Auteur : Olivier Namias
revueAnnée : 2025Editeur : ED LE MONITEUR MONITERDescription : ALTERNATIVES AFRICAINES
Le futur appartiendrait à l'Afrique parce qu'il serait déjà advenu partout ailleurs, affirmait le poète américano-nigérien Okwui Enwezor*. Celui dont elle hérite est menaçant, placé sous le signe du changement climatique, qui frappe plus fort là-bas qu'ici, alors que l'Afrique ne contribue qu'à 4% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Le carbone n'est pas tout : la croissance démographique, l'exode rural, les conflits, la mutation des agricultures traditionnelles, aussi bien la pêche que l'élevage, bouleversent les sociétés et territoires. Le nombre fait loi : peuplée de 100 millions d'habitants en 1900, l'Afrique en comptera 2,5 milliards en 2050, selon les projections de l'ONU. La structuration d'un environnement urbain décent est la « première des priorités ». Comment peut-elle se réaliser dans une aire géographique qui pourvoit les autres continents en matières premières, mais manque de ressources - au sens large - pour développer sereinement un modèle ? lmagine-t-on des villes africaines striées d'autoroutes, de gratte-ciel de verre recréant des bulles climatisés, telles de nouvelles Dubaï, symboles d'une modernité fatiguée ? On peut douter que l'Afrique doive emprunter des voies que l'on condamne déjà ici. Il n'y a pas d'alternative, pourrait-on dire en détournant le slogan thatchérien : l'Afrique doit se développer à partir de ses ressources propres, pour des raisons économiques, sociales et politiques. Ce besoin émerge alors qu'est revendiqué un nouvel imaginaire africain, élaboré par des historiens, des écrivains, des musiciens. Pourquoi pas, aussi, des architectes ? Les matériaux bio- et géosourcés - en premier lieu la terre, perçue comme archaïque - ne véhiculent-ils pas un imaginaire de la technique à repenser ? N'offrent-ils pas l'occasion de réexaminer les rapports du bâti avec des extensions technologiques toujours plus envahissantes ? Les architectures présentées dans ces pages rappellent par certains côtés des bâtiments des années 1950 - une architecture datée par son style ou par son niveau d'équipement mécanique ? « L’Afrique n'a personne à rattraper », affirme l'écrivain Felwin Sarr. De quoi repenser la conception architecturale non pas selon une représentation rectiligne du progrès, mais selon une spirale qui parcourt et retient le meilleur de différentes époques.
(*) L'Architecture d'Aujourd'hui, « Afriques », numéro spécial, 455, juin juillet 2023.