur : CIMBETON SINBETONDescription : Nous ne sommes qu’au début d’évolutions et de transformations qui concernent l’ensemble de l’acte de bâtir et notamment les matériaux. Si l’on s’attache à les utiliser chacun pour ses qualités propres, leur association contribue aux réponses sociétales et joue en faveur non seulement de l’écologie mais aussi de l’architecture et de ses usagers, permettant ainsi de promouvoir l’économie de matière et d’énergie.
Dans les treize réalisations de ce numéro, hormis une infrastructure comme le bassin d’Austerlitz ou celle du vivier de Roscoff, toutes mettent en valeur une architecture qui combine plusieurs matériaux. Dans des proportions variables suivant le programme mais aussi le territoire et le choix des acteurs, le béton accueille la diversité et se marie notamment au verre, au métal, au bois. À l’instar du groupe scolaire Louise-Michel, qui se fond au sein du parc qu’il dessine dans un juste équilibre entre matière minérale, transparence et végétation, au bénéfice d’une architecture adaptée à son environnement et à ses fonctions. Et si l’emploi du béton était une évidence pour les architectes du Centre nautique et sportif de Gerland, en hommage à l’architecture de Tony Garnier, il sait aussi se faire bien plus fin et discret pour souligner le verre et le métal, quand il n’est pas simplement restauré pour valoriser notre patrimoine.
Le sujet est complexe tant le nombre de paramètres à prendre en compte dans le choix des matériaux est important – circuit court, économie de matière, fabrication des éléments, mise en œuvre, performances, cycle de vie, résistance mécanique, etc. S’attacher à distinguer le pérenne de l’obsolète comme l’architecte Henri Ciriani, récemment disparu, prônait de le faire, est une piste de réflexion qui pourrait aider à aborder autrement cette question.