Auteur : Olivier Namias
revueAnnée : 2025Editeur : ED LE MONITEUR MONITERDescription : L'exception scolaire
Budgets réduits, envie d’architecture en berne, rejet de matériaux biosourcés trop chers... Dans le panorama morose de la construction contemporaine, l’école fait exception. Pour un juste coût, elle demeure un lieu d’expérimentation, les commanditaires reconnaissant à l’architecture la capacité de structurer un environnement selon les moyens et les nécessités pédagogiques. Cette culture propre à l’architecture scolaire depuis plus d’un siècle et demi fait que même les normes sont négociables. L’application de principes hygiénistes dans les années 1930 fut le prétexte pour libérer des enseignements corsetés et produire d’iconiques «écoles de plein air» inspirées de modèles hollandais. Durant le baby-boom, l’optimisme ambiant conduisait à tolérer un cadre standardisé par l’industrie. Tout poussait sur les trames et les modules préfabriqués, la société de consommation pourvoirait aux besoins à venir, ce qui valait bien une qualité spatiale moindre. Dans des temps plus inquiets, les recherches sur l’école se complexifient. L’espace scolaire revient au cœur des réflexions et irradie vers le quartier. Il commence hors les murs et change la ville, comme on le voit avec les rues piétonnisées devant les établissements, à Paris ou ailleurs. Ces logiques, comme celle de la mutualisation des espaces – antienne chantée depuis les années 1970 – font que le devenir de l’école intéresse désormais toute la société. La remarquable recherche multiscalaire de Lab-Ecole, au Québec, pourra guider ces réflexions, portant aussi bien sur le quartier, les classes, les cours que le mobilier ou les usages (lire p.6). Le bâti scolaire confronte le concepteur à toutes les thématiques d’aujourd’hui: matériaux sains, désimperméabilisation des cours, rapport à l’autre, contact avec la nature, réhabilitation. «Dites un nom!» (You name it) lanceraient les Anglo- Saxons. Reconversion, par exemple. La dénatalité pose la question de l’avenir de ces bâtiments. Tandis que le pavillon de l’Arsenal expose sa vision de l’école idéale (*), la ville de Paris ferme 177 classes pour 28 ouvertures, faute d’élèves. Que faire? Inventer. Tant qu’il y aura des écoles, et que l’on soignera leur architecture, subsistera l’espoir d’un futur.
(*) Jusqu’au 12 octobre aux Magasins Généraux à Pantin.