Le Moniteur #6275 : Equerre d'Argent - Dans un quartier huppé, le logement social distinguérevueAnnée : 2023Auteur : Fabien RenouEditeur : ED LE MONITEUR MONITERDescription : Tout ce qu'il faut, mais juste ce qu'il faut. Tous les ans, le palmarès des prix d'architecture du « Moniteur » et d'« AMC » apporte la démonstration magistrale de la capacité des concepteurs à engendrer des réalisations d'exception. Mais cette année, plus que jamais, il suggère aussi la retenue inhérente à l'acte de construire, propre à notre époque. L'excellence s'accommode de la fin de l'abondance. Aux démonstrations de force, elle préfère désormais le tour de force.
Dès lors, la question devient hautement « matérielle ». Les opérations primées font ainsi la part belle aux biosourcés, de la paille au liège. Par leur réinterprétation du déjà-là, elles préservent la matière des bâtiments transformés et des espaces publics requalifiés. Ce souci de la retenue s'illustre enfin par ce que les architectes choisissent de ne pas dessiner, cette matière qui n'est pas consommée, à l'instar de ces « volumes capables » laissés au bon vouloir de l'acquéreur.
Pour décrocher l'Equerre d'argent, il faut un surcroît de génie, une prise de risque, une ambition hors normes
Il serait pourtant réducteur de ne voir dans le choix du jury qu'un coup de chapeau à la sobriété. La vertu ne fait pas architecture, pas plus que l'immense talent - reconnu à l'ensemble des équipes finalistes - ne suffit pour obtenir l'Equerre d'argent. Il faut, pour décrocher la timbale, un surcroît de génie, une prise de risque, une ambition hors normes. C'est d'ailleurs pourquoi l'habitat, si central dans l'activité des agences mais si engoncé dans ses standards, se hisse rarement sur la plus haute marche.
Or, l'îlot Saint-Germain à Paris (VIIe arrondissement) témoigne d'une inventivité salutaire. Ces anciens bureaux produisent du logement social de qualité là où les besoins sont immenses, au cœur des métropoles, sans artificialiser un mètre carré. Une lueur d'espoir, au moment où l'immobilier résidentiel fonce tout droit vers l'abîme. Un appel à l'action, aussi. Cette opération n'a été rendue possible que par la « décote Duflot », un rabais sur l'achat du patrimoine de l'Etat tombé en désuétude. Trop coûteux pour notre époque austère, ce dispositif témoignait d'une quête de solutions ingénieuses face à la crise du logement. Cette inventivité-là nous fait, pour l'heure, cruellement défaut. Le Moniteur #6326 : L'ombre de la relégation plane sur les PPP de staderevueAnnée : 2024Auteur : Aurélien BellangerEditeur : ED LE MONITEUR MONITERDescription : Nous vous demandons de reconsidérer ces coupes budgétaires. C'est en ces termes que le président de la FNTP, Alain Grizaud, concluait une lettre adressée le 22 octobre au Premier ministre, Michel Barnier. En cause, le coup de rabot de 6 à 7 milliards d'euros sur l'investissement local prévu par le projet de loi de finances pour 2025. Un choix qui ne manquerait pas d'éroder les capacités des collectivités à bâtir et rénover infrastructures comme équipements publics.
A moins que le gouvernement ne revoie sa copie, il leur faudra donc convoquer d'autres ressources afin de mener les projets essentiels à leur territoire. Or, s'il n'est pas public, l'argent est forcément… privé. Un truisme soit, mais qui a le mérite d'inviter à réenvisager des modèles mixtes sollicitant l'usager ou des entreprises.
La situation actuelle invite à réenvisager des modèles mixtes de financement.
Au vu de la situation budgétaire de la France, aucune piste ne peut être écartée a priori, même si certaines appellent à redoubler de vigilance. En témoignent les déboires des partenariats public- privé noués au tournant des années 2010 pour bâtir ou rénover les stades de l'Euro 2016 de football. De Lille à Nice, en passant par Bordeaux et Marseille, chaque fois l'une des parties impliquées dans le financement de ces arènes s'en est mordu les doigts. Là, c'est la collectivité qui doit supporter une charge bien supérieure à ses prévisions. Ici, c'est le partenaire privé qui paie les pots cassés d'une billetterie en berne. Autant d'expériences qui poussent aujourd'hui à explorer un apport majoritaire du club résident pour la construction de telles enceintes.
Mais, y compris dans cette mouture, il reste indispensable que les pouvoirs publics locaux mettent la main à la poche. Preuve que, si la maîtrise des dépenses est indispensable, préserver les moyens des collectivités l'est aussi. Le Moniteur #6380 : "Nous avons besoin d'un Etat qui nous donne ses priorités"revueAnnée : 2025Auteur : Fabien RenouEditeur : ED LE MONITEUR MONITERDescription : Pour préparer l’avenir, il faut savoir regarder derrière soi. C’est pourquoi la Commission européenne s’est penchée sur les effets des directives de 2014 consacrées aux marchés publics et aux concessions, au moment où s’engage la réflexion sur leur révision. A l’arrivée, un satisfecit : « les directives et leurs objectifs restent très pertinents ». Et un horizon : « renforcer l’importance stratégique des marchés publics ».
Ces derniers constituent indéniablement un puissant levier de transformation de l’appareil productif. Plus souples que des règles, plus simples que des normes, les prescriptions des appels d’offres permettent malgré tout d’orienter fermement l’offre de produits, de services et, bien entendu, de travaux. Une efficacité redoutable qui conduit à faire de l’achat public le réceptacle de toutes les ambitions du moment.
Les marchés publics constituent un puissant levier de transformation de l’appareil productif.
Le droit de la commande publique, on le sait, vise à garantir une bonne utilisation des deniers publics. Il cherche aussi à assurer l’égal accès de toutes les entreprises. Il doit, dans le même temps, permettre de favoriser l’insertion des populations éloignées de l’emploi. Sans oublier, depuis quelques années, la multiplication des exigences environnementales. La dernière en date ? La haute performance énergétique, pour l’achat et la rénovation des bâtiments publics par exemple. Et ce n’est pas fini ! A l’avenir, les impératifs de souveraineté pourraient bien monter en puissance, tout comme la promotion des matériaux biosourcés, ainsi que le proposent déjà des parlementaires (lire p. 58).
L’économie, le social, l’écologie… L’acheteur public peut se contorsionner pour répondre aux impératifs réglementaires auxquels s’ajoutent souvent les orientations stratégiques de sa propre organisation. L’opérateur économique peut, quant à lui, s’aligner sur ces prescriptions afin de remporter le marché convoité. Encore faut-il y voir clair dans ce maelström. Comment conjuguer prix bas et bas carbone ? Comment encourager le recours aux PME tout en promouvant les marchés globaux ? Vaut-il mieux privilégier la stricte égalité entre candidats ou favoriser les circuits courts ? A courir trop de lièvres à la fois, on se trouve rapidement écartelé entre des exigences inconciliables. Au risque de rater toutes ses cibles. Le Moniteur #6384 : Groupe scolaire Simone-Veil à Tremblay-en-France : Une Equerre d'argent à hauteur d'enfantrevueAnnée : 2025Auteur : Fabien RenouEditeur : ED LE MONITEUR MONITERDescription : Philippe Prost avait annoncé la couleur. Face à la sinistrose ambiante, le jury de l’Equerre d’argent, qu’il présidait, entendait faire preuve d’optimisme, de confiance en l’avenir (lire p. 14). Pour cela, quoi de plus évident que de distinguer une école exceptionnelle, creuset idéal des générations en devenir ? A bas la France moche ! Vive la France des mioches !
Un programme éducatif, aussi essentiel soit-il, ne suffit pas à décrocher la timbale, surtout au milieu de projets d’aussi grande qualité. Ce groupe scolaire, implanté aux marges d’un quartier pavillonnaire lui-même situé aux confins de la Seine-Saint-Denis, mérite la pleine lumière à plus d’un titre. Ses qualités formelles, matérielles et spatiales le placent sans conteste sur le dessus du panier de la production architecturale contemporaine. Son ambition écologique, faite de pierre, de bois et de terre crue, pousse loin les curseurs. Surtout, grâce à l’audace de la Ville de Tremblay-en-France, l’agence Le Penhuel a pu mettre son expérience au service d’un établissement véritablement visionnaire.
Maître d’ouvrage, architecte et Education nationale : tous ont pris des risques et aligné leurs vues dans l’intérêt des enfants.
A l’école Simone-Veil, en effet, aucune salle n’est réservée au centre de loisirs. Tous les espaces sont mutualisés : scolaire et périscolaire n’y font qu’un. L’intensité d’usage, notion souvent invoquée mais rarement appliquée, trouve ici une concrétisation des plus heureuses. Des risques ont été pris par le maître d’ouvrage, l’architecte mais aussi l’Education nationale, peu réputée pour sa hardiesse. Tous ont aligné leurs vues dans l’intérêt des enfants. Ces derniers bénéficient désormais de salles de classe XXL, de circulations soignées dans lesquelles jouer, apprendre et se détendre mais aussi d’ouvertures généreuses vers l’intérieur comme vers l’extérieur, à rebours du repli sur soi trop souvent observé dans les écoles d’aujourd’hui.
Alors qu’une convention citoyenne entend adapter les temps de l’enfant, il apparaît opportun d’interroger les lieux qui lui sont dédiés. A l’heure où les futures équipes municipales affinent leur programme électoral, cette distinction démontre aussi aux élus locaux qu’une autre école est possible, à condition qu’ils s’emparent avec vigueur de ce sujet, vital sur le long terme. Faire cette école a été un tour de force. Faire école en sera un autre. AMC #337 : 2025 architecture en FrancerevueAnnée : 2026Auteur : Olivier NamiasEditeur : ED LE MONITEUR MONITERDescription : Pour un non-effet Bilbao
Quelle plus grande postérité, pour un architecte, que de rester dans l'histoire pour un phénomène plutôt que pour un bâtiment ? Disparu en décembre à 96 ans, Gehry sera associé pour toujours au fameux "effet Bilbao"...