Le Moniteur #6282 : Le jumeau numérique, bien plus qu'un doublerevueAnnée : 2024Auteur : Fabien RenouEditeur : ED LE MONITEUR MONITERDescription : Alors qu'il s'est installé dans le monde de l'industrie, le jumeau numérique émerge tout doucement dans celui du BTP. La raison de cette prudence tient moins à un conservatisme présumé des acteurs du secteur qu'à la caractéristique qui distingue l'usine du chantier : on fabrique en série mais on construit sur mesure. Or, la singularité de chaque projet accroît considérablement l'effort que représente la génération de son double. Accoucher d'un enfant représente déjà une épreuve, alors des jumeaux…
Sauf que, justement, ces jumeaux n'en sont pas vraiment. D'un côté se tient l'objet physique : bâtiment, ouvrage d'art, réseau… De l'autre, sa réplique virtuelle dotée de toutes les données qu'il est possible de lui injecter. Ou plutôt : de celles qu'il se révèle pertinent de lui injecter.
La technologie du jumeau numérique doit savoir s'adapter au projet plutôt que l'inverse
Les oubliettes du progrès sont remplies d'innovations prometteuses. Sans gains notables pour l'utilisateur, une prouesse technique, aussi épatante soit-elle, en restera à l'état de démonstrateur. La vraie rupture, elle, n'intervient que lorsque les acteurs ont un intérêt évident à franchir le pas.
Ce moment est-il venu ? Sans surprise, c'est l'énergie qui provoque encore le déclic. Alors que la performance thermique des ouvrages est devenue un objectif impérieux, les possibilités de calculs offertes par les jumeaux numériques - démultipliées par les promesses de l'intelligence artificielle - deviennent chaque jour plus précieuses, de la conception jusqu'à l'exploitation. Pas étonnant, dans ces conditions, qu'un réseau de chaleur extrêmement innovant bénéficie d'un double digital avant même les premiers coups de pioche.
Les enjeux énergétiques, mais aussi climatiques, devraient donc stimuler la transition. D'autant plus que la technologie mûrit. Elle doit à l'avenir garantir l'interopérabilité entre des données éparses afin d'en décupler les potentialités. Elle devra aussi savoir s'adapter au réel plutôt que l'inverse : ce n'est plus aux concepteurs de faire rentrer au chausse-pied leur projet dans les contraintes du logiciel. Les capacités actuelles permettent de dupliquer tous les ouvrages, et même des villes, des territoires. Profitable, pratique et prometteur : la famille du BTP se tient prête à accueillir le petit dernier. Le Moniteur #6309 : Les solutions du BTP pour éviter l'insolationrevueAnnée : 2024Auteur : Jérémy BellangerEditeur : ED LE MONITEUR MONITERDescription : Neige, vents violents, inondations et désormais… canicule. Depuis un décret publié fin juin, les compagnons du BTP peuvent bénéficier du chômage intempéries lorsqu'un coup de chaud impose une interruption des travaux. Même soumise à certaines conditions, cette évolution du dispositif sort d'une logique d'étude au cas par cas et marque une avancée sociale notoire pour un régime né après-guerre.
Plus encore, elle témoigne d'une volonté commune du patronat et des pouvoirs publics de mieux prendre en compte la santé de celles et ceux qui œuvrent sous des températures parfois extrêmes. L'effet en trompe-l'œil d'un printemps et d'un début d'été pluvieux, chahutés par des échéances électorales pour certaines impromptues, aurait pu conduire à l'abandon de ce texte. Il n'en est rien car les chiffres parlent d'eux-mêmes. L'été dernier, Santé Publique France a recensé 11 accidents du travail mortels « en lien possible avec la chaleur, dont près de la moitié sont survenus dans le cadre d'une activité de construction ».
C'est toute l'organisation du chantier qui doit pouvoir être repensée quand le thermomètre dépasse 28°C
Pour autant, cette nouvelle prise en charge ne suffira pas à maîtriser totalement la gestion du risque canicule sur le chantier. C'est toute l'organisation de ce dernier qui doit pouvoir être repensée quand le thermomètre dépasse 28°C. Travail décalé, réservation de certaines tâches à des heures propices, augmentation de la fréquence des pauses… les solutions tiennent moins à l'innovation technologique qu'à un profond changement des habitudes. Ce sont sur les comportements, individuels et collectifs, qu'il faut agir résolument. Les fédérations professionnelles et leur organisme paritaire de prévention s'y attellent afin d'infuser les bonnes pratiques au cœur des entreprises. Un travail fastidieux, mais nécessaire. Car si la qualité des bâtiments et des infrastructures est indispensable à la société, la sécurité de ceux qui les construisent l'est tout autant. Le Moniteur #6400 : Musée des beaux-arts de Bayonne : Quand l'accrochage répond à l'architecturerevueAnnée : 2026Auteur : Fabien RenouEditeur : ED LE MONITEUR MONITERDescription : L’évocation du BIM provoque trop souvent sourires crispés et haussement de sourcils. Malgré les initiatives publiques et privées, malgré des démonstrateurs à toutes les échelles, malgré des experts de pointe, la maquette numérique n’a pas, en France, connu la généralisation escomptée. Le plan BIM a fait plouf. Mais l’Europe va peut-être le repêcher.
La réforme à venir des directives « marchés publics » se propose en effet de briser cette spirale négative. Ces textes, attendus pour 2027, pourraient imposer le recours à la maquette numérique dans les procédures de passation les plus importantes (lire p. 20) . Une rupture majeure pour le BTP hexagonal, qui connaît bien la capacité de la commande publique à transformer les pratiques. On peut d’ailleurs s’étonner que, dans un pays aussi accro aux règles, l’usage de la maquette numérique n’ait à ce jour bénéficié d’aucune injonction, quand la facturation électronique ou la dématérialisation des marchés publics, elles, font l’objet d’un arsenal juridique contraignant.
La maquette numérique n’a pas, en France, connu la généralisation escomptée.
Faut-il seulement sauver le soldat BIM ? Après tout, le manque d’enthousiasme à son égard pourrait témoigner d’un déficit d’utilité dont il faut prendre acte. En réalité, rien n’est moins sûr : le BIM tricolore pâtit plus sûrement d’une indécision chronique, de tergiversations et d’atermoiements qui ont rendu impossible une mutation résolue des usages. Par contraste, d’autres pays ont fixé un cap clair et univoque qui a permis d’engager un mouvement collectif pour le bénéfice du plus grand nombre. Ne l’oublions pas : bien utilisée, la maquette numérique promet une conception plus précise, une exécution plus fiable et une exploitation plus performante.
L’oukase, seul, ne suffira pas. La montée en compétences des acheteurs publics comme des acteurs du BTP exige un accompagnement à la hauteur. Les règles françaises de passation, marquées par un strict séquençage, méritent probablement d’être ajustées afin de faciliter le travail en commun. Quant à la montée en charge des contraintes, elle doit être suffisamment progressive pour mobiliser les professionnels selon leurs capacités techniques, financières et organisationnelles. A ces conditions seulement, le sauvetage du BIM pourra relever de la pêche miraculeuse.