Le Moniteur #6387-6388 : Des tours de 40m pour consolider un viaduc


Auteur : Fabien Renou


revue
Année : 2025
Editeur : ED LE MONITEUR MONITER
Description : L’évaluation du coût d’une centrale nucléaire est une science inexacte. Chez EDF, les calculettes ont une nouvelle fois chauffé pour aboutir à un chiffre de 72,8 milliards d’euros, en hausse de 5 milliards par rapport à l’estimation précédente. Un renchérissement auquel on s’est habitué : ces factures qui enflent font partie de la vie des grands projets. Et, si elles font grincer des dents, elles ne suffisent pas à remettre en cause ces réalisations stratégiques. Ce volontarisme dont bénéficie la filière nucléaire ne semble pas avoir d’équivalent dans le domaine des EnR. En cette fin d’année 2025, par exemple, la surproduction électrique que connaît l’Hexagone a conduit à rouvrir le débat sur le rythme de déploiement des renouvelables. Qu’à cela ne tienne : un énième rapport a été commandé pour évaluer le coût des filières solaire et éolienne. Ses conclusions, à n’en pas douter, permettront d’avancer… jusqu’au prochain soubresaut qui nécessitera de tout remettre à plat. Le volontarisme dont bénéficie la filière nucléaire ne semble pas avoir d’équivalent dans le domaine des EnR. Symptomatique de cette incapacité à acter une stratégie nationale : l’interminable gestation de la troisième programmation pluriannuelle de l’énergie. Annoncée comme imminente à de nombreuses reprises, sa publication accuse deux ans de retard. La faute à l’instabilité gouvernementale, certes, à l’instrumentalisation du texte à des fins politiques, aussi, mais surtout à la difficulté de faire des choix dans un contexte mouvant. Au final, cela donne un running gag qui ne fait plus rire personne, un serpent de mer qui finit par se mordre la queue. Car les difficultés à établir une feuille de route sur dix ans, tout comme les interminables délais de publication de textes d’application de la loi Aper de mars 2023, conduisent à accentuer la nébulosité dans laquelle évoluent les acteurs des EnR. Non contents de subir les aléas économiques et les ruptures technologiques, ils doivent composer avec les hésitations des pouvoirs publics. Or, attendre d’avoir une vision stabilisée pour avancer, c’est être certain de ne jamais rien décider. Comme le prouve le volontarisme dont bénéficie le programme nucléaire, il faut parfois accepter d’avancer dans le brouillard pour montrer la voie.