AMC #339


Auteur : Olivier Namias


revue
Année : 2026
Editeur : ED LE MONITEUR MONITER
Description : Oublier demain Demain ne meurt jamais, proclame, énigmatique, le dix-huitième épisode la série James Bond. L’immortalité de ce jour qui vient réside dans sa promesse : il y aura toujours un demain, pour faire advenir le mieux et corriger les défaillances d’aujourd’hui. Gare, cependant, aux lents demains qui déchantent après de longues parades de vocalises. Lorsqu’il a lancé, depuis Marseille, le programme « Quartiers de demain », le Président de la République défendait le « droit au beau » pour les habitants de dix ensembles urbains déshérités des Trente Glorieuses. Dix projets locaux, laboratoires de la rénovation urbaine à l’échelle du pays, soit 1 500 quartiers. Le 2 décembre 2025, inaugurant en visioconférence l’exposition des lauréats de la consultation, Emmanuel Macron vantait une nouvelle fois son initiative. Une semaine après, Matignon faisait savoir que « l’engagement de l’État, à travers le GIP EPAU, du programme Quartiers de demain s’arrête à la consultation »¹. Abandonné au bord de la route, le frêle rejeton de Banlieue 89 devra compter sur ses propres forces pour accomplir ses espérances (voir p. 16). Les équipes lauréates protestent avec raison, l’argent engagé pour le financement du « concours international » restera vraisemblablement une dépense sans suite, sans parler de l’énergie gaspillée et des réflexions menées en vain. C’est moins la décision que l’agenda de son annonce qui force l’incompréhension. L’abandon de projet semble devenu la règle. Il se fait en catimini, pour le concours du Louvre, lui aussi lancé en grande pompe par le Président de la République. Le jury qui devait se réunir le 11 février pour désigner le lauréat a été annulé. Le projet à 1,15 milliard d’euros était contesté en interne et en externe, et mis à mal par les récentes affaires de cambriolages, dégâts des eaux et autres problèmes de maintenance. Dans ses mémoires, Claude Mollard², inspecteur des finances chargé de la construction de Beaubourg, montre que la contestation est le lot de ces grands projets. Ils émergent s’ils trouvent une volonté et des stratégies politiques habiles. On notera que les trois derniers grands projets culturels parisiens, dont deux sont implantés dans son centre historique - la Bourse de Commerce, la Fondation Cartier et la Fondation Louis Vuitton - ont été développés par le privé, bien souvent par les mêmes hauts fonctionnaires et administrateurs partis offrir leurs compétences en matière « d’ingénierie culturelle » hors de l’action publique. Les mêmes, devenus prestataires de l’État, mettent leur expertise en ingénierie culturelle sur les grands projets offshore - le Louvre Abu Dabi, Alula, etc. De Macron, on retiendra, plus que la Cité internationale de la langue française, la prime rénov’ et ses campagnes de travaux à renouveler dès après-demain. Les grands projets avaient leurs défauts. La pyramide n’a pas guéri le Louvre de sa vétusté. Connu dans le monde entier, le Centre Pompidou reste une icône fragile, demandant des campagnes de travaux récurrentes. Les visions qu’ils portaient sont désormais développées ailleurs. Souhaitons aux architectes nommés à la Première Œuvre qu’ils construisent un futur meilleur. À demain, si vous le voulez bien… 1. Emeline Cazi et Isabelle Regnier, Le Monde, 22/12/2025 2. Claude Mollard, L’épopée Beaubourg, de la genèse à l’ouverture, 1971 -1978, éditions du Centre Pompidou, 2025